Interview : Aalson

© Geoffrey Hubbel
© Geoffrey Hubbel

Plus de cinq ans après notre interview de lui (à lire ICI), nous avons posé quelques questions à cette pépite toulousaine qui ne cesse de prendre de l’envergure : Aalson. Sur une terrasse de bar, nous avons entre autres discuté de son nouveau rôle chez Sinners, de sa relation avec Joris Voorn ainsi que de son projet fou fraîchement sorti : produire une musique qui s’écoute dans les deux sens. Retrouvez l’intégralité de ses propos ci-dessous :

Salut Aloys, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Salut, je m’appelle Aloys. Je fais de la musique électronique sous le nom de Aalson, que l’on peut qualifier de techno mélodique.

En octobre, tu as annoncé devenir le nouveau directeur artistique de Sinners. Toi qui as toujours été sensible à ce label, le chemin parcouru est quand même incroyable, non ? Pensais-tu pouvoir atteindre un tel objectif ?

Non, pas du tout, je n’y avais même pas songé quand j’ai rejoint le label parce que c’est vrai qu’il m’a fait rêver pendant des années. J’ai pris le temps avant de les contacter, car je voulais mettre au point la musique que je souhaitais défendre dessus. Dès le premier essai, ça a été accepté et j’étais vraiment très heureux. Je me le rappellerai toute ma vie, je pense. C’était réellement un rêve qui était en train de se réaliser.
En plus, un mois après, on partait tous ensemble à Amsterdam pour une date commune. C’était vraiment une grosse news et je me suis très rapidement bien senti avec eux. Le temps a fait son chemin et on a eu des discussions cette année au vu de l’avancée du label, de comment cela se passait. C’était un petit peu la suite logique, aussi bien pour eux que pour moi. Du coup, je l’ai vécu avec un peu moins d’émotion, vu que cela me paraissait plus naturel. Avec du recul, c’est vrai que c’est une belle étape qui a été faite et ça va me laisser encore plus de liberté que ce que j’avais déjà.

C’étaient plus eux qui étaient demandeurs ou bien était-ce une évidence ?

L’équipe a décidé de poursuivre le label avec les artistes déjà présents, dont Mark Hoffen et moi. Il y a aussi Cliff de Zoete et Wojmann qui ont rejoint le navire et ça marchait bien. Mais personne ne présidait vraiment les choses. Des fois, c’était compliqué de se mettre d’accord, de savoir où l’on voulait vraiment aller. On travaille avec une équipe qui est extrêmement respectueuse des artistes et qui n’impose jamais de choix ! C’est vrai que naturellement, ils ne prenaient pas les devants, ce n’était pas leur rôle parce qu’un label, c’est quelque chose de très artistique. J’avais souvent des choses à dire et on a fait une réunion, où j’ai pointé du doigt tout ce que je souhaitais améliorer dans le label. Ce n’était pas la première fois. Et on s’est fait la remarque tous ensemble, autant que ce soit moi qui prenne directement les décisions.

Quelle est ta vision pour le label ? Vers quoi comptes-tu l’orienter ?

