
Lors du Ohlala Summer Festival le 13 juin dernier, nous avons interviewé Skybreak. L’artiste américano-anglais s’est confié sur ses plus grandes influences, son ascension ces dernières années ainsi que sur son récent changement de direction artistique. Rencontre avec un prodige du Dubstep.
(English below)
Salut ! Est-ce que tu pourrais te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas encore ?
Salut ! Mon nom est Skybreak. J’ai la double nationalité américaine et britannique, et j’ai l’impression que cela se ressent dans mon travail récemment. Je fais du Dubstep 140. J’essaie de prendre l’énergie du Dubstep américain et son émotion, son côté grandiose, et j’essaie de fusionner cela avec le facteur « cool » et le style du Dubstep UK, de fusionner ces mondes pour faire de la musique émotionnelle.
C’est la question classique que nous posons sur notre site : comment définirais-tu la musique électronique ?
Je pense que la musique électronique est un terme défini de manière très large. Je pense que c’est toute musique pour laquelle un ordinateur est utilisé d’une manière ou d’une autre pour l’aider, ou un ordinateur ou un synthétiseur ou tout ce qui utilise un élément informatisé pour la créer. Et je pense qu’elle a influencé presque toutes les facettes de la musique aujourd’hui. Par exemple, vous avez Bring Me The Horizon qui apporte des éléments électroniques dans le Metalcore et qui en brouille les frontières. Vous avez la plupart de la musique pop qui est juste faite à partir de deux ou trois synthés et d’une ligne mélodique accrocheuse par-dessus. Je pense que la musique électronique est absolument partout et qu’elle est là pour rester, elle est ancrée dans notre culture.
Comment as-tu eu ton premier contact avec la musique électronique ?
C’est une histoire un peu embarrassante. Je l’ai découverte quand j’avais environ 10 ans. C’est très éloigné de ce que je fais maintenant. Quand j’avais 10 ans, je regardais des YouTubers Minecraft, comme beaucoup de monde. Et à la fin de la vidéo, ils utilisaient tous cette drôle de musique de chez Monstercat, avec juste des gros synthés. Alors un jour, j’ai décidé d’aller voir et de comprendre d’où venait la musique à la fin de la vidéo. Et c’est ainsi que je suis tombé dans l’engrenage Monstercat.
J’ai trouvé la chaîne YouTube de Monstercat, et j’ai été un fervent adepte de leur travail pendant un très long moment. Après un certain temps, j’ai juste décidé de suivre cette voie en me disant : « Ça ne doit pas être si difficile que ça à mettre en place ». J’ai donc cherché quel MAO (ndlr : musique assistée par ordinateur) les gens utilisaient. FL Studio a été le premier, la première option, la moins chère. J’ai donc supplié ma mère et mon père de me dégoter d’une manière ou d’une autre une copie de la Producer Edition quand j’avais 11 ans. Et puis, évidemment, tu as 11 ans et tu utilises ce logiciel technique que les plus grands DJ de la planète utilisent. Alors, qu’est-ce que je suis censé faire avec ?
Du coup, j’ai un peu abandonné pendant un moment. C’était juste un gaspillage de 199 $ pour mes parents, ce qui craint. Mais ensuite, j’ai écouté « On Top of the World 2 » de Stephen Walking, ou « On Top of the World 1 ». Et ça utilisait le snare de base de FL Studio. Pour une raison quelconque, ça a comme activé une synapse dans mon cerveau qui s’est dit : « Oh, non, ce sont des humains qui font cette musique. Genre, ce n’est pas une sorte de sortilège magique étranger qui est jeté depuis les plans astraux de Mars ou autre » !
C’est donc devenu moins intimidant, je suis tombé amoureux de la production et je me suis retrouvé chaque jour sur ce logiciel MAO, à trouver de nouvelles choses. Et ça déclenche la même dopamine qu’un jeu vidéo pour moi maintenant. C’est génial. Je n’ai plus jamais regardé en arrière depuis !
Comment es-tu tombé amoureux du Dubstep ? Quelle a été ta porte d’entrée dans le genre, et quelles ont été tes plus grandes inspirations ?
Je me souviens juste d’être allé sur SoundCloud vers 2014/2015, à l’époque où Never Say Die et Disciple étaient au sommet de leur art. Je suivais assidûment Virtual Riot et Au5 à l’époque. Et ce qui était si génial avec eux, c’était leur volonté de montrer comment ils créaient ces sound designs complexes. Et cela rend le tout moins effrayant quand tu as littéralement la personne qui a fabriqué cette sorcellerie en train de t’expliquer étape par étape comment elle a fait.
C’est donc ça qui m’a fait tomber dedans. Virtual Riot et Au5 ont définitivement été de grandes inspirations pour moi. Mais je suivais de très près presque tout ce qui sortait. Never Say Die, Zomboy et Eptic. Et ils continuent de tout déchirer. Leur nouvelle musique est sans doute encore meilleure ! Je suis juste tombé amoureux de tout cela.
Personnellement, le premier morceau qui m’a fait découvrir ta musique était ton remix de “Parachute” par Oliverse. D’où est venue cette attraction pour les mélodies intenses et la musique chargée en émotions ?
Pour être honnête, je ne m’attendais pas du tout à ce que ça donne grand-chose. J’ai découvert plus tard que Disciple avait lancé le concours parce qu’ils se disaient : « Oh, il n’y a plus de tournées et plus d’argent, alors voici comment nous gardons notre label pertinent ». Ça a sacrément bien marché, c’est sûr. Mais je pense que dans ce cas précis, j’avais fait un stream caritatif pour Black Lives Matter à ce moment-là parce que George Floyd venait d’être brutalement assassiné dans les rues de Minneapolis. Et il n’y a qu’un nombre limité de choses qu’un gamin blanc de 17 ans du New Jersey peut faire pour ça.
