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Lors du Week-end des Curiosités, nous avons eu la chance de passer quelques minutes avec un groupe que nous suivons depuis plusieurs années : Makoto San ! De l’identité visuelle de leur projet à la logistique de leurs représentations scéniques, en passant par leur amour pour la culture asiatique et la conception de leur instrumentarium… Découvrez l’intégralité de leurs propos ci-dessous :

Salut ! Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Salut ! On est le groupe Makoto San, et on fait de la musique électronique avec des instruments asiatiques et en bambou.

C’est la question de base du site Valliue… Quelle est votre définition de la musique électronique ?

Wow ! On a deux heures pour y répondre (rires) ? Déjà que l’on a du mal à définir notre musique, alors la musique électronique… Je pense que c’est ultra compliqué, surtout maintenant ! Au départ, ça devait être plus facile, car c’était de la musique produite exclusivement avec des machines. Aujourd’hui, je connais très peu de musiques actuelles qui ne passent pas par le biais d’un ordinateur, d’une manière ou d’une autre. Donc ce qui peut la définir, ce serait peut-être la question du style que l’on fait. Et encore là, c’est large ! Je n’ai pas trop envie de trop la délimiter. Ce qui est sûr, c’est que nous, on en fait mais sans les machines. C’est d’ailleurs notre particularité. Ce qui était de base de la musique issue d’un outil, est devenu une musique à part entière. On s’apparente à un style de musique électronique alors qu’on en n’utilise pas exclusivement. Il y a un rapport à une forme mathématique de la musique, je pense. Il y a la question du BPM et du rythme qui est vraiment au centre de cette musique. En tout cas, c’est ce sur quoi on essaie de réfléchir dans notre musique.

De manière fictive, le maître Makoto San vous a transmis ses connaissances en musique acoustique. Vous l’avez finalement trahi en transformant ce que vous avez appris de lui, en musique électronique. C’est pourquoi vous jouez masqués aujourd’hui ! Était-il primordial pour vous de contextualiser votre projet musical, et de maîtriser intégralement cette direction artistique (histoire, sonorités, image…) ?

C’est une bonne question ! C’était vraiment quelque chose qu’on a voulu au départ, partir d’une feuille blanche. Notre musique n’est pas le résultat de nos individualités. Elle l’est un peu aussi, mais elle est surtout ce que l’on a envie de raconter. On a voulu raconter une histoire avec la musique que l’on faisait, et emmener les gens dans un monde fictif. Un monde dans lequel on pouvait proposer quelque chose de global, dont les gens pouvaient s’emparer. Il y a un rapport fictif, mais qui prend racine dans certaines choses que l’on a réellement vécues dans nos vies respectives. Et on est assez convaincu que le projet nous dépasse toujours quoi que l’on fasse. Raconter une histoire avec ce projet est donc un aboutissement qui permet aux gens de se projeter dans la musique qu’on leur propose. C’était important pour nous !

Vos masques d’escrime font référence à la culture française du masque et de l’épée, mais évoquent évidemment le monde du manga également. En tant que Marseillais ayant grandi avec la culture japonaise, c’était le juste milieu pour rendre hommage à cette culture asiatique vue depuis l’occident, sans tomber dans de l’appropriation culturelle ?

T’as vraiment de bonnes questions, on voit que tu as étudié le dossier (rires) ! C’est ça, c’est quelque chose qui nous guide à chaque fois. Nous, on ne fait pas de musique japonaise. Je pense même que c’est plutôt européen. Par contre, c’est qui est clair et important dans ce que l’on amène en termes de référentiel… On ne peut pas nier le fait que l’on a été extrêmement influencés par la culture japonaise dans notre enfance et via les produits culturels. C’est ce qu’on essaie de défendre dans la musique que l’on fait. Effectivement, il y a cette question d’appropriation culturelle qui est toujours là. Mais on ne prétend pas faire de la musique japonaise. Déjà, je ne pense pas que l’on soit bien placés pour, et de toute façon, on ne sait pas la faire ! On n’est pas nés au Japon. Par contre, on pense que comme tout le monde, on fait de la musique que l’on peut faire et qui prend un sens dans notre pays de naissance, soit la France. Avec un axe particulier, qui a été le Japon au départ du projet, via les instruments utilisés. Mais de manière générale, c’est l’Asie. Le Japon prend une grande partie car la vision que l’on a en France, est majoritairement japonaise quand on parle d’Asie. Les jeux-vidéo, les mangas, les dessins animés… C’était essentiellement issu du Japon. Donc ces masques d’escrime que l’on utilise, on peut y voir l’évocation de la cape et de l’épée, mais aussi l’idée d’un samouraï français, le mousquetaire. C’est aussi l’idée du masque que l’on peut retrouver dans plein de mangas, comme Naruto. D’ailleurs on sort le projet, puis deux ans plus tard, Squid Game arrive (rires). C’est un peu dans l’ère !

Vladimir Cauchemar passe parfois du côté obscur en portant un masque noir, tandis que le groupe de métal Ghost fait évoluer l’identité visuelle du chanteur Tobias Forge au cours des albums. Dans votre narration du projet, avez-vous déjà envisagé de faire évoluer vos personnages au cours du temps, ou avez-vous déjà décidé que votre identité restera telle quelle ?