Je ne sais pas trop. Tout ce que je sais, c’est que je souhaite que ce soit un espace de liberté et d’originalité. Souvent, quand on veut signer sur d’autres labels, on est obligé de se confronter à d’autres règles qui sont en place, des règles tacites qui sont difficiles à comprendre même pour un artiste qui baigne dans le milieu. Il y a toujours des choses à redire au niveau du style, au niveau de l’intention. C’est vrai que dans la musique que je fais, je me suis toujours senti un petit peu à part, peut-être parce que je l’ai appris moi-même, que je n’ai pas écouté tant de musique que ça dans ce style-là. C’est vraiment quelque chose d’important pour moi d’avoir une originalité, d’avoir quelque chose à dire en plus. Parce que, si c’est pour faire la même chose que les autres, ce n’est pas intéressant de mon point de vue. Du coup, des fois, c’était compliqué de rejoindre des labels qui fonctionnent. On pouvait me dire que cela ne fonctionnait pas, qu’il fallait faire plus comme ceci ou comme cela. Même quand on me donnait les informations, je n’arrivais pas à être d’accord avec ça parce que ce n’est pas ma conception du métier d’artiste. Dès qu’on m’a annoncé que je reprenais les rênes du label, je me suis dit “Mais quel soulagement, je vais pouvoir faire ce que je veux !”
Là où il faut plus réfléchir, c’est plutôt ce que je vais faire pour les autres artistes. Parce que s’il s’agissait que de mon label, je ne réfléchirais pas, je ferais juste des releases et voilà. On a décidé d’inclure de nouveaux artistes et d’ouvrir complètement les portes du label à tout le monde. Rien que cette année, on a signé plus de noms différents que ce qui avait été fait sur toute l’histoire du label. Je veux faire comprendre à tout le monde que c’est un espace de liberté. Je veux juste mettre en place des morceaux originaux, qu’on n’a pas entendu avant. Que les gens ne se battent pas pour le style que l’on représente, mais pour cette liberté, et à terme organiser des soirées. Tout d’abord, pour rencontrer tous les artistes avec lesquels on travaille, c’est très important, et pour nouer des liens d’amitiés. Et pourquoi pas organiser des shows “Sinners”, avec une esthétique particulière, un univers, un message peut-être. Sur ça, on reste encore un peu flou. On attend de voir comment cela va évoluer.

Signer du monde et avoir beaucoup de liberté, vous allez réussir à garder cette identité pour le label ?

Je pense que l’identité du label, c’est moi qui vais la faire et elle se fera par les choses que j’apprécie. C’est peut-être grossier de le comparer à ça… Mais comme un DJ le ferait avec une selecta, un DJ set. Il y a pleins de DJs qui ne sont pas reconnus pour leurs talents de producteur, mais pour le choix, la manière dont ça va être amené. Je pense que c’est ça qui va faire une grosse partie de l’identité “Sinners”. C’est vrai qu’on s’accorde un moule qui est déjà en place, qui va être la musique cinématographique, atmosphérique, et qui évidemment suscite des émotions. Mais des émotions que l’on va retrouver dans ma musique. On ne va pas sortir un track joyeux, complètement enfantin, ce n’est pas notre délire. C’est plus quelque chose de sombre, de perturbé, de lumineux parfois, avec de la mélancolie. Voilà, je pense que c’est quelque chose qui me définit déjà et qui va définir naturellement le label à l’avenir.

Cet été, tu as sorti un single qui n’est pas passé inaperçu, “Ritual”, déposé sur le label d’une autre légende, Joris Voorn. Tu as également participé à son podcast radio. Comment s’est déroulée cette collaboration pour toi ?

C’était une collaboration incroyable, Joris est une personne incroyable et c’était une vraie surprise de trouver quelqu’un d’aussi professionnel et humain à la fois. C’est vrai que cela peut se faire rare dans ce milieu. J’ai adoré le fait que tout se passe extrêmement naturellement. Il n’y a pas eu tout ce rituel de rapprochement, mise en contact, démo et tout. J’ai juste une fois reçu une story qu’un fan m’a envoyé sur Instagram où Joris était en train de jouer “Underwater” à Tomorrowland, un morceau que j’ai sorti sur Sinners. Et de là, au lieu de réfléchir à comment j’allais faire pour approcher Joris, je lui ai juste envoyé un message sur Instagram pour le remercier. Il m’a immédiatement répondu pour me dire qu’il adorait le track. Que cela faisait plusieurs fois qu’il le jouait dans ses sets et qu’il aimerait beaucoup entendre d’autres de mes morceaux.
Et c’est vrai que là, ça m’a mis la puce à l’oreille. J’avais déjà “Ritual” de côté, qui était en maquette et je trouvais que cela pouvait marcher avec son univers. Donc j’ai fini le morceau et je lui ai envoyé. Il a directement flashé parce qu’il m’a très vite confirmé qu’on allait le faire. Après plusieurs mois de discussions, on a travaillé ensemble sur le mixage notamment. Il m’a donné beaucoup de conseils et m’a fait énormément de compliments. Ça fait vraiment plaisir venant d’un artiste comme lui, et c’est même assez rare pour être souligné. Parce que dès qu’il avait quelque chose à dire, c’était toujours précédé de compliments et aussi de la mention que c’était mon morceau, que c’était moi qui décidais et ça fait du bien d’être respecté dans ce sens-là. On s’écrivait toutes les semaines et petit à petit nos managers respectifs sont entrés dans la boucle et ça s’est professionnalisé. On en est arrivé au mois d’août où on a sorti le track et où j’ai enregistré le podcast pour sa radio, et voilà !

