Mont Rouge (de gauche à droite : Eszco, Øby et Jubesp) – © Oceb / Valliue

Lors de notre week-end au Festival Garorock début juillet (reportage à lire ICI), nous avons eu la chance de passer un petit moment avec le trio Mont Rouge. De leur vision du futur de l’Afro House à la consommation musicale de nos jours, en passant par la production de leurs gros cartons… Découvrez l’intégralité des propos des trois compères suisses, ci-dessous :

Salut ! Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Eszco : On est Mont Rouge, un trio de musique électronique, DJ et producteur. Auteur, compositeur, interprète (rires) ! On est principalement originaires de Suisse, on y réside tous, à Genève. On est là pour représenter notre pays. Moi c’est Pablo.

Øby : Øby !

Jubesp : Et moi, c’est Julien !

C’est la question de base du site : quelle est votre définition de la musique électronique ?

Eszco : Pour moi c’est très scolaire, mais c’est la musique dont la production est assistée par ordinateur.

Øby : Et plus artistiquement parlant, c’est une façon de s’exprimer différemment. On n’y met pas d’instrument physique ou notre voix. Mais ça reste une musique faite par l’humain avant tout. Mais assistée par ordinateur comme disait mon collègue. En vrai, c’est compliqué d’en dire plus (rires) !

Jubesp : Plus globalement, c’est vraiment le fait de ne pas se fermer de porte et de laisser la place à la créativité, peu importe les influences musicales. Et c’est aussi assisté par ordinateur par contre (rires) !

Votre dernier single “Take Me Away” est sorti récemment. Pouvez-vous nous parler un peu de cette collaboration avec Oliver ?

Eszco : Ça fait un moment que l’on a ce morceau dans notre disque dur !

Jubesp : C’est un morceau qu’on a fait en novembre dernier à Los Angeles lors d’une tournée aux Etats-Unis. On ne l’avait pas mis de côté, mais on attendait la bonne collaboration, le bon vocal et le bon songwriter pour écrire la bonne topline. Et c’est vrai qu’avec Oliver, on a vraiment matché de suite. Ça s’est fait tout naturellement ! C’est un chanteur super talentueux, il a une très belle voix. On a vraiment passé du bon temps.

En moins de deux ans, vous vous êtes imposés sur la scène électro avec des millions de streams et de nombreuses dates dans les plus grands festivals ! N’avez-vous jamais eu la sensation d’être dépassé par l’ampleur du projet ?

Øby : Personnellement, non. Je ne suis vraiment pas la bonne personne pour y répondre… Car, pour moi, les chiffres ne sont pas importants. Je fais clairement de la musique pour faire kiffer les gens et me faire kiffer. On est bien sûr dans une musique business, donc il faut amener des chiffres aujourd’hui. Mais pour ma part, je ne me sens pas dépassé. Ça reste juste des chiffres, et basta (sourire).

Eszco : Je suis d’accord avec mon collègue, il ne faut pas trop se prendre la tête avec ça non plus. Certes, c’est important de nos jours. Mais si on y pense trop, on va laisser la musicalité et la créativité de côté. Et c’est là où on se perdrait. Donc là où on en est, je pense que cela se passe très bien !

Jubesp : De mon côté, je ne pense pas que l’on ait été dépassés par les chiffres, mais plus par les événements. Dans le sens où beaucoup de choses sont arrivées en même temps ! Le lundi tu es dans ta chambre, et le mardi tout change. Et comme on n’a pas fait pour ça à la base, on n’a pas pu l’anticiper. Donc pas dépassés, mais agréablement surpris !

Est-il plus facile de percer aujourd’hui, à l’époque où les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle clé dans la mise en avant d’un genre ou d’un artiste ?

Eszco : Je réponds un peu à moitié à la question, mais pour moi, c’est un peu à double tranchant. Tu peux exploser, mais aussi être très rapidement oublié. On vit dans une époque où il faut constamment sortir du contenu si on ne veut pas être oublié. Mais grâce aux réseaux, un simple son peut changer des vies.

Jubesp : On ne peut pas renier le fait qu’il y ait des outils qui sont à notre disposition en 2025, que les producteurs n’avaient pas il y a 20 ans. À utiliser à bon escient, évidemment !

Øby : Je suis d’accord avec eux. Le succès est beaucoup plus facile du jour au lendemain. Il y a quand même un côté cool car à l’époque, certains artistes avaient besoin d’une dizaine d’années pour arriver sur des grosses scènes. Pour nous, ça s’est fait rapidement. Nous, on peut se faire kiffer et déguster après avoir partagé notre musique sur les réseaux sociaux.

L’Afro House fait un énorme carton ces dernières années et est omniprésente en événement comme à la radio. Pensez-vous que le genre a encore de belles années devant lui, ou craignez-vous qu’il ne s’agisse que d’un cycle ?

Øby : Je vais être intransigeant là-dessus. Il y a un côté qui sera cyclique, c’est sûr et certain. La vraie Afro House que beaucoup moins de personnes connaissent, qui vient littéralement des pays africains, restera. Ce n’est pas un style nouveau, ça fait des dizaines d’années que ça existe. Par contre concernant l’Afro House qu’on peut qualifier de “commerciale”, je pense que ça va être cyclique. Pour l’instant ça marche, à voir dans quelques années. Mais c’est comme dans la mode ou dans d’autres secteurs. C’est venu, ça partira et ça reviendra.

