Interview Joachim Garraud


Lors du Water Mix Festival qui a eu lieu fin juin à Fenouillet (notre report est à (re)lire ICI), nous avons posé quelques questions au grand Joachim Garraud. Pendant de longues minutes, le français nous a parlé de l’Elektric Park qu’il produit, des jeunes talents français ainsi que de ses aventures insolites passées en Russie. Retrouvez ci-dessous l’intégralité de ses propos :

Salut Joachim Garraud, peux-tu te présenter pour le peu de personnes qui ne te connaissent pas ?

Je suis compositeur, producteur, DJ, amoureux de musique électronique. J’ai commencé tout jeune, quand j’avais 16 ans. J’ai fait le conservatoire de musique, de piano et de percussion quand j’étais très jeune. J’ai donc appris la musique de façon classique, et après j’ai commencé à travailler sur les ordinateurs. Je suis un passionné de son et je fais des tournées depuis 25 ans. Au départ, c’était dans des clubs très undergrounds parce que personne n’écoutait ce genre de musique, et puis maintenant on est dans des festivals devant plein de monde ! Pour plus d’infos ? www.joachimgarraud.com (rires) !

C’est la question de base du site… Quelle est ta définition de la musique électronique ?

La musique électronique est la musique réalisée avec des instruments électroniques, pour être bref ! Les premiers instruments électroniques sont les premiers synthétiseurs Moog en 1954/55 si je dis pas de bêtise, ça date des débuts de la musique électronique avec des choses très expérimentales. Après, il y a eu des gens comme Jean-Michel Jarre, comme Kraftwerk.. Maintenant, c’est une famille, c’est à dire que tout le monde fait de la musique électronique ! Même quand tu enregistres une guitare acoustique sur un ordinateur, c’est de l’électronique.

On se rencontre ici, pour la première édition du Water Mix Festival ! Quelles sont tes premières impressions à propos de ce festival ?

Super ! Pour une première édition, c’est super franchement. D’abord, le public est nombreux, ce qui est pas évident aujourd’hui dans la configuration parce qu’il y a beaucoup de festivals donc une grosse concurrence. En plus de ça, le public est très sympa et très enthousiaste, il aime faire la fête et était très excité. J’ai passé plein de titres très expérimentaux, parfois des trucs un peu durs, techno, puis des trucs plus commerciaux qu’ils connaissent tu vois. On a fait un joli voyage ensemble ! Le seul regret que j’ai, c’est que c’était un petit peu court, puisque chaque DJ avait qu’une heure, j’aurai préféré une heure et demie. Ça aurait été un peu plus sympa je pense, là j’étais obligé d’aller un peu vite. Mais sinon la prod’ est bien et la scène est super. Leur idée de mettre la scène sur l’eau c’est un peu fou parce que moi je connais un peu ça comme je produis des festivals, pour implanter une scène dans l’eau avec un échafaudage, c’est un sacré bordel… euuh bazar (sourire) ! En tout cas, le concept est sympa, je reviendrais ! Enfin, s’ils m’invitent (rires) !

Tu mixes depuis de nombreuses années déjà et tu as su t’imposer comme l’un des acteurs majeurs de la scène dance électro. Que penses-tu justement de l’évolution de la scène électronique, en France comme à l’international ?

Elle est super ! Excuse moi, ça fait deux fois que je dis “super” (rires) ! C’est une bonne évolution, je trouve que depuis 20 ans, les français sont mis à l’honneur avec différents artistes. Daft Punk qui est un ambassadeur de la musique électronique pour les français, des gens comme Bob Sinclar, Cassius, David Guetta aux USA, Justice… T’as beaucoup de raisons d’aimer le fait qu’on est français, aujourd’hui y a des gens comme DJ Snake qui représentent beaucoup la scène électro française à l’étranger. Quand tu vois toute cette évolution, je pense que ça se passe super bien ! Je suis content, parce qu’il y a plein de styles musicaux mélangés. Le seul reproche que je ferai est que les jeunes producteurs, qui se lancent, choisissent trop la facilité et donc tout le monde produit un peu la même chose. Du coup, les gens ne se détachent pas trop. Par contre, ceux qui se détachent sont ceux qui réussissent. Par exemple, DJ Snake a apporté un son vraiment très différent, et ça fonctionne pour lui.

Quel est le secret pour percer dans la durée ?