Mais je crois qu’on a fini par récolter genre 200 $ sur le stream, ce qui a payé le McDonald’s pour environ une semaine ou un truc du genre (rires). J’ai fait le stream, et ça a juste été un catalyseur pour moi pour remixer le morceau. J’avais l’impression que le morceau original avait ce côté wobbly old school, mais je ne le comprenais pas tout à fait à l’époque. J’avais grandi avec beaucoup de trucs axés gaming, Monstercat, des choses joyeuses et pleines de texture. Donc je pense que ça s’est juste un peu ressenti à travers le remix.
En termes d’émotion, de musique émotionnelle, je ne sais pas, c’était juste mon style d’écriture. Je ne pense pas que l’on puisse un jour décider consciemment de la manière dont on écrit et de ce que l’on apporte. J’ai l’impression que c’est venu naturellement. J’ai juste écrit ce que je ressentais, et c’est ce qui a donné ce remix.
(À propos de produire des morceaux plus heavy) : Ça n’a jamais été l’aspect du Dubstep qui m’a fasciné. Je fais ça depuis que j’ai environ 11 ans. Donc il y a eu une bonne période de sept ans où, légalement, je n’étais pas autorisé à entrer dans les salles de concert. J’ai dû en quelque sorte m’y faire et m’habituer aux trucs plus heavy. Je ne dirais pas que c’était un choix conscient. C’est juste que ce n’est pas le côté qui m’excite le plus. Même si je dois dire que certains morceaux de l’ère « Half Blood » ont des drops de malade mental.
Il s’est avéré que Virtual Riot a effectivement aimé ce remix et t’a suivi peu de temps après. Qu’est-ce que ça a fait d’attirer l’attention de l’une de tes idoles ? D’ailleurs, tu lui as fait une belle dédicace à la fin de ton remix de “Nights On Fire”…
Je veux dire, ce livestream « Lunar » qu’il (Virtual Riot) a fait à l’époque a été l’un des catalyseurs qui a rendu la création musicale moins effrayante pour moi. Genre, au bout du compte, si tu ne fais pas de musique, tu regardes ces gens comme s’ils étaient des sorciers en train de jeter des sorts. C’était incroyable, sur le coup.
Je me suis un peu plus posé là-dessus maintenant, et je réalise que si tu es inspiré par quelqu’un, tu vas probablement naturellement bien t’entendre avec lui. Je n’ai rencontré aucune de mes idoles en me disant : « Oh, c’est une vraie merde ». Je ne sais pas ce qui se passe en coulisses, on a eu une vague de boycotts, mais jusqu’à présent, toutes les personnes que j’admirais ont été vraiment exceptionnelles et ce sont des gens véritablement cool qui agissent comme des mentors et des sortes de lumières dans leur domaine.
Du coup, j’ai eu l’occasion de le rencontrer à quelques reprises maintenant. Par exemple, au NAMM – une conférence musicale à Anaheim, en Californie, où tous les fabricants de plugins et différentes entreprises se réunissent et organisent un grand rassemblement qui ressemble presque au Comic-Con. C’est genre quatre bâtiments, c’est fou ! On m’a demandé de représenter FL Studio. Et Virtual Riot et moi nous sommes retrouvés là-bas au même moment. Du coup, on a logé dans le même Airbnb, et j’ai vraiment pu sympathiser avec lui, et j’ai juste réalisé qu’au premier abord, on a cette énorme barrière parasociale du genre : « Oh mon Dieu, c’est le gars qui m’a fait aimer la musique. »
Ensuite, tu réalises que la musique est transcendantale. Tu sais, si tu te soucies vraiment de ce que tu fais, tu y mets beaucoup de toi-même. Et si les gens résonnent avec ça, ils vont probablement kiffer ce que tu es. Donc on s’est super bien entendus et maintenant Val est juste un pote, ce qui est une phrase bizarre à prononcer (rires) ! Le choc initial est toujours insensé lorsqu’un grand artiste s’intéresse à ton travail. Skrillex n’a encore jamais interagi publiquement avec mes morceaux, mais je sais que le jour où ça arrivera, je vais péter un câble. C’est la prochaine grosse étape, pas vrai ?
Tu as commencé à faire de la musique et à gagner en reconnaissance à un assez jeune âge. Quels défis et difficultés as-tu rencontrés dans l’industrie musicale d’aujourd’hui ?
L’industrie musicale d’aujourd’hui est difficile pour tout le monde. Je pense que la vérité inavouée est que ce que l’on attend d’un musicien moderne n’est pas directement corrélé avec la santé mentale. Et tu vois tous ces soi-disant gourous sur les réseaux sociaux te dire : « La quantité plutôt que la qualité, poste 11 000 fois par jour ». Quand tu fais cuire tes œufs, c’est une excuse pour faire du contenu. Je ne pense pas que tout cela ait de l’importance. Je pense que j’ai franchi le cap et je trouve que les règles ne sont plus les mêmes qu’avant. Créez de l’art formidable et trouvez un moyen d’en faire parler les gens. Et si vous arrivez à faire ces deux choses, vous n’avez pas à vous inquiéter.
Donc c’est moi qui me dis ça comme un mantra parce que je dois encore l’apprendre. Il y a tellement de pression et de comparaison constante avec d’autres artistes. On a littéralement des chiffres matériels attribués à côté de nos noms comme s’il s’agissait de notre valeur. Ce n’est tout simplement pas le cas. L’art est tellement plus que ça. Et il devient de plus en plus difficile de faire passer ce que l’on aime au-dessus du bruit ambiant. Mais, pour citer JOYRYDE dans une interview d’il y a quelques années : « Une fois que vous avez trouvé ce que vous aimez et que vous commencez à voir les gens partager cette passion, tout le reste passe au second plan. » Vous avez juste envie de vous y consacrer.