Le 18 novembre, tu as dévoilé un remix du titre “Ronaparde” de Ron Flatter. Toi qui réalise de nombreux remixes chaque année… Préfères-tu créer une musique de toutes pièces, ou redonner vie à un titre déjà existant en le remixant ?

Je n’ai pas de préférence parce que je considère que ce sont deux exercices fondamentalement différents. Et aussi, je vais toujours garder dans un remix la liberté de reconstruire complètement un morceau. On peut l’entendre dans ce remix-là, “Ronaparde”, qui est finalement assez éloigné de l’original. On le reconnaît dans le remix de “Eagles”, que j’avais fait pour Teho, où j’aime bien partir d’un seul son qui va m’inspirer et tout recréer sans écouter l’original.
En fait, je vais l’écouter une fois, je vais comprendre l’univers et ensuite, je vais me focaliser sur un élément et tout recréer. Et c’est une fois que j’ai fini le remix, que je vais regarder si ce n’est pas trop éloigné. Et si ça l’est, voir s’il n’y a pas moyen de rajouter un élément. Mais c’est vrai que j’arrive à avoir cette liberté pour les remixes et ça va un petit peu plus vite, car on part de quelque chose qui nous inspire.
À la fois, je préfère un original parce que je vais avoir la liberté harmonique alors que c’est vrai que sur un remix, il va falloir au moins suivre de loin les accords. La phase de recherche dans un original va être aussi plus poussée, plus profonde je pense et plus proche de ce que je veux défendre aussi.

Début décembre, tu as sorti “Rêver”, un projet qui a l’extrême particularité de pouvoir s’écouter dans les deux sens ! D’où t’es venue cette idée étonnante ?

L’idée m’est venue après une discussion avec mon papa, et que je remercierais toute ma vie pour ça. En fait, on avait vu ensemble sur un journal l’annonce du film Tenet, qui n’était pas encore sorti. C’était une annonce simple qui disait qu’un film de Nolan allait sortir avec des plans à l’envers et des plans à l’endroit. Et là, on s’est regardé avec mon père. Et c’est vrai que des éléments à l’envers, j’en utilise déjà beaucoup dans ma musique, notamment dans le morceau “Nightcall” sur Labo T. Tous les éléments qu’on y entend, qu’on a l’impression d’être un peu “glitché” dans les aigus, ce sont des éléments qui ont été retournés plusieurs fois pour créer des textures. Dès qu’on a vu ça, l’idée nous a frappé à tous les deux, de se dire “Pourquoi pas le faire jusqu’au bout ?”. Beaucoup de musiciens utilisent le reverse, dans le rap aussi ça se fait énormément. Mais de là à faire un morceau qui s’écoute à part entière à l’envers… C’est-à-dire que moi, j’ai réalisé qu’un seul morceau et on l’a retourné, ça n’a jamais été fait. Donc là, l’idée était évidente et ça m’a conquis. J’ai directement décidé de réfléchir à comment j’allais faire pour le réaliser.