Être différent ! Le secret c’est de faire ça par passion. Quand je rencontre des gens qui me disent “Joachim, je te connais depuis 12 ans” ou “on est DJ grâce à toi, tu nous as transmis ta passion”, je me dis que c’est génial parce que je me sens vraiment utile, d’avoir fait une bonne action. Donc il faut laisser parler la passion, et pas l’argent. A contrario, si tu rencontres quelqu’un qui me dit “c’est super, j’aimerais bien être DJ parce que j’ai vu que tu te déplaçais en jet privé”, il vaut mieux qu’il arrête maintenant parce qu’il risque d’être très déçu. S’il est capable de cultiver une différence et de mettre de la passion, je pense qu’il peut durer. Moi, je suis passionné depuis des années, j’ai même commencé comme bénévole. Ça me coûtait de l’argent car je m’achetais des disques et je devais payer l’essence pour aller jouer. La semaine je faisais des petits boulots pour gagner un peu d’argent, que je dépensais le week-end pour aller jouer. Aujourd’hui, je suis payé pour venir jouer, ce qui est incroyable ! La différence, je la cultive avec le fait de jouer d’un instrument de musique ou d’inclure de la vidéo. J’ai aussi développé un côté “Space Invaders” communautaire. Mais garder cette différence c’est important tu vois, musicalement aussi c’est important.

Lors d’une interview pour MADM, tu as dit une phrase qui m’a marqué : Le jour où tu me verras fatigué d’aller faire un autographe ou d’aller prendre une photo, c’est qu’il est temps d’arrêter.” Venant d’un artiste ayant une telle carrière derrière lui, je trouve ça top. Comment expliques-tu que certains prennent la grosse tête ?

Oula ! Tu as dit lors d’une interview pour Chasse & Pêche en novembre 1983 : “Je taquine le goujon” (rires) !

Ah, c’est une bonne question. Peut-être parce qu’il y en a certains qui ont débuté ce métier sans être bénévole. Tu en as qui ont de suite démarré, et qui sont devenus millionnaires, ou alors qui n’avaient qu’une seule envie, c’est d’avoir un jet privé. Peut-être que la sensibilité, l’amour de la musique et du partage avec le public sont un peu faussés par des rapports au business et avec l’argent. Quand je te dis que j’aime ça, c’est que j’aime vraiment ça. Ce soir je sais pas combien je suis payé, seul Benjamin (ndlr : son manager) le sait. Tout ça pour te dire que je viens beaucoup par passion. Si tu fais passer le business en premier, il est possible que tu prennes la grosse tête. Après, à la décharge de certains, des DJs superstars qui sont des gens très sympas globalement, ce sont des gens qui sont tellement entourés que l’entourage fait aussi que ça fausse un peu les rapports à l’artiste. Quand t’es un DJ qui génère des millions de chiffre d’affaires, c’est une petite entreprise. Et donc du coup, je pense que tous ces gens-là peuvent influencer un peu. À force de te dire toute la journée “t’es le meilleur, c’est incroyable t’es un génie”, peut-être que tu y crois. Après, c’est mon point de vue.

En mai, tu as sorti un EP avec Ridwello, puis la track “Beautiful”, avec Chris Willis au vocal. Pourquoi cette omniprésence du breton sur tes dernières nouveautés ? Peux-tu nous le présenter ?

Depuis des années, j’essaie d’aider des jeunes DJs et producteurs. À chaque fois que je peux donner des conseils et des petites astuces, je le fais. J’essaie de les mettre en lumière, parce que c’est aussi ma façon de transmettre ma passion. Il y a un an et demi, j’ai découvert Ridwello. Et franchement c’est un gamin, je dis “un gamin” en toute affection, qui galère et qui est très talentueux. Quand je vois un mec comme ça alors que ça m’arrive de croiser des gens qui ont la grosse tête et qui ont un dixième de son talent, lui il mérite beaucoup mieux. Du coup, j’essaie énormément de lui filer un coup de main en ce moment. Je pense que ça fait partie des gens qui ont une notoriété. Dans le monde du sport c’est ça, et je pense que dans le monde de la musique ça devrait être pareil. Le savoir est la plus belle chose à partager parce que c’est la seule chose qui se multiplie. Si tu viens me demander 2 000€, ça m’embête parce que je les perds. Mais si tu veux du savoir, je t’en donne autant que tu voudras.

Pour fêter les 1 an de ton album 96/24, tu as sorti une version deluxe de ce bijou. Pourquoi avoir voulu faire cette nouvelle version ?