(À propos des réseaux sociaux) : C’est difficile. Je dois dire que j’ai en quelque sorte un peu piraté mon cerveau. Quand c’est devenu la tendance pour la première fois, je me suis dit : « Oh non, c’est la fin de ma vie ! Je ne suis pas un créateur de contenu. » Qu’est-ce que je suis ? Je suis juste un gamin neurodivergent qui reste dans sa chambre, n’est ce pas ? Mais après un certain temps, j’ai piraté mon cerveau et je me suis dit : « Non, c’est comme un nouveau défi pour moi. C’est comme la production musicale maintenant ». Je n’ai jamais été du genre à faire des contenus où l’on danse devant la caméra et des légendes qui poussent à cliquer. Mais j’imagine qu’il y a un peu de ça dans mon contenu.
J’ai trouvé un moyen de rendre ça cool et de faire en sorte que ça me ressemble, et j’ai en quelque sorte compris comment traiter CapCut et ces logiciels à la TikTok presque comme un outil avec lequel produire. Genre, c’est exactement la même chose, sauf qu’au lieu de découper des samples, je découpe des clips maintenant. Et ça a fonctionné pour moi. Je pense qu’une fois que les gens ont trouvé ce que c’est pour eux, ça va être différent pour chacun. Ensuite, ça devient un peu moins effrayant. Mais traitez cela comme de la production musicale. Vous n’avez pas besoin d’être bon immédiatement. Et je trouve ça un peu stupide qu’on attende de nous que nous le soyons. Faites des erreurs et échouez. On s’en fout royalement.
Des sorties sur des labels majeurs comme Monstercat, Disciple et Heaven Sent, des collaborations avec Dabin, Au5 et Chime, des performances sur des scènes immenses telles que l’EDC Las Vegas, Lost Lands et Rampage… On peut raisonnablement dire que le Dubstep mélodique et la Colour Bass t’ont emmené très loin.
C’est le cas ! C’était génial pour ce que c’était à l’époque. J’ai eu l’impression de stagner après un certain temps, cependant. Je ne vais pas dire que le truc avec la Melodic Bass a fait son temps parce que je viens de faire le festival Stay in Bloom il y a quelques semaines, avec Dabin et Blanke dans ma ville natale de New York. Enfin, l’une de mes deux villes natales, j’imagine (rires).
Les gens bougent, dansent et tout. Mais je pense qu’il y a une certaine attente vis-à-vis de ce que sont les sets, et c’est beaucoup de terrain déjà balisé, et les fans qui assistent à ce genre de shows, je ne parle pas pour tout le monde ici, ils attendent un certain type de set. Et, je n’ai jamais vraiment été du genre à faire des concessions ou à m’adapter aux autres. J’ai toujours aimé faire mon truc. Et juste, j’ai l’impression que ça a fait son temps. Je n’avais plus grand-chose à dire. Alors je me suis dit : « Je veux juste faire un virage à 180 degrés ».
Je veux juste faire ce que j’écoute vraiment, et j’ai l’impression d’avoir rencontré encore plus de succès grâce à cela. Mais j’en ai définitivement tiré beaucoup de choses. Je pense que j’ai rencontré certains de mes meilleurs amis en faisant du Dubstep mélodique. Et je ne dis pas que je n’y reviendrai jamais, pour être honnête. C’est toujours un plaisir à composer, et il y a encore beaucoup de monde qui porte la flamme de la Colour Bass.
Par exemple, San Holo vient de sortir un album intitulé « TRUE LOVE IN A MADE UP WORLD », et c’est vraiment d’incroyable ! J’ai pu faire un peu de production en arrière-plan sur « IKYK », me retrouver en studio avec lui était carrément surréaliste. Je l’écoute depuis des lustres, et sa façon de penser la musique, ce sont des choses que je n’aurais jamais faites. J’ai tellement appris !
Je me suis senti beaucoup mieux à l’idée de laisser la Colour Bass, je ne vais pas dire derrière moi pour toujours, mais disons au second plan, en sachant que des gens comme San Holo et Ace Aura, qui a des projets vraiment sympas en préparation pour bientôt, et KERO et une partie de l’underground, continuent à la faire vivre. J’ai senti que j’étais à l’aise pour partir et tracer mon propre chemin.
Il y a près d’un an, tu as sorti ton album “Half Blood”, prenant une nouvelle direction artistique et puisant ton inspiration dans les racines britanniques du Dubstep et de la Bass Music. Pourrais-tu nous en dire plus sur ce projet ?
Ouais, c’est mon premier album. Enfin, techniquement mon troisième, mais je dirais que c’est mon véritable premier album. Il compte tellement pour moi ! Comme je le disais plus tôt, j’ai fait de la Colour Bass pendant un très long moment. J’en ai eu un peu marre. J’avais l’impression de passer trop de temps sur la production, et j’avais juste besoin d’un changement radical dans l’autre direction. Et beaucoup de Dubstep old school a un mixage et une qualité de production parfois choquants, mais c’est ce qui lui donne son caractère brut.
La première chose que tu apprends quand tu fais de la musique, c’est que tout doit être propre et nickel. Tu apprends à faire des choses parfaites. Mais le parfait n’est pas toujours amusant à créer. Ça peut l’être, mais ça peut sembler très stérile. « Half Blood » représente pour moi ma sorte de plongeon pour lâcher prise sur cela et comprendre comment je peux rendre les choses crues et authentiques. Cet album me semble viscéral. Je l’adore. J’aime vraiment produire ce style de musique. Et il y a tellement d’histoire là-dedans, n’est-ce pas ? Genre, presque chaque semaine, je reviens en arrière et je trouve une dubplate sur YouTube que je n’ai jamais entendue auparavant et qui me laisse vraiment sans voix.
Il y a tellement d’histoire et tellement de choses que l’ancien Dubstep défend, et vous avez le retour de ce style qui arrive, avec par exemple Fred again.. qui invite Skream et Benga lors de ses concerts. Je me suis déjà retrouvé en studio avec Benga pour faire un morceau, et ce sont juste des souvenirs gravés à jamais.