Cela t’a pris combien de temps pour réfléchir et réaliser ce projet ?

Il y a eu six mois de réflexion avant d’ouvrir Ableton. C’est-à-dire que je me suis interdit d’essayer quoi que ce soit parce que j’avais peur. Je trouvais cette idée tellement incroyable, que j’avais peur de ne pas réussir. Si ça n’a jamais été fait, il doit y avoir une raison ! Mais techniquement ça apporte beaucoup de barrières. Un exemple tout bête, le kick, c’est un élément qu’on ne peut pas retourner. Je laisse à tous la liberté d’essayer, vous allez voir le rendu que cela a, c’est juste une espèce d’aspiration pas très jolie. Du coup, je voulais être sûr de savoir où j’allais aller parce que c’est tellement large comme projet que j’ai cherché une ligne à suivre. J’ai d’ailleurs commencé par faire des dessins d’ondes, puisque je fais pas mal de sound design. C’était sûr que sur un morceau comme ça, je n’allais pas utiliser des samples existants. Hormis la voix, qui par miracle, marche dans les deux sens et que j’ai dû réadapter. Mais tous les autres éléments proviennent de sound design que j’ai fait à partir de rien parce qu’il y avait eu ces six mois de dessins avant. J’ai compris comment faire une onde pour qu’elle soit symétrique. J’ai aussi pensé à l’évolution harmonique que j’allais faire, sans même me mettre sur le piano, parce que j’avais compris que ce n’était qu’avec cette suite d’accords là que ça allait fonctionner. Il y a eu tout ce cheminement, et au bout de 4/5 mois, j’ai compris que c’était faisable. Mais là, il fallait le faire et ça a commencé à me faire flipper. Et donc après le travail, ça a été d’attendre le bon moment et de le provoquer aussi, de travailler tout le contexte autour de ça. J’ai attendu de rentrer après les fêtes, parce que je savais que j’allais être inspiré. J’avais passé un moment en famille. Après avoir prévenu mes proches, j’ai pris toute la première semaine de janvier, téléphone coupé. Je me suis levé le lundi, j’ai éteint mon téléphone et je l’ai mis dans une boîte. De là, je m’y suis mis et je pense que toutes les conditions pour faire le projet étaient réunies.

On suppose que tu es fier du travail accompli ?

Oui, franchement, j’en suis fier. C’est une fierté personnelle. Aujourd’hui, je ne vais pas tirer de fierté que le morceau ait été écouté, d’avoir reçu des messages. Évidemment ça fait plaisir. Mais la fierté première, c’est d’avoir réussi. Je n’y croyais pas et je me dis qu’au moins, pour la première fois, j’ai vraiment apporté quelque chose de nouveau et de palpable à ça. C’était l’objectif.

Penses-tu déjà à d’autres projets originaux ?

J’y pense tous les jours parce que j’ai envie aussi que cela définisse la personne que je suis, et l’art que je représente. Je n’y réfléchis pas de manière précise non plus, parce que c’est un projet qui m’a demandé énormément d’énergie psychologiquement. Et je n’ai pas envie de me forcer à créer quelque chose d’autant original si je n’en ai pas l’énergie, parce que ce sera juste plus pauvre.
Par contre, cette idée du reverse, cela m’ouvre clairement les yeux sur des éventualités. Actuellement, il n’y a rien de décidé, mais je ne sais pas… Éventuellement faire un album entier sur ce concept ? Ce serait incroyable. Et si on pense album, on parle aussi d’un concert entier qui marcherait sur ce concept-là. Techniquement, ce serait beaucoup plus compliqué à mettre en place. Mais si on a réussi à faire un morceau, pourquoi pas faire un album. Pour l’instant, ce ne sont que des suggestions, je n’ai pas envie de me remettre la tête dedans tout de suite. Je pense qu’il faut aussi faire de la musique pour les gens, des musiques agréables à écouter à la maison, cool à écouter en club, des musiques qui vont me faire connaître aussi et attendre aussi le bon moment pour aller réaliser un projet aussi expérimental que celui-là.