Entre temps, j’ai sorti des choses supplémentaires que je voulais mettre dans cet album là. Et puis, pour faire un album comme 96/24, ça m’a pris presque 2 ans, c’est assez long tu vois. Quand tu vois la durée de vie d’un album qui est d’environ 10 jours… Tu mets deux ans à le produire, tu le publies sur différentes plateformes et au bout de deux semaines, l’album est devenu vieux. Donc j’ai voulu lui donner une durée de vie supplémentaire. J’ai aussi créé une version deluxe pour les passionnées, car j’ai fait des versions collectors en vinyle. C’était l’occasion de donner à ma communauté des versions différentes. Là il y a beaucoup de remixes, c’est un super package.

Parlons un peu de l’Elektric Park ! Créateur de l’ancien Inox Park, tu es désormais producteur de l’Elektric. Alors que l’identité du festival a changé cette année, estimes-tu que c’est une page qui se tourne, ou la continuité des 6 dernières éditions ?

C’est la continuité de 7 ans de travail sur l’Inox Park, et en même temps c’est quelque chose de nouveau qui démarre. Mais ça reste vraiment la continuité parce qu’Elektric Park est l’état d’esprit que je voulais développer en France. C’est à dire un festival de journée, en plein air avec un bon état d’esprit où les gens viennent déguisés. Je veux que les gens fassent autant le spectacle que les artistes sur scène. Parce qu’une vraie fête inclut tous les gens, le public en fait partie intégrante, c’est un échange artiste/public qui va dans les deux sens. Elektric Park c’est, avant toutes choses, un état d’esprit. Tu sais que tu vas venir 12h, et écouter plein de styles de musiques différents. Parce que ce qui est important aussi, c’est la différence musicale. Je voudrais pas que les gens qui passent 12h sur le parc, entendent 10 fois le même titre. La musique est tellement variée, qu’il faut qu’on prenne le risque de mettre une scène trance, une scène techno, une scène bass. Parce que sinon, les gens vont entendre 10 fois le même bootleg de Oasis ou Coldplay, et c’est réduire la musique à quelque chose de très pauvre alors qu’elle est très riche.

Le problème que j’ai actuellement, c’est que dans la communication, les français sont un peu moins ouverts en terme d’état d’esprit que certains étrangers. C’est donc difficile pour les français d’acheter un billet à 40€ pour aller voir 40 DJs car ils en connaissent que 3. Quand je vois sur Facebook les gens qui demandent absolument les headliners lors de l’annonce progressive de la programmation, je me dis “n’achetez pas votre billet que pour voir le headliner que vous verrez dans la plupart des festivals”. Ma plus grande fierté, c’est de voir que c’est à l’Inox Park que les français ont découvert en festival Skrillex, Axwell, Eric Prydz… Tous ces gens-là, j’ai été fier de les faire découvrir au public français, parce que je me suis dit “attention, je vous montre des artistes aujourd’hui, mais surveillez-les parce que vous risquez d’en entendre parler dans quelques années”. Aujourd’hui, c’est le top du top. Ils me font des tarifs parce qu’ils reviennent quand même (sourire). Tout ça pour vous dire de venir à Elektric Park parce que vous pourrez découvrir des artistes. Cette année, j’ai des gens comme Ofenbach, RavenKis qui est monstrueux tu es d’accord avec moi (ndlr : OUI !!), Damien N-Drix que j’adore. Quand on annonce ces artistes sur Facebook, les gens disent qu’ils ne connaissent pas. C’est justement pour ça qu’il faut venir découvrir. On a également des artistes très connus comme Lost Frequencies , Laidback Luke ou Bassjackers, mais ce sont surtout des gens que j’aime. D’ailleurs, c’est à Chatou parce que j’habitais là-bas et j’allais faire du sport sur cette île. J’ai demandé au maire de me confier l’île pour faire une “fête entre amis”. La première année je demande à Martin Solveig de venir, Bob Sinclar, Eric Prydz, Antoine Clamaran… On a vendu 8 000 billets lors de la première édition, j’y avais même perdu un peu d’argent. Bref, je voulais pas laisser tomber ça car maintenant c’est un rendez-vous que les gens attendent. C’est le samedi 9 septembre sur l’Ile des Impressionnistes. Il faut venir parce que si jamais les gens attendent que j’annonce Tiësto vs. Martin Garrix vs. Avicii vs. Eric Prydz vs. Deadmau5… Je suis désolé, mais je ne peux pas être Tomorrowland, parce que Tomorrowland a un budget de 23 millions d’euros. Elektric Park, c’est 800 000 euros, donc plus de 25 fois inférieur. Quand tu montes 5 scènes, ça te coûte déjà plus de la moitié du budget, plus la sécurité lors du plan vigipirate… Donc au final, il te reste très peu d’argent pour le booking. Donc soit on jette l’éponge et on se dit qu’on ira à Tomorrowland, soit on se bat et on prend des gens comme RavenKis qu’on va entendre parler dans les prochaines années et qui sont super heureux de venir parce que je leur fais confiance et qu’eux ont bien compris qu’Elektric Park représente un tremplin. Je défends mon bout de viande et je me dis qu’il faut y aller. C’est un stress monstrueux car tous les ans on est pas sûr d’équilibrer et on flippe. Mais je pense qu’il faut le faire.