Eszco : Je suis tout à fait d’accord avec lui. On est à un point où ça commence à devenir redondant, on a passé le point culminant. Ça va basculer vers quelque chose de nouveau.

Øby : Pour ajouter quelque chose, il y a aussi un facteur important dans la musique électronique. Quand on parle de rock ou d’autres styles acoustiques, ce sont des choses qui resteront. Mais l’électro, les gens peuvent s’en lasser. Il y a juste à voir les trends ! Par exemple l’EDM est toujours omniprésente, mais ce n’est plus l’époque 2013. Ça tourne, mais ça revient. L’EDM va gentiment revenir, comme la melodic techno par exemple. On reviendra à une case départ et on va refaire la boucle.

Mont Rouge lors de Garorock 2025 – © Oceb / Valliue

Vous sortez majoritairement vos titres un par un sous format single. Est-ce une stratégie pour mieux fonctionner via l’algorithme des plateformes de streaming ?

Jubesp : Ce n’est pas du tout une stratégie business ou quoi que ce soit. On fait juste de la musique comme bon nous semble. On débite des morceaux et quand on sent que c’est le bon moment pour sortir un morceau, on le sort. Après, on a toujours eu un projet d’album. Il n’arrivera pas demain parce qu’on pense à se créer une identité musicale avant tout ça. Mais il n’y a rien de stratégique ou de pré-organisé dans tout ça. Après, il est vrai qu’il y a une culture de la consommation rapide aujourd’hui. Avec tiktok ou les autres plateformes, les gens commencent même à moins regarder des séries avec des épisodes qui durent 45 minutes. Je me rappelle d’un rappeur qui disait “J’ai sorti ma nouvelle musique il y a deux semaines, ils attendent déjà la suite”. Tout le monde veut toujours de la nouveauté constamment pour ne pas se lasser.

Øby : En musique électronique, le temps passé dans un studio n’est pas le même que pour un rappeur ou un groupe de rock. Nous, on est nos propres producteurs en soi. Là on vient de faire 8h de route, j’aurais très bien pu ouvrir mon ordinateur et faire un morceau. Même si on est amené à collaborer, on n’a pas ce facteur où on doit être en studio pour enregistrer. Dans d’autres styles, le fait de devoir se réunir en studio découle entraîne naturellement de plus gros projets comme des albums.

Jubesp : C’est ce qu’on disait tout à l’heure, c’est la conséquence des outils que l’on a à notre disposition en 2025. On peut faire de la musique partout avec un ordinateur portable et une paire d’écouteurs.

Quelles sont les principales différences entre un remix comme « More Than You Know » et une cover comme « Voyage Voyage » en termes d’approche et de production ?

Eszco : Musicalement parlant, on commence toujours un morceau plus ou moins de la même manière. On se base sur un vocal et on construit la production autour pour que ce soit le plus cohérent. Pour “Voyage Voyage” par exemple, on ne s’y attendait pas du tout au début. On avait commencé ça pour kiffer. Entre temps, on avait changé le vocal vers “Smooth Operator” puis on est revenu sur “Voyage Voyage”. Il n’y avait pas de réelle idée derrière. C’était juste un vocal avec une production autour. Pour “More Than You Know”, c’était la même chose. Pour celle-ci par contre, c’est eux qui sont venus vers nous pour nous demander le remix.

Jubesp : Sur le côté juridique, je vais essayer de la faire courte (rires) ! C’est du cas par cas. Ça dépend si c’est toi qui vas chercher la clearance pour les droits ou si c’est l’artiste qui vient te chercher directement. Il y a tellement de paramètres qui rentrent en compte.

Ce soir, vous clôturez cette journée Garorock ! Comment adaptez-vous vos sets entre, par exemple, un sunset en bord de plage et un passage de nuit sur la grande plaine de la Filhole ?

Øby : Déjà, on ne prépare pas nos sets. On s’adapte toujours à l’endroit où on joue, en ressentant l’énergie des gens. Quand on fait un sunset, je n’ai pas forcément envie d’écouter de la musique qui tartine à 140 bpms. Et pourtant, j’adore ça ! Là pour Garorock à 2h du matin, je pense que les gens n’ont pas forcément envie d’aller dormir aussi tôt (sourire). On va s’adapter aux gens, et on appliquera en fonction de ce que l’on va ressentir.

Malgré votre grosse notoriété ces derniers temps, on trouve très peu d’interview de vous ! Est-ce un choix de votre part ? Quelle est votre image des médias ?

Øby : On bouge beaucoup ! Après voilà, les interviews dans le milieu de l’Afro House, c’est pas un format qui plait à beaucoup de DJs. Nous on le fait qu’on a une affinité particulière ou qu’on aime bien une radio par exemple. On n’y pense pas plus que ça, et on agit au cas par cas. On ne veut pas être sur-médiatisés, mais je pense qu’on est bien là (sourire).

Quels sont vos projets à venir ?

Eszco : Beaucoup de chansons vont arriver, dont des collaborations avec des amis ou avec de gros artistes. Dont un gros français ! On a également de grosses dates tout au long de l’été. On est sur la lancée, on a vraiment hâte.

Merci d’avoir répondu à nos questions ! Avez-vous un dernier message à faire passer ?

Øby : C’était Mont Rouge, merci de nous avoir écoutés. Continuez à faire la musique que vous aimez !

Mont Rouge (de gauche à droite : Eszco, Øby et Jubesp) – © Oceb / Valliue

Interview préparée, réalisée et retranscrite par Valso

By Valso