Tu parles d’album justement, vas-tu t’orienter vers un album prochainement ou est-ce un format que tu ne trouves pas adapté pour toi actuellement ?

Alors sur cette question, je fais clairement des va-et-vient. C’est super dur de se décider. J’en avais fait un l’année dernière. Parce que justement, je sentais que je n’arrivais pas à me décider dans les orientations, notamment par rapport aux labels. Faire un EP pour ce label ou un autre, je ne me sentais pas trop à l’aise là-dedans. Du coup, j’ai commencé un album. Je pense qu’inconsciemment, c’était surtout pour me prouver à moi-même que j’étais capable de faire quelque chose de plus proche de mes émotions personnelles. Sur cet aspect-là, je pense que j’ai réussi car j’ai réussi à faire sept, huit morceaux qui s’enchaînent tous.
Mais je me suis rendu compte que ce n’était pas le bon moment, parce que cela manquait de maturité, de réflexion. Je pense qu’un album est un gros projet. Mais un premier album… C’est quelque chose de vraiment important. Et quand je vois les Worakls, ou d’autres artistes que j’admire comme ça… Ils prennent le temps. Tout vient à point à qui sait attendre, et je préfère attendre un petit peu, être sûr que j’en sois fier et avoir les capacités de le défendre à son juste titre. Donc organiser une vraie tournée, être plus connu pour le faire entendre auprès de plus de gens, plutôt que de le faire là parce que j’ai envie de le faire pour moi. Et qu’au final dans un an, je sois déçu de l’avoir fait. Le premier album, ce n’est pas une cartouche que j’ai envie de griller tout de suite.

Tu as récemment joué au Bikini, une scène mythique à Toulouse. Ce n’est pas la première fois ! Maintenant que tu connais la sensation de fouler cette scène, possède-t-elle toujours une saveur particulière ?

Bien sûr ! Franchement, cela restera magique à chaque fois, je l’espère. Les deux fois que j’ai fait étaient fondamentalement différentes. La première représentait beaucoup pour moi, peut-être trop avec du recul ! Il y avait ma famille, tout un enjeu personnel puisqu’il s’agit de la salle où j’ai grandi, où j’ai découvert la musique électronique. Du coup, je l’ai vécu comme un spectacle qu’il fallait présenter et qui devait être parfait. Alors que la seconde fois, j’ai décidé de jouer la carte de l’humilité et d’y aller avec ma musique, tout modestement. Et avec pour seul objectif de faire kiffer les gens. Le challenge était différent, c’était avant Sam Paganini. La première fois était aux côtés de Worakls, donc on a un public qui est plus proche. Là, c’était vraiment un défi musical. Je me suis dit que les gens qui allaient venir ne viendraient pas pour ma musique, parce que Sam Paganini était le headliner. Du coup, il fallait que je trouve un juste milieu entre défendre mon univers, mais ne pas être tout à fait égoïste non plus, pour pouvoir faire en sorte que les gens aient quelque chose à gagner de cela, qu’ils soient contents de m’avoir découvert, que ça leur plaise, même si nos goûts sont différents. Voilà, c’était en toute modestie et je crois que j’ai préféré. En tout cas, professionnellement, pas émotionnellement. Mais professionnellement, j’y suis allé plus détendu, je suis fier de l’avoir fait un peu plus pour les autres que pour moi. Et je crois avoir réussi le défi. Il y avait une bonne ambiance, c’était plein. Les gens avaient l’air heureux, j’ai reçu des messages. C’étaient deux choses différentes, mais il y avait toujours cette magie. C’est la salle de notre jeunesse à tous autour de cette table (ndlr : Valso, So et Ivan). Le confort y est parfait, l’accueil et le son aussi. L’ambiance, maintenant que j’ai vu d’autres clubs en Europe, je capte vraiment qu’il y a quelque chose de réellement particulier. On le comprend une fois que l’on monte sur scène, parce qu’il y a une chaleur humaine qui est exceptionnelle. Et c’est vraiment extraordinaire d’être face à un public qui va te donner aussi de l’énergie.