Une scène “Bleu/Blanc/Rouge” a vu le jour, ayant pour but de mettre en avant les DJs français.. Penses-tu qu’il y a un manque de solidarité française et de patriotisme entre producteurs, comparé à un pays comme la Hollande ?

Oui ! Je pense qu’on est nul. Ca m’embête de dire ça mais je pense que les français se regardent un peu trop le nombril. Ils font des espèces de “mini-clans”. Quand je vois la solidarité chez les Suédois, chez les Hollandais ou chez les Espagnols maintenant dans la techno par exemple, tu vois qu’on a quand même intérêt de se serrer les coudes. Et donc moi faire une scène “bleu blanc rouge” ça a du sens parce que je mets en avant les talents français et puis je dis qu’on est un peu patriotique. J’aime mon pays et ses talents, et je trouve que si parmi les gens qu’on met sur scène, comme RavenKis ou Damien N-Drix,  ils pètent les scores l’année prochaine et deviennent n°1 aux USA, je serai fier d’avoir participé. Je pense que c’est important. Tous les gens qu’on a appelés pour y jouer m’ont dit “Joachim c’est génial, on veut le faire”. Ils sont motivés et ont la banane. Ils postent à mort sur les réseaux sociaux, ils veulent ramener du monde et ils veulent la plus belle des fêtes. Et c’est mon état d’esprit. A contrario de certains artistes qui demandent directement leurs cachets quand tu les appelles. Par exemple on a pas signé un artiste sur Elektric Park parce que le mec nous a dit qu’il lui fallait des flammes de 9m de haut et des feux d’artifice. Mais bon, sinon pour la musique ? C’est quand même fou de se dire que le mec va pas venir jouer de la musique, parce qu’on est sur l’Île des Impressionnistes où y a des arbres centenaires et où on ne peut pas mettre de feux d’artifice. J’ai pas le droit. On est sur un lieu protégé alors si tu as une seule fusée qui part dans les bois, on fout le feu partout. Donc si le mec vient pas pour ça, alors qu’il aille se faire… des feux d’artifice (sourire). Non mais franchement, la base de la musique et de la fête c’est pas ça, je veux bien faire un beau spectacle, mais franchement d’abord la musique. Donc les gens de la scène “bleu blanc rouge” ne m’ont pas demandé des flammes de 9m, mais je peux quand même leur mettre de la belle prod (sourire).

Tu as voyagé à travers le monde, et tes dates paraissent incalculables. Quel événement t’as le plus marqué ?

C’est difficile comme question. Déjà le Burning Man qui a lieu chaque année au mois d’août, que je refais cette année d’ailleurs avec Carl Cox. C’est un truc d’enfer, vraiment, tu peux pas imaginer comment je me réjouis d’être dans le désert pendant 5 jours/5 nuits, tu te laves pas, tu dors pas, tu fais la fête non-stop. C’est génial, tout le monde vient gratos, c’est un vrai état d’esprit de fête. Et en face : 200, 2 000 ou 20 000 personnes, qu’importe ! Tous les gens sont déguisés à fond, et ils s’en foutent de qui joue, ils sont là pour la bonne musique. Et ça, c’est vraiment plaisant. J’ai aussi une petite tendresse pour la première édition de l’Inox Park, en 2010, parce que j’avais beaucoup travaillé pour monter cette marque chez moi. Et c’est la première fois où je jouais sur scène devant ma femme et mes enfants, et presque tous mes potes d’enfance. Parce qu’en fait, en 2010, c’était la première fois que je jouais à domicile. Mes enfants m’ont vu pour la première fois. Le plus jeune d’entre eux est venu sur scène et a trouvé ça génial. Donc j’ai une très belle tendresse pour ça. Et le troisième événement sera Elektric Park cette année, parce que j’ai de nouveaux réuni pas mal de gens pour cette édition.

