© SVDKO (Instagram)

S’il y a un artiste à suivre de très près dans la scène Bass Music bruxelloise actuellement, c’est bien SVDKO. Soutenu par The Chainsmokers, Crankdat ou encore Levity, le jeune producteur s’apprête à se produire à la Rampage Open Air et a déjà le regard tourné tout droit vers les Etats-Unis. Nous l’avons rencontré dans un bar de Bruxelles afin de discuter de sa récente ascension et de ses projets futurs.

Bonjour, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Stan, 29 ans, je vis à Bruxelles. Je suis producteur de musique électronique, plus particulièrement de Bass Music. Mon nom d’artiste c’est SVDKO. J’ai fait pas mal de choses sous ce nom-là, sur les 10 dernières années. Mais ça s’est plus défini sur ces 2-3 dernières années. J’ai maintenant une ligne directrice assez forte. 

C’est la question de base du site : quelle est ta définition de la musique électronique ?

Je trouve que c’est un terme assez vaste. Pour moi, ça représente tout ce qui est fait grâce à des synthés, sur des ordinateurs et des logiciels. C’est tout ce qui est fait grâce à un certain VST (ndlr : Virtual Studio Technology). Je ne pense pas directement à EDM, qui est plus la musique sur laquelle les gens vont danser en festival. Mais dans la musique électronique, il y a aussi des genres plus atmosphériques ou “bizarres”.  

Comment as-tu été amené à faire de la musique et à commencer la production ? 

J’ai commencé par la guitare acoustique, en prenant des cours en académie à Bruxelles. J’ai vite découvert le monde de la musique électronique, j’ai commencé comme DJ puis je me suis intéressé à comment les artistes produisent leurs morceaux. Et puis c’est comme ça que je suis tombé dans le piège de la production (rires) ! Un véritable puits sans fin ! 

J’ai commencé à produire il y a 15 ans, via mon père qui m’a montré Reason. J’ai fait ça en autodidacte, mais ce qui m’a beaucoup aidé c’est rencontrer d’autres producteurs dans le même milieu, de pouvoir bosser en studio etc. J’ai fait beaucoup d’aller-retours à Paris, où il y avait beaucoup de producteurs qui faisaient le même genre de musique que moi. On se retrouvait, on faisait des soirées, des sessions studio ensemble…Ca m’a beaucoup appris. 

J’ai commencé avec FL Studio, puis je suis passé sur Ableton parce qu’on m’a un peu raillé pour ça (rires) ! C’était plus facile pour faire des collaborations, ça m’a quand même un peu ralenti pendant 2-3 ans, mais je faisais de la meilleure musique. Je trouve qu’Ableton est plus épuré, plus simple, tu as vraiment une infinité de possibilités. J’ai plus l’impression que c’est un outil, alors que FL Studio c’est un peu un jouet. Ableton est plus carré, tu sais exactement comment faire ce que tu veux faire. 

Quelles ont été tes plus grandes influences à tes débuts ? On sent une forte patte Future Bass dans tes anciennes tracks…

J’ai vraiment découvert la musique électronique avec Daft Punk, puis Skrillex et son EP Bangarang. Je me suis pris une grosse claque ! Je me suis dit que je devais absolument trouver comment il faisait ce genre de sons. C’était évidemment impossible (rires)

En Future Bass, j’ai été très inspiré par Flume, Cashmere Cat et Mura Masa. C’était vraiment le trio magique, les producteurs que j’adorais à l’époque. Il y a eu Rustie aussi. La Future Bass, c’était assez accessible à produire et c’était en plein développement. C’est comme ça que je suis tombé dedans. J’ai été très attiré par le côté très mélodique du genre. J’essaie de transmettre de vraies émotions via mes tracks, pas de juste mettre des grosses gifles. 

Quelles sont les raisons qui t’ont motivé à opérer un changement de direction artistique, plus axé UK Garage – Bass Music ? 

Je pense que j’étais dans la Future Bass parce que pour moi c’était facile à produire. Dans ma tête, la Bass Music était trop complexe. Mais à un moment, j’ai compris que c’était ce que je voulais faire et que je devais me lancer. Bien sûr, les premières tracks étaient pas incroyables d’un point de vue sound design, mais je savais que j’avais pris la bonne direction. J’ai beaucoup écouté de Noisia et d’Excision quand j’étais adolescent, et je me suis rendu compte que c’était la Bass Music que j’aimais le plus. 