Il y a une véritable raison derrière tout ça. Et non pas que les trucs Colour Bass que je faisais avant n’en avaient pas, mais je pense que le but est différent. J’ai l’impression qu’on prend ce qui était génial à l’époque et qu’on le ramène au goût du jour.
Tu as mentionné sur les réseaux sociaux que cet album était “marqué par les difficultés inhérentes au cheminement qui mène à devenir la meilleure version de soi-même”, suggérant qu’il porte une forte signification personnelle. Pourrais-tu développer cela ?
Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas totalement à 100 % la meilleure version de moi-même actuellement, je pense que c’est un peu une invention (rires). J’y travaille activement, c’est sûr. Mais j’ai grandi très protégé et socialement maladroit. Je ne sortais pas beaucoup de la maison, j’étais un peu casanier. Une partie de cela venait d’un sentiment de ne pas mériter les choses, une autre venait du fait de s’être fait harceler au lycée pour être un peu « neuro-épicé » et tout ça. Mais je n’avais pas vraiment de vie. L’ordinateur était mon existence, vraiment. C’est là que tous mes amis, mes vrais amis, étaient. J’ai été en quelque sorte élevé par internet, et puis le COVID a remis une couche là-dessus.
Je n’ai aucun regret quel qu’il soit, parce que je pense que ça a fait de moi un producteur incroyablement compétent sur le plan technique ou peu importe. Mais je me sentais très déconnecté de ce à quoi ressemblent les vrais gens. De 2023 à 2025, quand l’album est sorti, c’était la première fois que j’avais de vrais amis. Genre, pour qui je n’avais pas besoin de prendre un avion pour les voir. J’ai fait un effort conscient pour m’ancrer dans ma communauté. J’ai trouvé des groupes de randonnée, j’ai trouvé des gens avec qui aller à des concerts locaux, et j’ai réseauté dans la scène locale de New York, et je suis allé dans des raves à Londres, et je me suis juste testé. J’ai repoussé mes limites. Je suis passé d’un gamin qui avait trop peur de prendre le métro pour une seule station… En 2022, j’ai un album entier sur le thème du métro maintenant. En 2022, si tu m’avais demandé de prendre le métro, j’aurais dit : « Oh, quoi, tu veux que je me fasse poignarder. » C’est fou, tous les progrès que j’ai fait en trois ans simplement en croyant en moi.
(Sur l’anxiété sociale et comment la surmonter) : C’est ce qui a dicté tout cet album. J’ai l’impression que beaucoup de paroles reflètent cela. Genre, j’ai tourné la page sur qui j’étais avant. Je veux être présent dans ma vie et tout ça, et pourtant je « Can’t Let Go ». Je m’accroche à cette ancienne identité de : « Oh, tout le monde pense que je suis le gamin bizarre et excentrique qui est juste sur l’ordinateur tout le temps à faire des bruits de licorne scintillants ou je ne sais quoi. » C’est comme si je devais maintenir cette identité. Mais c’est plutôt comme si on disait : « Non, ton identité est en constante mutation, et c’est bien de l’accepter de temps en temps ».
Je dirais donc que c’est le message central derrière une grande partie du contenu des paroles de l’album. J’ai traversé une grosse rupture à peu près à la moitié de la réalisation du projet, et je pense que les émotions que j’ai ressenties à cause de cela se sont infiltrées, en particulier dans des morceaux comme « Street Garden », « Chrysalis » et certains des morceaux plus Downtempo.
Je dirais donc que c’est un album personnel pour moi parce que c’était juste une période vraiment transformatrice. Je trouve que ça a super bien capturé le début de ma vingtaine (il a 23 ans, note de l’auteur). Je pense que ce que je vis n’est pas une chose anormale. Sur le coup, c’était une crise d’identité totale. Mais je pense simplement que quand j’aurai 30 ou 40 ans, je repenserai toujours à cet album comme à une sorte de récit de la période où j’ai vraiment trouvé ma voie. C’est ce que ça signifie vraiment pour moi.
Tu joues aujourd’hui au OHLALA Festival, pour la première fois en France. Les grands événements de Bass Music comme celui-ci restent relativement rares en Europe, même au Royaume-Uni, alors que la scène continue de prospérer aux États-Unis. Selon toi, quelles sont les plus grandes différences entre les publics et les scènes d’Europe et d’Amérique ?
Traitez-moi de naïf, mais je pense que j’ai beaucoup d’espoir pour l’Europe. Je pense que la scène va beaucoup plus grandir ici bientôt. Je pense que le Dubstep dans son ensemble est devenu extrêmement impopulaire vers 2014. Aux États-Unis également. Vous savez, il y a eu un gigantesque nettoyage des relations publiques, et vous avez Excision et des trucs comme ça qui ont en quelque sorte réécrit le but des raves américaines. Tu y vas et tu te défonces, tu headbang de haut en bas pendant trois jours d’affilée.
J’adore le Lost Lands, ne vous méprenez pas, c’est l’un de mes évènements préférés pour lesquels jouer, et j’ai hâte d’y retourner. Je n’en ai pas encore fait un (ndlr : sous son nouveau projet), ce qui va être mortel. Mais je pense que la direction dans laquelle la scène a évolué aux États-Unis ne correspond pas aux valeurs européennes. Les gens d’ici sont généralement un peu plus chill, ils se prennent un peu plus au sérieux, et la musique a un côté cool. Donc je pense que ce qui m’excite tant dans cette nouvelle résurgence du 140 avec Hamdi, Taiki Nulight, ou Flava D – qui sont sur le line-up du OHLALA. Des artistes comme ceux-ci je trouve qu’ils parviennent vraiment à bien saisir l’esprit européen, d’une manière qui, selon moi, séduit aussi bien le marché américain que celui de l’Union européenne. J’ai donc de très grands espoirs.