As-tu une anecdote insolite à nous faire partager ?

Je vais jouer à Moscou, fin des années 90. Moscou venait de passer de CCCP à la Russie. J’ai deux souvenirs là-bas ! D’abord, j’ai fait la dernière rave de la CCCP, j’ai joué devant 30 000 personnes, c’est énorme. C’était la première rave qui était plus ou moins autorisée à Moscou. Il faisait -20° dehors, les mecs étaient torse nu. J’ai joué avec des radiateurs et dans un pavillon qui s’appelait “Pavillon Cosmos”. Il était dédié à Youri Gagarine, t’avais des machines d’entraînement pour les cosmonautes où les mecs vomissaient et tout, c’était incroyable ! Le lendemain je dois prendre l’avion pour faire une date à Saint-Pétersbourg. Tous les vols sont annulés parce que c’est plus l’Union Soviétique mais la Russie maintenant. J’ai été obligé de prendre le train avec un faux passeport russe… Bon là, je peux te dire que je peux en faire un bouquin. Bref, ça c’était quand même une bonne histoire que j’abrège. Maintenant, deuxième anecdote (sourire) !

Je repars jouer  3 ans après à Moscou. Ça allait beaucoup mieux, ça s’était un peu démocratisé, il y avait des clubs qui commençaient. Je vais à l’aéroport, je vois un mec avec une pancarte “Joachim Garraud” et qui me dit “Blitchgonov Strogonov”, bref je parle pas russe (rires) ! Il m’emmène au club, il y avait des superbes banderoles en mon nom. C’était génial, je prends les platines. Je jouais beaucoup techno à l’époque, surtout en Russie. Le set dure 2h, très bon set, tout le monde est content. Il me ramène à l’hôtel en me disant que le taxi allait venir me chercher le lendemain. Franchement génial, super date ! À l’époque, il n’y avait ni portable ni internet, et ça c’est très important ce que je te dis (sourire) ! J’arrive dans ma chambre, et je vois le bouton rouge de mon téléphone qui sonnait à fond : “Vous avez 28 messages”. Je me dis “mais qu’est-ce que c’est que ça” ! C’était mon bookeur qui me demandait, paniqué, où j’étais, en me disant que le club m’attendait pour que je joue ! Je le rappelle en lui disant que j’ai joué et que c’était super, et il me répète qu’ils m’attendent et qu’ils veulent me couper les mains ! Il pensait même que je m’étais trompé de club et que je m’étais fait enlever ! Ce qui s’est passé, c’est qu’il y a des mecs qui ont bloqué le chauffeur qui devait me récupérer. Ils ont imprimé les banderoles dans un club concurrent. Ils m’ont pris, ils m’ont amené, ils m’ont fait jouer. Super belle soirée. Ils m’ont ensuite ramené à l’hôtel. Pour moi c’était super !
Par contre, il y avait un mec qui attendait Joachim Garraud qui n’est jamais venu dans son club et il me cherchait partout. Alors il y a mon agent qui me dit “il faut que tu prennes le premier avion, les mecs ils veulent te casser les genoux. Il faut que tu les rembourses”. Je lui dis “mais attends, c’est de la faute des autres” et il m’a demandé de décrire l’endroit où j’étais, mais comment veux-tu que je décrive le club ! Je lui décris un peu les lieux mais à l’époque, on pouvait pas prendre de photo. Bref, j’arrive à m’échapper mais en plus j’étais avec mes bacs de vinyls. Si tu veux pour te barrer, c’est pas la clé usb dans la poche comme aujourd’hui, c’est le bac de vinyls (rires). Je prends un taxi. Je me suis dis « vite à l’aéroport, il y aura du monde, je me ferais pas agresser ». Donc je vais à l’aéroport, j’ai attendu et j’ai pris le premier avion pour Paris. Et après, ils se sont arrangés. Ils ont retrouvé le mec. Il doit être coulé dans le béton maintenant (rires) ! Donc voilà un peu tout ça ! Ce qui m’a fait rire, c’est que j’ai lu récemment le livre de Laurent Garnier et il lui est arrivé exactement la même chose. Il a fait également une soirée en Russie où les mecs l’ont emmené et il lui est arrivé un peu la même chose je crois. Donc Laurent si tu lis ces lignes, voilà !

Je t’ai vu jouer il y a deux ans au Fhloston, une boite montalbanaise, pas loin d’ici. Depuis, j’ai accroché dans ma chambre ton masque que tu as porté et dédicacé. Si jamais je me retrouve en galère financièrement un jour, tu penses qu’il pourra me rapporter combien ?