Depuis notre dernière interview, tu as joué dans de nombreux pays dont la Hongrie, l’Inde, le Maroc, l’Angleterre… Quel est ton meilleur souvenir dans ta jeune carrière ?

J’ai le droit d’en choisir trois ?

Alors, Le Bikini numéro un, on ne va pas revenir dessus, vous avez compris pourquoi ! Je pense que le deuxième souvenir que je garderai longtemps, c’est le T7 à Paris. C’est une salle impressionnante. Autant le Bikini, on peut croire que c’est une salle impressionnante, mais quand on y est, on remarque vite que c’est une salle familiale. Autant le T7, c’est vraiment quelque chose, on y est tout petit. La scène n’y est pas très grande et il y a environ 2500 personnes autour de toi. Et on entend réellement les gens. Il y a une ambiance de malade et c’était l’une de mes plus grosses dates à l’époque. Je n’avais jamais fait si gros et ça s’est bien passé. C’était une soirée de ouf ! Et après, je dirais le Fuse à Bruxelles. C’est une salle mythique, dans laquelle je n’avais jamais mis les pieds évidemment. Mais j’en avais entendu parler, je n’avais pas réellement d’attaches personnelles avec ce lieu-là. J’ai pris une claque, parce que le public sur place est tout bonnement le public le plus incroyable que j’ai vu de ma vie. Une ambiance de folie à tel point que j’avais du mal à y entendre ma propre musique et que je m’en fichais sur le moment. Le club est magnifique, le son aussi. L’infrastructure en elle-même, tous ces petits couloirs sombres avec les briques, les petits escaliers en métal. Cela rappelle un peu les clubs allemands ou la Fabric à Londres. C’est un souvenir de malade. Et après, une parenthèse que je ne peux pas ne pas citer, c’est mon séjour en Inde qui était ouf sur tous les aspects, humainement. C’était mon premier voyage dans un pays aussi lointain. Je suis parti seul, c’est complètement dépaysant et frappant. J’ai mis des mois à m’en remettre.

Tu as eu des craintes au départ ?

Oui, évidemment. Au début, d’énormes craintes parce qu’on ne va pas se le cacher, c’est un pays extrêmement pauvre et à la fois qui est dans une effervescence incroyable au niveau de la musique électronique. C’était un séjour très intense parce qu’un show par jour, un avion par jour, deux heures globalement. Mais je ne sais pas, j’ai rencontré des gens remplis d’amour, de modestie, de gentillesse. Je me suis senti vraiment accueilli tout le temps, que de la bienveillance. Et en plus, on y mange très bien, ce sont clairement les meilleurs repas de ma vie ! C’est une première sur pleins de choses, j’ai appris énormément et je suis revenu grandi en France. Il n’y a rien qui m’a fait plus grandir que cela dans toute ma vie. Cela reste un souvenir incroyable !

Au tout début de ta carrière, il t’arrivait de réaliser des shows accompagné d’un live band. Est-ce quelque chose qu’on pourrait revoir dans le futur ?