Pour moi, la Bass Music est plus complexe et a aussi une certaine histoire. Il y a beaucoup de références que je n’avais pas et ça m’a pris pas mal de temps. Mais c’était super intéressant à apprendre et je me sens beaucoup plus à l’aise. J’ai compris que c’était pas si compliqué que ça et qu’il fallait pas trop réfléchir.  En UK Garage, j’ai été pas mal influencé par des artistes que j’ai découvert sur SoundCloud, comme Daniel Allan, Darby, Camoufly

Tu as récemment sorti un titre sur bitbird, le label de San Holo. Comme tu l’as toi-même dit, c’est un véritable rêve qui s’est réalisé… 

Oui, c’était carrément un rêve qui se réalisait. Vu que j’étais que j’étais dans la Future Bass à l’époque et j’ai vu San Holo grandir au fil des années…C’était vraiment un de mes objectifs. Je pense que j’aurais pu sortir une track chez eux plus tôt, mais ça reste quelque chose de mémorable. Ce n’était pas un label inaccessible, pas comme il y a 10 ans. Parce que c’est surtout eux qui récemment m’avaient demandé des démos. Mais je me suis dit que pour le moi d’avant, pour le symbole, je devais sortir un morceau dessus. C’est d’ailleurs grâce à eux que j’ai joué à l’Amsterdam Dance Event

Tu as reçu le soutien d’artistes reconnus (Levity, Crankdat, P Money, Hydraulix, Mary Droppinz…), tandis que ton nombre de followers et d’auditeurs a considérablement augmenté. Comment vis-tu cette montée en visibilité ?

Oui, et j’ai même reçu le soutien de The Chainsmokers ! Pendant 6 mois, ça a été complètement fou. Toutes les vidéos que je postais sur les réseaux sociaux, j’y ai eu des réactions de dingue. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Ça m’a juste confirmé que j’étais sur le bon chemin. Mary Droppinz a joué mes tracks à plusieurs reprises, et on va possiblement travailler ensemble. 

Je ne m’attendais pas vraiment à ce que ça décolle comme ça. Il y a un an, j’avais seulement 2000 followers sur Instagram, maintenant j’en ai 12 000. J’ai aussi été sur le top 10 de Beatport en Deep Dubstep, chose que j’imaginais impossible. C’était un peu une surprise, mais je me disais que si j’essaye depuis aussi longtemps, je vais y arriver ! C’est clairement le conseil que j’aurai donné au Stan d’avant : y croire et continuer. 

Je pense que je le vis bien. Je suis plus équipé pour gérer le stress et sur le plan psychologique. Je pense que si ça m’était arrivé il y a 10 ans, ça aurait été plus compliqué. Je n’étais pas prêt psychologiquement. J’avais d’ailleurs eu une track qui était devenue virale sur Vine. Tout d’un coup, j’étais à 200 000 auditeurs mensuels et je n’ai pas su comment gérer cela. J’étais un peu tétanisé, paralysé, j’avais peur de ne plus savoir faire mieux. Du coup, je pense que ce qu’il se passe actuellement, ça arrive au bon moment. 

Comme tu l’as expliqué sur les réseaux sociaux, tu as pourtant hésité à arrêter ta carrière il y a quelques années. Selon toi, quelles sont les plus grandes difficultés quand on est un jeune artiste émergent ? 

Il y a 2-3 ans, j’ai perdu mon travail et j’ai eu une grosse crise existentielle. J’ai décidé d’arrêter de faire de la Future Bass et de commencer à faire ce que j’aime vraiment : la Bass Music. Je pense qu’en tant que petit artiste indépendant, mon plus gros frein était au niveau financier. Chaque morceau que tu sors te coûte rapidement beaucoup d’argent. J’ai alors décidé de bosser avec des potes, qui croyaient en mon projet, voulaient me faire des prix ou juste m’aider. Je me suis rendu compte que c’était super important de bien s’entourer. Et quand tu as un travail à temps plein en plus de ton projet musical, tu ne peux pas tout faire. J’ai décidé de me consacrer uniquement à la création, et de déléguer absolument tout le reste. 

Les réseaux sociaux, c’est une certaine pression si tu te prends la tête. Mais il ne faut pas oublier que c’est tout d’abord fun. Les gens vont dessus pour se divertir, et donc il faut s’amuser quand tu fais du contenu pour pouvoir le transmettre après. Ca peut aussi faire partie de ton projet, de comment tu t’exprimes. Ça me permet de compléter l’histoire que je raconte d’abord en musique, puis avec les vidéos que je sors. Si tu ne crois pas à 100 % en ton projet, les gens ne vont pas accrocher. 