(Rires) Alors tu sais quoi ? Il faut que tu attendes que je meurs et au moins cinquante ans après et là peut être qu’il te rapportera… rien. Ça dépend du millésime, de l’année. Il y a du bon et du moins bon. 2015, je suis pas sûr ! Peut être vingt euros, vingt cinq euros (sourires). Il est dédicacé ? S’il est dédicacé, peut être trente cinq alors, ou un petit quarante euros, ou encore un ticket resto. Sur internet, j’ai vu des trucs, des t-shirts dédicacés Joachim Garraud. Ça m’a fait marrer, je leur ai répondu. Par contre, là où j’étais pas content, c’est qu’un mec m’a fait signer un keytar, c’était à Berlin, un clavier blanc comme le mien et il l’a vendu très très cher sur internet. Il l’a vendu quand même. Tant mieux, j’étais content, je me suis dit “il a une bonne côte quand même” ! (rires)

Plus sérieusement, on sait que tu es sans cesse actif dans le monde électronique, quels sont tes projets à venir ?

Mes projets à venir c’est d’aller dormir là, demain de prendre une douche, peut être deux (sourires). Non mes projets à venir… J’ai un album qui s’appelle OVP ( Oscillation Vibration Pulsation) (rires). Je rigole parce que c’est un concept tellement extraterrestre que je me demandes pourquoi je t’en parle à vrai dire. C’est un album avec une seule plage de trente neuf minutes et trente neuf secondes, que j’ai créé en dix huit mois. C’est que de la recherche sonore et expérimentale, de la musique contemporaine. C’est très difficilement écoutable pour les gens qui n’ont pas un certain niveau de culture de sons. Pour moi, c’est le projet, l’oeuvre la plus aboutie que j’ai faite. C’est incroyable de dire ça parce qu’à côté de chansons avec Chris Willis ou autres grands artistes, elle reste l’oeuvre dont je suis le plus fier. Elle est finie et je l’ai envoyée à des gens comme Steve Reich, un mec qui est dans la musique contemporaine, ou encore des mecs comme Jean-Michel Jarre, Mr Oizo, qui m’ont dit qu’ils adoraient. Brian Eno aussi, enfin, des gens un peu tarés tu vois, des gens que je vénère en terme de sons. Ils m’ont tous répondu. Ils trouvent ça très fou. Donc je vais sortir ça bientôt avec une maison de disque de musique classique. C’est de la musique électronique contemporaine, donc ça n’a rien à voir avec une activité de dj. Il ne faut pas s’attendre à pouvoir danser dessus, mais au niveau du son, c’est de la bombe.


Je produis également l’album de Ridwello qui va sortir très rapidement . On a plein de très bons titres, vraiment d’enfer. Je suis tellement heureux de cet album là. Je me concentre vraiment sur ça. J’ai l’album de Corvad, qui est un artiste russe techno qui a joué à Zemixx 600 et qui jouera à Electrik Park. Bref, je ne monte pas de projets, j’ai la tournée d’été là qui est à fond, et je vais jouer à TomorrowLand. Je fais quelques festivals un peu partout, comme Burning Man avec Carl Cox à la fin du mois d’août, ou encore Elektric Park, qui demande un très gros travail car je suis producteur, programmateur et artiste. Et puis sur le dernier trimestre de l’année, j’espère avoir fini un album personnel Joachim Garraud, instrumental, pure techno mais pas minimaliste.

Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier message à faire passer ?

(rires) Le message que j’avais à passer est que c’était une bonne interview, longue, mais parce que tes questions sont très bonnes, elles sont bien recherchées, bien documentées. C’est pertinent et pas redondant. Tu ne m’as pas posé trois fois la même question et ça m’a permis d’aller au fond des choses. Je trouve cela vraiment important de pouvoir s’exprimer autrement qu’avec 140 caractères ou des messages vidéo de 7 secondes qui forcément t’obligent à faire une certaine synthèse, et ne te permettent pas d’aller aussi loin dans tes propos. Donc merci, c’est une très bonne interview et j’étais très content de la faire avec toi (ndlr : Valso). A bientôt, à Elektric Park le 9 septembre !

Photo : Niko Pvc

Un grand merci à Joachim Garraud ainsi qu’à son agent Benjamin, sans qui cette interview n’aurait jamais eu lieu.

Réalisation : Valso / Prépararation : Valso – So’ / Retranscription : Valso – So’ – OceB

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