Interview : Bob Sinclar

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© Sandrine Gomez

De retour au Poney Club le 1er septembre dernier, la légende Bob Sinclar nous a fait l’honneur de répondre à nos questions ! De sa passion pour le DJing au marché de la musique électronique, en passant par sa relation avec les médias… Retrouvez ses propos ci-dessous :

Salut ! Peux-tu te présenter pour le peu de personnes qui ne te connaissent pas ?

Je suis Bob Sinclar, je suis DJ/Producteur. J’ai monté mon label Yellow Productions en 1994, j’ai fait quelques résidences à Paris avant de créer mon label. Ensuite, j’ai été appelé à jouer dans le monde entier par rapport à la musique que j’ai produite sur ce label. J’ai créé le concept « Bob Sinclar » en 1997 avec l’album « Paradise » qui a fait un gros carton. Depuis, je vis mon rêve à travers ce nom « Bob Sinclar » qui est mon alter ego au quotidien et dans lequel je me sens bien. Ça fait maintenant 22 ans que je tourne dans le monde entier. Le succès est toujours là et je suis très heureux de continuer à jouer partout.

C’est la question de base du site… Quelle est ta définition de la musique électronique ?

Pour moi, ça ne veut pas dire grand chose parce que la musique électronique est née avec les machines. Au début des années 80, quand les synthétiseurs et les boîtes à rythmes sont arrivés sur le marché, la musique devenait accessible à tous. Mais pas seulement à des DJs. La musique a changé à ce moment-là, ce qui a donné naissance à de nouveaux mouvements : le Disco qui s’est transformé en High Energy à San Francisco aux États-Unis, puis en New Wave à Londres, UK Pop… Et tout le monde utilisait les machines électroniques pour faire de la musique. Il se trouve qu’en même temps, du côté de Chicago et de Détroit, on utilisait les boîtes à rythmes d’une certaine façon. Celles-ci n’étaient pas, à la base, faites pour remplacer le batteur mais pour faire des maquettes. Sauf que eux n’avaient pas beaucoup d’argent, et faisaient alors des sons qu’avec ces boîtes à rythmes là, ce qui a donné naissance à la House en 1984. Aujourd’hui, tout est géré par ordinateur, et tout est musique électronique. Même si moi aussi je fais de la musique avec des musiciens acoustiques, c’est toujours un mélange. Donc pour moi, la musique électronique ne veut pas dire grand chose. Je fais de la Dance Music, de la House Music qui est un courant musical qui utilise l’électronique mais aussi des instruments acoustiques.

Que ce soit en festival, en studio, en club ou depuis un balcon, on te voit toujours le sourire jusqu’aux oreilles derrière les platines. Après 20 ans de carrière, n’as-tu jamais ressenti une forme de lassitude ? La passion a-t-elle toujours pris le dessus?

C’est marrant parce que je vais répondre à ta question par un message. J’ai reçu une question, parfois je regarde mes messages privés. Je fais beaucoup de lifestyle aujourd’hui, où je montre ce qu’il se passe derrière la vie de DJ. Pas seulement les paillettes ou quand tu joues devant des gens. Par exemple là, j’ai fait 8h de trajet pour venir entre Milan et Toulouse. Un jour, un mec m’a dit « T’as pas besoin de faire ça, maintenant que tu as gagné de l’argent, tu peux rester cool chez toi ». Le mec n’a pas bien compris pourquoi on fait ça et comment cela se passe. Au départ, quand j’ai commencé, il n’y avait pas d’argent. Quand j’ai monté mon label en 1994, il n’y avait aucun modèle économique. Le métier de DJ n’était pas un métier d’artiste. Nous avons créé la French Touch et son modèle économique. Donc aujourd’hui on peut parler d’argent, ce qui excite les jeunes. Mais ça n’a jamais été mon but. Mon but, ça a été de fabriquer 2000 vinyles pour donner aux DJs. Et si j’arrivais à les vendre, j’étais content et je ré-investissais les vinyles en les fabriquant moi-même. C’était ça mon leit-motiv. Sauf qu’aujourd’hui… Il faut être sur les réseaux sociaux, faire de belles photos, des vidéos, de grosses productions qui coûtent beaucoup d’argent… Il faut réinvestir constamment. Ce n’est pas grâce aux téléchargements ou au streaming que tu vas gagner de l’argent. Donc il faut faire beaucoup de dates, qui te permettent évidemment de récolter beaucoup d’argent. Ma priorité est de faire danser les gens. J’ai toujours le sourire même si je fais 55 mixs devant personne pendant le confinement, avec une musique que personne n’attendait que je joue. Je veux transmettre. Ma passion, c’est de jouer de la musique. Quand je me lève le matin, il faut que je joue. Chez moi, je mets de la Salsa, du Jazz, de la Soul anglais, du Hip-Hop… Je ne peux pas vivre sans musique, c’est vraiment mon essence au quotidien.

Il y a quelques semaines, Benny Benassi nous confiait qu’il était nécessaire aujourd’hui de faire de grosses collaborations pour percer sur le marché américain et mondial (à l’image de David Guetta). Es-tu d’accord avec ça ? Est-ce que « World, Hold On » ou « Love Generation » auraient autant marché aujourd’hui par exemple ?