Je pense qu’en Amérique, beaucoup de gens considèrent les raves comme une sorte de rassemblement social et/ou une excuse pour s’échapper de leur routine du boulot. Pour moi, la musique électronique dans son ensemble est juste beaucoup plus intrinsèque aux scènes européennes, si ça fait sens. Genre, au Royaume-Uni, si je vais dans une supérette, je vais entendre très probablement entendre un morceau de UK Garage ou de Drum and Bass, et c’est dingue (rires) ! Aucun de ces genres n’est du Dubstep, mais je pense juste que c’est profondément ancré dans cette culture.
Comme je l’ai dit, j’ai de très grands espoirs pour l’Europe. Pas plus tard qu’hier soir, j’ai joué au Royaume-Uni. On a fait complet au Oslo à Hackney, dans une salle d’environ 400 places, moi et Levity, ainsi que Jon Cass et SVDKO. C’était l’une des meilleures soirées que j’ai jamais vues. C’était incroyable. Je me suis dis : « Oh, d’accord, il y a une demande pour ça ». Il fallait juste trouver le bon son pour que ça marche. Je vous dis juste d’attendre deux ans, et ensuite vous verrez que vous serez aux anges.
Quel est l’artiste avec qui tu rêves de collaborer, si cette collaboration n’a pas encore eu lieu ?
Skrillex, Fred again.., Viperactive, ce serait incroyable. J’adorerais travailler avec Hamdi. Ce serait véritablement un rêve devenu réalité. Porter Robinson, Ninajirachi, Madeon. Ce serait ma liste d’artistes pour lesquels je serais prêt à mourir. Si l’un d’eux travaille avec moi, je meurs. Sur le coup.
Selon toi, quels sont les artistes actuels/émergents sur lesquels les gens devraient absolument garder un œil ?
Je dirais d’abord Silcrow. Il est fou ! Il vient de sortir un morceau sur la nouvelle compilation de Never Say Die, qui est plutôt « dubsteppy ». Jon Cass et SVDKO, j’ai joué avec eux lors d’un concert très récemment, donc ils sont plutôt dans le haut du panier. Je suis très excité par Paper Skies, c’est un de mes amis depuis très longtemps. On prend toujours un peu des directions différentes, puis on se retrouve. Mais sa vision est vraiment, vraiment cool.
As-tu des projets à venir que tu aimerais partager ?
J’ai un morceau (ndlr : sorti le 3 juillet), un remix de « Like This » de SKisM avec Fire Syndicate, qui sort sur Never Say Die. Il a été teasé dans le dernier mix (ndlr : qui promeut la 7e compilation du label).
J’ai aussi beaucoup travaillé récemment avec HAAI. Elle vient d’une scène un peu différente de la nôtre. Nous avons donc une collab, un morceau 140 qui sort plus tard cette année, ce qui est super excitant.
J’ai un remix de « I Can’t Stop » de Flux Pavilion, sur lequel on travaille en vue de le sortir. Skream, Benga, Hamdi, Fred again.., Tisoki, Nikita the Wicked… Tout le monde le joue, et c’est absolument délirant. Ce son n’est pas sorti, et je l’entends dans de tels sets, ce qui est dingue.
Pour le reste, en ce moment, c’est la même chose que d’habitude. J’essaie juste d’évoluer sans cesse, d’écouter constamment de la nouvelle musique, d’apprendre de nouvelles compétences, de les intégrer à mon art, et de voir ce qui en ressort de l’autre côté. Voir ce qui sort de mon cerveau (rires) !
Merci d’avoir pris le temps de discuter avec nous ! Un dernier message que tu aimerais partager ?
C’est un honneur et une bénédiction de jouer enfin en Europe. Ces deux concerts, à Londres et à Paris, resteront gravés dans ma mémoire pour le reste de ma vie. Et j’espère vraiment y retourner bientôt. J’ai ressenti une énergie incroyable lors de ces deux concerts. C’était génial.
Ne laissez personne vous dire qui vous êtes et qui vous n’êtes pas, parce que vous ne le saurez jamais. Si vous pouvez vous vendre facilement en tant que personne, vous êtes soit naïf, soit quelqu’un de malhonnête. Tout le monde évolue en permanence. Alors suivez simplement votre vérité, créez ce que vous voulez créer, écoutez ce que vous voulez écouter, et voyez simplement ce qui en ressort.
Pour citer Skrillex : « Le succès n’est pas quelque chose que l’on gagne, c’est quelque chose que l’on attire en étant pleinement soi-même. » Alors soyez simplement vous-même, faites votre truc, n’attendez-vous à aucune arrière-pensée ni à aucun gain, et vous finirez probablement par en obtenir. Je n’aurais jamais pu deviner que je serais ici au Royaume-Uni et à Paris en train de jouer mes morceaux un an après avoir commencé le 140, mais nous y voilà. C’est dingue. Tout le monde m’a dit que cette réinvention échouerait, mais j’ai cru en moi, et me voilà !
Hi ! Could you introduce yourself for those who might not know you yet ?
Hi ! My name is Skybreak. I’m a dual citizen with the US and UK, and I feel like this is translating into my work recently. I make 140 Dubstep. I try to take the energy of American Dubstep and the emotion of it, the bigness, and I try to fuse it with this cool factor and swagger of UK Dubstep and fuse the worlds together to make emotional music.
This is the classic question we ask on our site : how would you define electronic music ?
I think electronic music is a very broadly-defined term. I think it’s any music that a computer is somewhat used to aid it, or a computer or a synthesizer or anything that’s using a computerized element to create it. And I think it’s influenced almost every part of music now. Like, you’ve got Bring Me The Horizon bringing electronic elements into metalcore and blurring the lines of that. You’ve got most pop music just being made out of a couple of synths and a catchy top line over the top. I think electronic music is absolutely everywhere and it’s here to stay, it’s embedded in our culture.
How did you first get in contact with electronic music ?
Bit of an embarrassing story. I discovered it when I was about 10 years old. This is far removed from what I’m doing now. When I was 10 years old, I was watching Minecraft YouTubers, as many people were. And at the end of the video, they’d all be using this funny music from Monstercat, just like big synths. So one day I decided to check out and figure out where’s the music at the end of the video comes from. And I fell down the Monstercat pipeline.