Je ne sais pas. Intégrer de l’instrument, ouais, je pense. Mais peut-être commencer par assumer le fait que je fais un petit peu de piano. Ce que je n’aurais pas dit il y a quelques années ! Je pianote comme tout producteur de MAO pour composer sur mon clavier maître. Mais à force, j’ai pris goût à ça et je crois que ce n’est pas quelque chose que j’assume entièrement. Quand mes copains m’en parlent, que ma copine m’en parle, c’est vrai qu’il y a du progrès et c’est devenu une pièce centrale dans ma façon de créer. Donc sûrement qu’organiser quelque chose, comme un concert, plus tourné sur le live avec un vrai piano au milieu… C’est une idée que j’ai en tête et qui pourrait me plaire, de réaliser à terme. De là à avoir un groupe, je ne sais pas, parce que je n’ai pas envie de brûler les étapes. Vous étiez là quand on l’a fait, c’était super, mais c’était naïf avec du recul. On était tout mignon, j’en garde un super souvenir, mais aujourd’hui, je voudrais que ce soit carré, que ce soit beau, que ce soit réfléchi. Et j’ai besoin de temps pour savoir comment j’ai envie de le faire. J’ai besoin de plus de musiques aussi, c’est une réalité. Et même s’il y a deux trois ans, je rêvais de le faire avec un orchestre. Là aujourd’hui, je ne peux pas le faire comme ça parce que mon tuteur (ndlr : Worakls) le fait. Et je pense que c’est la personne qui le fera le mieux sur cette planète. Par respect, je ne pourrais pas faire la même chose. Par contre, pour avoir assisté à pas mal de ses shows, c’est quelque chose d’inspirant. Je l’ai vu partager sa musique avec d’autres musiciens et franchement, c’est super beau à voir parce que c’est un enjeu de groupe. Même si j’adore l’individualité de la musique électronique que l’on fait, elle peut être pesante parfois, de partir seul, de composer seul. C’est vrai qu’en grandissant, je me dis travailler, partager cela avec d’autres personnes, clairement oui.

Quels sont tes projets à venir à court et moyen terme ?

On a des dates cool qui arrivent, avec des clubs qu’on a déjà fait et que je suis vraiment content de refaire, que l’on va annoncer rapidement. On va aussi me revoir à priori sur le label de Joris Voorn. Donc ça, j’en suis super content parce qu’autant travailler une fois avec lui, c’était un vrai honneur et j’en suis super fier. Autant, j’aimerais que ce soit une relation que je puisse pérenniser parce que j’ai beaucoup à apprendre de cette personne. C’est en bonne voie, il y a des morceaux sur lesquels on est d’accord. Cela devrait être une actu de première moitié d’année 2023. Et après, je travaille sur un projet aussi intéressant sur Sinners. C’est en cours de réalisation et ce n’est pas tout à fait terminé. Mais qui apporte justement ce côté collectif dont je viens de parler. Cela m’a touché de voir que partager ma musique avec d’autres, cela faisait du bien aussi. Donc, je travaille sur un projet, je ne peux pas trop en dire parce que tout n’est pas encore définitif, mais j’ai travaillé avec des potes qui font du son, des artistes avec qui j’ai déjà travaillé notamment. On est en train de faire pleins de collaborations et l’idée serait de faire une sorte d’album, de compilation, juste pour le kiff d’avoir partagé une part de tous ces artistes, de leur talent à tous. Et aussi pour leur ouvrir les portes du label, que l’on fasse ça tous ensemble. Je n’ai pas envie de garder ça pour moi. C’est quelque chose que l’on va essayer de faire pour 2023 et la moitié est faite aujourd’hui. Voilà !

Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier message à faire passer ?

Merci à vous, je suis super content de faire une interview avec vous, parce qu’on s’était vu il y a déjà plusieurs années. (ndlr : juin 2017). J’ai l’impression que c’était hier, mais ouais content de bosser de nouveau sur cela avec vous. Je sais que vous êtes vraiment motivés dans ce que vous faites. Et même si on s’est souvent croisé en soirée, cela faisait longtemps qu’on n’avait pas travaillé ensemble. Donc merci à vous, merci pour la confiance, merci pour tous les articles que vous faites à chaque fois. Vous êtes mon premier soutien médiatique, j’espère que vous serez le dernier également. Merci encore et je vous souhaite le meilleur !

Réalisation : Valso & So / Préparation : Valso & So / Retranscription : So / Montage : Valso

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