« World, Hold On » a bien marché en Floride quand il est sorti. Mais la Dance Music, aujourd’hui, n’est pas ce qu’elle était. Je pense qu’elle commence un peu à descendre car le rap a pris une très grosse place. Il y a eu six ou sept ans de musique EDM, « Electronic Dance Music » comme l’ont appelée les Américains. Elle a en partie explosé grâce à David Guetta par exemple, qui a fait des bonnes collaborations au bon moment pour faire le lien entre le Hip-Hop et la House d’Europe. Personnellement je t’avouerais que faire de grosses collaborations c’est bien, mais ce n’est pas ce qui m’a apporté mon succès. Je l’ai eu avec des chanteurs absolument pas connus que j’ai rencontrés par hasard à New-York dans les studios. C’est surtout la qualité du titre qui fait un titre, et pas seulement la collaboration. J’ai fait un morceau avec Sean Paul qui n’a absolument pas marché, alors que c’est une immense star. Donc ce n’est pas parce que tu fais une grosse collaboration que tu auras du succès. Benny Benassi pense que c’est le cas, mais son plus gros succès est « Satisfaction » qu’il a fait avec son cousin. Je n’ai pas de recette pour faire des titres. La recette, c’est de faire ce que tu kiffes et ce qui fait danser les gens.

Pour toi, un DJ doit-il jouer ce que le public veut entendre ? Ou tu es plus partisan de l’expression « C’est au DJ d’éduquer son public » ?

Les deux ! Aujourd’hui, le public est là pour te voir jouer tes titres. Mais je dirais qu’un bon DJ, c’est celui qui va sortir un titre que les gens n’attendent pas. Ça peut choquer certains, mais un mix c’est une créativité. Le DJ est là pour mélanger les sons et faire danser les gens. Avec des sons connus mais également des sons que tu fais découvrir. Il est là ton rôle de transmission de DJ. On est là aussi pour les gens, si un titre ou deux ne marche pas, tu ne t’acharnes pas. Tu essaies de les amener vers toi et ensuite de les faire voyager.

Il t’arrive d’aller à la télévision pour y réaliser des interviews. Certains influenceurs d’Internet ou rappeurs sont réticents à l’idée de se retrouver sur un plateau face à divers journalistes. Te concernant, trouves-tu la télé bienveillante lorsqu’elle rencontre un artiste électro ?

Si tu as quelque chose d’intelligent à répondre… Ce qui est important, c’est que les journalistes s’intéressent à ton métier. Peut-être qu’ils sont là pour te piéger mais l’intelligence, c’est de rebondir et qu’ils voient quelqu’un de sincère en toi. Il y a tellement d’artistes aujourd’hui et d’imposteurs, que ce soit avec de l’autotune ou autre. Un mec qui veut faire du rap parce que ça marche en ce moment, ou de même faire DJ. Certains se disent « Je vais faire faire mes titres par un autre, ça va passer à la radio, je vais me mettre en avant etc », ça existe ! Mais si ces gens ne veulent pas être devant les journalistes qui connaissent la musique, ils n’ont rien à faire là. Ils ont peur, en tout cas. Personnellement, je peux me retrouver devant des journalistes et raconter ma vie sans aucun problème. Ils ne m’aimeront peut-être pas, mais je peux comprendre. Tout le monde ne peut pas aimer ton travail !

Il y a quelques années, Joachim Garraud nous annonçait avoir subi une sorte d’enlèvement en Russie ! Après des dizaines et des dizaines de dates, as-tu une anecdote insolite à nous partager ?

À Odessa en Ukraine, j’aurais bien aimé me faire enlever par une horde de femmes, ça m’aurait bien plu (rires) ! Alors, une anecdote… Ça fait 21 ans que je joue au Cap D’Agde à l’Amnesia. À l’époque du vinyle, il y avait une fontaine derrière le DJ, à la place du backstage. Il n’y avait pas d’escalier donc j’enjambe la fontaine pour accéder au DJBooth. Je fais tomber mon sac dans la fontaine… Il était plein de disques. Il y en avait une centaine à l’intérieur, avec des pochettes en papier. Heureusement, les vinyles à l’intérieur pouvaient être essuyés, mais je commençais mon set cinq minutes après ! J’avais donc pris deux personnes avec moi avec du sopalin, ils me passaient les disques un par un pendant que je jouais. Ça s’est bien passé ! C’était assez stressant au départ, mais maintenant c’est drôle à raconter. Ça aurait été une clé usb comme aujourd’hui, elle n’aurait plus fonctionné et ça aurait été terminé !

Quels sont tes projets à venir ? Une collab’ avec A-Trak apparemment ?

Une collab’ avec A-Trak ? Je sais pas… (rires) ! C’est ce qu’on dit sur les réseaux, j’ai vu passer ça aujourd’hui ! Alors oui, on a fait une petite collab’ ensemble. Je viens de la culture Hip-Hop, et j’ai donc rencontré ce garçon plusieurs fois. Je lui ai envoyé une idée, il a rebondi dessus, et c’est house underground comme j’aurai pu le faire en 1998 sur Paradise. Je suis en discussion avec des labels house anglais pour le sortir, on va voir. Je suis en train de “clearé” un sample car il y a un sample dessus. C’est un peu en standby pour l’instant, mais oui c’est gentil de demander (sourire). Je vais faire des collaborations comme ça, un peu plus anglaises car j’ai un gros buzz en Angleterre suite au confinement.

Merci d’avoir répondu à nos questions ! As-tu un dernier message à faire passer ?

Je suis content de revenir à Toulouse, au Poney Club. L’année dernière, c’était assis mais la c’est une configuration debout ! Ça va me permettre de pouvoir m’exprimer comme un DJ et de jouer mon set mi-French Touch avec des nouveautés. De toutes façons, les gens sont très chauds cet été ! On a dit beaucoup de choses sur le gouvernement, je ne suis pas là pour les défendre, mais la France a été ouverte. Full jauge sur les festivals, avec bien évidemment le pass sanitaire très bien organisé. C’est donc possible, et j’espère que ça va continuer durant les mois à venir. Je suis très heureux d’être là !

Réalisation : Valso / Préparation : Valso / Retranscription : Valso

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