I found the Monstercat media YouTube channel, and I was an avid follower of the work for a really long time. And after a while, I just decided to follow this and thinking : « It can’t be that hard to get together ». So I looked up what DAW (Digital Audio Workstation, author’s note) people were using. FL Studio was the first one, the first option, the cheapest. So I begged mommy and daddy to somehow get me a copy of Producer Edition when I was 11. And then, obviously, you’re 11 years old using this technical software that freaking the biggest DJs in the world are using. So like, what am I supposed to do with it ?
So I kind of quit for a while. It was just a waste of $199 for my parents, which sucks. But then, I was listening to Stephen Walking‘s « On Top of the World 2 », or « On Top of the World 1 », actually. And it used the stock FL Studio snare. For some reason, that like activated a synapse in my brain that was like : « Oh, no, it’s humans making this music. Like this isn’t some like foreign magic spell that’s being cast from the astral planes of Mars or whatever » !
So I became less daunting and I fell in love with making it and I’ve been getting every single day on the DAW, finding new things. And it triggers the same dopamine as a video game for me now. It’s great. I never looked back since !
How did you fall in love with Dubstep ? What was your gateway into the genre, and who were your biggest inspirations ?
I just remember browsing SoundCloud in about 2014/2015, back when Never Say Die and Disciple were in their primest of prime. I followed Virtual Riot and Au5 avidly back in the day. And what was so great about it was their willingness to put out how they’re making these complex sound designs. And it makes the whole thing less scary when you’ve got the literal person that’s made this wizardry explaining you step by step how they’ve done it.
So that got me into it. Virtual Riot and Au5 were definitely some early inspirations for me. But I’m pretty avidly following most of what was coming out. Never Say Die, Zomboy and Eptic. And they’re still freaking crushing it. Like, oh my God, their new music is arguably even better ! So yeah, I just fell in love with those.
Personally, the first track that introduced me to your music was your remix of “Parachute” by Oliverse. Where did this attraction to intense melodies and emotionally charged music come from ?
I never expected that to do much at all, if I’m honest. I later found out Disciple thrown the competition because they were like : « Oh, there’s no more touring and no more money, so here’s how we keep our label relevant. » That worked, for sure. But I think in that case, I think I’d done a charity stream for Black Lives Matter at that point because George Floyd had just been brutally murdered in the streets of Minneapolis. And there’s only so much that a 17-year-old white kid from New Jersey can do for that.
But I think we ended up raising like $200 beans on the stream, which paid McDonald’s for like a week’s worth or something like that (laughs). I did the stream, and it was just like a catalyst for me to remix the tune. I threw a lot of things at the wall. I felt like the original tune had this old school wobbly stuff, but I didn’t quite get it at the time. I’d grown up with a lot of the gamery, Monstercat, uplifting, lush stuff. So I think that just seeped into the remix a little bit.
In terms of like emotion, emotional music, I don’t know, it’s just that that was my writing style. Like, I don’t think you ever get to consciously decide how you write and what you contribute.I feel like it just came out naturally. I just wrote what I felt, and that’s the remix.
(About producing heavier stuff) : That was never the aspect of Dubstep that fascinated me. I’ve been doing this since I was like 11. So it was a good seven-year stretch where I just legally was not allowed into the venues. I sort of had to come around and warm up to the heavier stuff. It wouldn’t say that it was a conscious choice. It’s just, it’s not the end that excites me as much. Although I will say some of the tunes on the « Half Blood » era have some belter drops.
As it turned out, Virtual Riot actually liked that remix and followed you shortly after. How did it feel to gain the attention of one of your idols ? By the way, you gave him a nice shout out at the end of your “Nights On Fire” remix…
I mean, that « Lunar » livestream that he (Virtual Riot) did back in the day was one of the catalysts that made making music less scary for me. Like, at the end of the day, if you don’t make music, you look at these people like they’re wizards casting spells. It felt incredible, at the time.
I’ve settled in a little bit more, and now I realize that if you’re inspired by someone, you’re just inherently probably going to get along with them. I’ve not met any of my idols and been like : « Oh, they’re a piece of shit ». I don’t know what’s going on behind the scenes, we’ve gotten a wave of cancellations, but so far, all the people that I’ve looked up to have been just really outstanding and they’re genuinely cool people that act as mentors and sort of luminaries in their field.
So, I’ve gotten around to meeting him a couple times now. For example, at NAMM – a music conference in Anaheim, California, where all of the plugin makers and different companies get together and put on a big, almost Comic-Con gathering. It’s like four buildings, it’s crazy ! I was asked to represent FL Studio. And me and Virtual Riot just happened to be there at the same time. So we both stayed at the same Airbnb, and I really got to get along with him, and I just realized that at first glance, you have that big parasocial barrier of like : « Oh my God, this is like the guy who got me into music. »
Then you realize that music is transcendental. You know, if you really care about what you’re doing, you put a lot of yourself into it. And if people resonate with that, they’re probably gonna fuck with you. So we got along really well and now Val’s just the homie, which is a weird sentence to say (laughs) ! The initial shock is always insane when a large artist interacts with your stuff. Skrillex has never publicly interacted with my stuff yet, but I know the day that happens, I’m gonna freak out. That’s the next big one, innit ?
You started making music and gained recognition at a pretty young age. What challenges and difficulties have you encountered in today’s music industry ?
Oh, I mean, today’s music industry is rough on everyone. I think the unspoken truth is that what’s expected of a modern musician is not directly correlating with mental health. And you see all these so-called gurus on social media telling you : « Quantity over quality, post 11,000 times a day ». When you’re frying your eggs, that’s an excuse to get content. I don’t think any of it matters. I think, I’ve come out the other side and I think the rules aren’t the same as they’ve always been. Make great art and figure out how to get people talking about it. And if you can do those two things, you have nothing to worry about.