Parlons un peu du collectif dont tu fais partie : Eucalyptus Records. Peux-tu nous le présenter ? Quelle en a été la genèse, l’objectif derrière sa création ?  

Eucalyptus, c’était surtout un groupe de potes qui était établi lors de leurs études à Louvain-la-Neuve. Je n’en faisais pas partie, vu que j’étudiais à Bruxelles. Je connaissais surtout FLYES (ndlr : anciennement LOWSELF, aussi connu sous le nom d’Höwley). J’ai rejoint le collectif parce qu’il n’y avait pas beaucoup d’artistes émergents à Bruxelles, et qu’ils voulaient se connecter aux autres. C’était vraiment une bande de potes fans de Bass Music, ils faisaient des soirées, des sessions de production etc. Je suis un peu de côté ces derniers temps, mais je sais qu’ils essaient de développer la scène locale et de faire grandir leurs artistes.

Que penses-tu du développement actuel de la scène Bass Music à Bruxelles et en Belgique en général ? 

Je trouve que la scène Bass Music à Bruxelles est un peu limitée. C’est bien présent en Flandre, mais je ne trouve pas que la scène belge soit assez ouverte. La plupart du temps, si tu essaies de travailler avec quelqu’un, il ne va pas te répondre ou ne pas te booker parce qu’il ne te connaît pas. Par exemple, j’ai essayé plusieurs fois de jouer à Kiosk Radio ou à GIMIC, et ils m’ont snobé de ouf (rires) ! La vibe est très Techno à Bruxelles, et quand tu arrives avec de la Bass Music, ils ne le voient pas spécialement d’un bon œil. Alors que GIMIC a collaboré avec Fred Again.. dernièrement ! Bref, je ne comprends pas pourquoi ils ne s’ouvrent pas plus aux jeunes talents locaux. Je trouve que c’est une scène trop fermée. Je me suis dit que plutôt d’aller gratter à toutes les portes ici, je devais aller aux Etats-Unis. C’est beaucoup plus ouvert là-bas. Ils proposent directement de t’aider, et j’ai beaucoup plus facile à travailler avec eux. Peut-être qu’en réussissant là-bas, je pourrais ensuite revenir en Belgique et y organiser mes propres soirées. Il y a certes un retour de la scène Bass en Belgique, mais c’est très lent et les promoteurs ne veulent pas prendre de risques. 

Tu as récemment été annoncé à la Rampage Open Air. Peut-on parler de palier dans ton parcours ? 

C’est le premier festival pour lequel je suis booké ! C’est une folie. C’est le fondateur (ndlr : Murdock) qui est tombé sur une vidéo que j’avais postée sur Instagram et a ensuite contacté mon agent. C’est aussi simple que ça. Ça s’est passé il y a quelques mois. Tout ça parce que j’ai dansé comme un con devant la caméra, avec mon son derrière (rires)

C’est un gros palier, et c’est quelque chose qui va peser sur mon CV. Les Américains connaissent bien Rampage, et ils seront plus amenés à me programmer s’ils voient que j’ai joué là. Il y aura énormément de gros artistes, ça va me permettre d’en rencontrer certains. 

Quel est l’artiste avec lequel tu rêves de collaborer ? 

Mon but ultime c’est Skrillex, je suis aussi réaliste (rires) ! Ce qui serait peut-être faisable, c’est collaborer avec Peekaboo, Hamdi ou LYNY. Casey Club aussi, et ça va probablement arriver à un moment puisqu’on est en contact. Je suis plus dans une vibe US, bien que j’essaie aussi de la mélanger avec une vibe UK. 

Quels sont tes projets à venir ? 

Mon projet actuel c’est d’avoir mon visa et de partir en tournée aux USA. J’ai développé mon réseau bien au-delà de la scène bruxelloise. J’ai très vite compris que si je voulais grandir en tant qu’artiste, je devais absolument aller aux Etats-Unis, y faire mes preuves, et revenir ensuite en Belgique. Ça fait 3 ans que je travaille là-dessus. J’ai été en contact avec Mary Droppinz – que j’adore – et aussi avec Breakaway, un concept de festival qui a pris beaucoup d’ampleur là-bas. Ce serait dingue d’y jouer. Je rêve aussi de me produire à l’Ultra Music Festival, l’EDC ou le HARD

Merci d’avoir répondu à nos questions ! As-tu un dernier message à faire passer ?

Ce qui tue l’avancement d’un projet, c’est de trop réfléchir aux détails. Plus tu es dans l’action et tu fais des choses, plus tu avanceras. Moins de réflexion, plus de fun, plus d’action !

By Antoine