So that’s me kind of saying that as a mantra to myself because I still gotta learn it. There’s so much pressure and constant comparison to other artists. We’ve literally got material numbers assigned next to our names like what our value is. It’s just not the case. Art is so much more than that. And it’s becoming increasingly difficult to turn what you love up louder than the noise. But, to quote JOYRYDE in an interview a couple years ago : « Once you figure out what that thing is that you love and you start to see people resonating it, everything else has the volume turned down. You just wanna do that thing.
(About social media) : It’s tough. I will say I sort of hacked my brain a little bit. When this first become the meta, I was like : « Oh no, this is the end of my life ! I’m not a content creator. » What am I ? I’m a freaking neurodivergent-ass kid in his room, right? But after a while, I hacked my brain and just be like : « No, this is like, this is a new challenge for me. This is like music production now. I’ve never been one to do the whole dancing in front of the camera content and like the clickbait captions. But I guess there is a little bit of that in my content.
I figured out a way to make it cool and make it me, and I sort of figured out how to treat CapCut and these TikTok-y softwares almost as like a tool to produce with. Like it’s all the same, but instead of chopping samples, I’m chopping clips now. And it’s worked for me. I think once people figure out what that is for them, it’s gonna look different for everyone. Then it becomes a bit less scary. But treat it like music production. You don’t have to be good at it immediately. And I think it’s a little stupid that it’s expected for us to be. Make mistakes and fail. It doesn’t matter.
Releases on major labels like Monstercat, Disciple and Heaven Sent, collaborations with Dabin, Au5 and Chime, performances on huge stages such as EDC Las Vegas, Lost Lands and Rampage… We could reasonably say that melodic Dubstep and colour bass have taken you very far.
It did ! It was great for what it was at the time. I felt stagnated after a little while, though. I’m not gonna say that the thing with Melodic Bass had its time because I just did Stay in Bloom Festival a couple weeks ago, with Dabin and Blanke in my hometown of New York City. Well, one of my two hometowns, I suppose (laughs).
People are moving and dancing and that. But I think there’s a certain expectation of what the sets are, and it’s a lot of paved ground, and the fans that attend those sort of shows – I’m not speaking for everyone here – they expect a certain type of set, and I’ve never really been one to like pander or cater. I always just like doing my thing. And just, I feel like it had its time. There wasn’t a whole lot left for me to say with it. So I was like : « I just wanna do a 180 ».
I just wanna make what I’m really listening to, and I feel like I’ve seen even more success out of that. But I definitely got a lot out of it. I think I met some of my best friends making Melodic Dubstep. And I’m not saying I’ll never return to it, to be honest. It’s still a blast to make, and there are still a lot of people carrying the Color Bass flame.
Like, San Holo just did a record called « TRUE LOVE IN A MADE UP WORLD », and it was amazing ! I got to do a little bit of back-end production on « IKYK », getting in the studio with him was surreal. I’ve been listening to him for ages, and the way he thinks about music, it’s like things I would have never done. I learned so much !
I felt a lot better about leaving Color Bass, I’m not gonna say behind forever, but like on the back burner, knowing that people like San Holo and Ace Aura – who’ve got some really cool stuff cooking soon – and KERO and some of the underground, they’re keeping it still alive. I felt like I was comfortable to go leave and jump my own path off.
Nearly a year ago, you released your album “Half Blood”, taking a new artistic direction and drawing inspiration from the UK roots of Dubstep and bass music. Could you tell us more about that project ?
Yeah, it’s my first album. Well, technically my third, but I’d say it’s my true debut. It means so much to me ! Like I was saying before, I was making Color Bass for a really long time. I got a little burned out of it. I felt like I was spending too long on the production, and I just needed a shakeup in the other direction. And a lot of old school Dubstep has got like some shocking mixing and production quality, but that’s what gives it its edge.
The first thing you learn when you’re making music is everything has to be squeaky clean. You learn how to do things perfect. But perfect isn’t fun to make always. It can be, but it can feel very sterile. So, yeah, « Half Blood » to me represents my sort of plunge into letting go of that and figuring out how I can make things dirty and real. Like that album feels visceral to me. I love it. I really do enjoy making this style of music. And there’s so much history to it, right ? Like, almost every week I go back and I find some dubplate rip on YouTube that I’ve never heard before that just absolutely blows my mind.
There’s so much history and so much that old Dubstep stands for, and you’ve got the return of this style coming up, like Fred Again.. has been putting Skream and Benga on these shows. I’ve gotten in the studio with Benga before and made a tune, and it’s just core memories.
It has such a purpose behind it. And not that the Colour Bass shit that I was making before didn’t, but I think the purpose is different. I feel like we’re taking what was great back in the day and we’re bringing it back.
You mentioned on social media that this album was “filled with the growing pains from the path towards becoming your best self”, suggesting that it carries a strong personal meaning. Could you expand on that ?
If I’m totally honest, I’m not totally 100% my best self now, I think that’s a bit of a fabrication (laughs). Definitely working towards it. But I grew up very sheltered and socially awkward. I didn’t leave the house much, I was a bit of a homebody. Part of that was like a lack of deservedness, some of it was like getting bullied in high school for being a bit « neurospicy » and that. But I didn’t really have a life. The computer was my existence, really. That’s where all my friends – my real friends – were, I was sort of raised by the internet, and then COVID reiterated that.
I have no regrets whatsoever, because I think it made me an incredible, technically proficient producer or whatever. But I felt very disconnected from what real people are like. From about 2023 to 2025 when the album came out, it was the first time I had real friends. Like, that I didn’t have to get on an airplane to see. I put a conscious effort to like sink my teeth into my community. I found hiking groups, I found people to go to local shows with, and like networked in the local New York scene, and I went to these raves in London, and I just tested myself. I pushed my limits. I went from a kid who was too scared to ride the subway one stop. In 2022, I’ve got a full subway-themed album now. In 2022, if you asked me to ride the subway, I would have said : « Oh, what, you want me to get shanked. » It’s crazy, the amount of progress that I just made in three years just by believing in myself.
(About overcoming social anxiety) : That was what narrated this whole album. I feel like a lot of the lyrics reflect that. Like I’m over who I used to be. I want to be present in my life and all that, and « Can’t Let Go ». I’m holding on to this old identity of : « Oh, everyone thinks I’m the weird, quirky kid that’s just on the computer all the time making winkly unicorn noises or whatever. » Like, I must uphold that identity. And it’s just like : « No, your identity is ever-shifting, and it’s good to embrace that once in a while. »
So I’d say that’s the core message behind a lot of the lyrical content of the album. I went through a big breakup about halfway through the project’s completion, and I think the emotions that I felt from that kind of seeped into, especially cuts like « Street Garden », « Chrysalis » and some of the more like, down-tempo ones.
So I’d say it’s a personal album to me because it was just a really transformative time. I think it captured my early 20’s really well (he’s 23, author’s note). I think what I’m experiencing is not an unnormal thing. Like at the time, it was a full identity crisis. But I just think when I’m 30, 40, I’m always going to look back at this album as the sort of narration of when I came into my own for real. That’s what it really means to me.
You’re playing today at OHLALA Festival – for the first time in France. Major bass music events like this remain relatively rare in Europe, even in the UK, while the scene continues to flourish in the US. In your opinion, what are the biggest differences between European and American crowds and scenes ?
Call me naive, but I think I have a lot of hope for Europe. I think the scene’s gonna grow a lot more here soon. I think that Dubstep as a whole became wildly unpopular about 2014. In the States as well. You know, there’s been a giant public relations cleanup, and you’ve got Excision and stuff like that that have sort of rewritten the purpose of American raving. You go here and you get fucked up, you bang your head up and down for three days straight.
I love Lost Lands, don’t get me wrong, it’s one of my favorite shows to play, and I’m excited to return. I’m not done one yet, which is gonna be sick. But I think the direction that the scene had moved in in the States isn’t compounding with European values. People out here are generally a bit more chill, they take themselves a bit more seriously, and the music has a cool factor. So I think what excites me so much about this new 140 resurgence with Hamdi, Taiki Nulight, or Flava D – which are on this lineup. Artists like this, I think they actually do capture the European spirit really well in a way that I think hits both the American market and the EU market. So I have incredibly high hopes.
I think in America, a lot of people treat raves as this sort of like social gathering and or an excuse to escape from their nine-to-five. For me, electronic music as a whole is just a lot more inherently within the European scenes, if that makes sense. Like, in the UK, I’ll go to a convenience store, and I’ll hear a UK Garage or a Drum and Bass tune on, and that’s nuts (laughs) ! Neither of those genres are Dubstep, but I just think it’s so deep in the culture.
So, I have really high hopes for Europe. Just last night I played in the UK. We sold out Oslo in Hackney, about 400-cap rooms, me and Levity, and Jon Cass and SVDKO. It was like one of the best shows ever. It was good. It was ridiculous, amazing. I’m like : « Oh, okay, there is a demand for this. » It just, it needed to be the right sound for it to work. So I say just give it two years, and you guys are gonna be sweet out here.
Who is the artist you dream of collaborating with, if that collaboration hasn’t happened yet ?
Skrillex, Fred again.., Viperactive, that would be absolutely incredible. I’d love to work with Hamdi. That would be a dream come true. Porter Robinson, Ninajirachi, Madeon. That would be my roster of artists that I’d like die for. If any of them work with me, I’m dead. On spot.
According to you, what are the currents/upcoming artists people should absolutely keep an eye on ?
I’d first say Silcrow. He is insane ! He just released on the new Never Say Die compilation, which is pretty dubsteppy. Jon Cass and SVDKO I very recently played with a show them, so they’re pretty top of the line. I’m very excited about Paper Skies, he’s been a friend of mine for a very long time. We always kind of diverge in different directions, we come back together. But, you know, his vision is really, really cool.
Do you have any upcoming projects you’d like to share ?
I’ve got a tune (which came out on July 3rd, author’s note), a remix of SKisM‘s « Like This » with Fire Syndicate coming out on Never Say Die. It was teased in the mix (that promotes the label’s 7th compilation, author’s note).
I’ve also been doing a lot of work recently with HAAI. She’s in a bit of a different scene from us. So we’ve got a collab, a 140 tune coming out later this year, which is super exciting.
I’ve got a remix of « I Can’t Stop » by Flux Pavilion, which we’re working on getting out. Skream, Benga, Hamdi, Fred Again.., Tisoki, Nikita the Wicked…Everyone’s playing it, and it’s wild. This thing is not out, and I’m hearing it at shows casually, which is nuts.
For the rest, at the moment, it’s the same deal as always. I’m just trying to constantly evolve, constantly listen to new music, learn new skills, and put it into my art, and see what comes out the other poop side. See what my brain shits out (laughs) !
Thanks for taking the time to talk with us ! Any final message you’d like to share ?
It’s an honor and a blessing to be playing in Europe finally. Both these shows in London and Paris have been two shows I’m gonna remember for the rest of my life. And I really hope to be back soon. I felt such a great energy at both of these shows. And it’s sweet.
Don’t let anyone tell you who you are and who you aren’t, because you’ll never know. If you can market yourself easily as a person, you’re either a simpleton or disingenuous. Everyone is always evolving. So just follow your truth, make what you wanna make, listen to what you wanna listen to, and just see what comes out.
To quote Skrillex : « Success isn’t something that’s gained, it’s something that is attracted by being your most authentic self. » So just be yourself, do your thing, don’t expect any ulterior motive or gains, and you’ll probably end up getting some gains. I could have never guessed I’d be here in UK and Paris playing my tunes a year into making 140, but here we are. It’s nuts. Everyone told me this reinvention would fail, but I believed in myself, and here I am !
Préparation, réalisation, retranscription et traduction : Antoine