Waaah, tu nous poses les questions qu’on se pose dans le camion, en tournée (rires) ! Du coup, je n’ai pas vraiment de réponse à cette question. On ne ferme la porte à rien. On a sorti un album il y a moins d’un an, et là on bosse sur le deuxième. Donc effectivement, on réfléchit à ce qu’on a à raconter, ce qu’on a à faire musicalement et aussi autour du projet. Donc ce sont des questions que l’on se pose. Comment les personnages qu’on a inventé, peuvent-ils évoluer ? Vers quoi on va se tourner dans la musique que l’on va faire ? On a des envies aujourd’hui, mais qui vont peut-être évoluer. Ce que l’on raconte avec nos masques va forcément influer sur notre musique. On essaie de penser l’avenir du projet dans sa globalité. Le CD, le storytelling, l’apparence des masques et des costumes, la scénographie… Car on a aussi une part très importante liée à notre univers scénographique avec tous les instruments que l’on amène avec nous. Les questions que se sont posées les artistes que tu as cités, on se les pose également (sourire).

En 2024, vous sortez votre premier album studio “Moso”. Un projet immersif où votre univers singulier navigue au fil des titres, entre musicalités traditionnelles du monde entier et sonorités plus actuelles. Quels messages souhaitez-vous porter avec cet opus ?

On était sur un opus assez rassembleur. L’idée était un voyage dans le monde musical, avec le son de nos instruments comme dénominateur commun. On s’est permis beaucoup d’incursions dans différents types d’esthétiques. Il y a un passage par l’Afrique et tout ce qui n’a permis de découvrir cet instrumentarium là, dans le prisme de musique électronique, mais sans se mettre trop de limites. C’est une exploration assez vaste. Ce qu’on envisage pour les albums suivants, c’est d’un peu plus resserrer au niveau des styles. Maintenant qu’on a fait cette première exploration de manière à familiariser les gens avec nos sonorités, l’idée est de se dire que le prochain album sera raconté d’une manière un peu plus précise. Je ne peux pas te répondre laquelle, car ce sont encore des discussions en cours (rires).

Vous maîtrisez à la perfection le mélange de l’organique du bambou avec le numérique de la MAO. Mais quel a été le moment où vous avez découvert la sonorité du bambou ? Cela vient-il d’un voyage, d’une vidéo visionnée sur les réseaux, d’un artiste à l’autre bout de monde, ou peut-être même d’une expérimentation de votre part ?

Finalement, ça vient de notre parcours musical. La plupart d’entre nous sommes percussionnistes. C’est via nos parcours que l’on a eu la chance de découvrir cet instrumentarium en bambou. On raconte que l’on a travaillé avec Monsieur Makoto qui nous a initiés à la musique acoustique dans sa forme la plus pure. Rapidement, quand on a entendu ce son si singulier, on l’a associé à notre parcours musical et au style avec lequel on a grandi : la musique électronique. Ce son de bambou, personne ne le connaît. Mais ça se rapproche beaucoup d’un synthé ! Donc c’était assez évident de mélanger ces deux univers acoustiques et électroniques. On s’est dit qu’il y avait quelque chose à faire avec cette sonorité, et que ça résonnait avec nos influences musicales.

Week-end des Curiosités – © Oce-B / Valliue

Sur scène, on peut vraiment réaliser cette alliance entre technologie et artisanat, représentée par vos instruments confectionnés par vos soins. Quelles sont les limites de vos instruments ?

Il y en a plein (rires) ! Le bambou est une herbe, donc déjà, il faut les construire. Il y a une grosse partie de lutherie qui n’est pas simple, on a du beaucoup se renseigner. On construit la plupart de notre instrumentarium : les také marimbas, les odaikos, les taikos… On a aussi acheté quelques instruments qu’on ne savait pas faire, comme l’angklung ou le shime-daiko. La première problématique est l’accord. Par exemple, une heure avant le concert de ce soir, on va devoir réaccorder les instruments parce qu’il fait un peu chaud. Les instruments vont monter en température et risquent de sonner un peu faux. Il faut sans cesse les entretenir et essayer de conserver une humidité où le bambou se sent bien et décide de bien sonner. Une force mais également une contrainte du projet, c’est notre instrumentarium, encore une fois. Quand on doit se déplacer, on doit avoir un camion 14m3, qui est rempli de tous ces instruments. Ce sont les deux principales problématiques du bambou. Mais c’est l’identité et la force du projet : la scénographie et le son de Makoto San. Donc on vit avec et on est très content ! Après c’est sûr qu’on est également plus limité artistiquement parlant. Avec la MAO, il n’y a aucune limite. Mais avec des instruments faits main, avec leurs défauts physiques et leurs limites… Faire de la musique électronique est une contrainte mais également une solution pour nous. Il arrive qu’on soit enthousiasmés du fait de redécouvrir nos sonorités d’une autre manière. C’est une contrainte artistique qui n’en est pas vraiment une pour nous, c’est une règle du jeu (sourire) !

Vous qui aimez tout confectionner, tout maîtriser et ne rien laisser au hasard… Quelle est votre vision concernant l’apparition de l’intelligence artificielle ?

On est mitigés… Je prendrais un peu de recul en disant que l’on vient d’une formation classique car on est instrumentistes. Quand on a découvert la musique électronique, avec peut-être moins de virtuosité mais plus de réflexion. Tout ça n’était que des outils. On parle d’art, donc le rapport à la création était le plus important. Comme dans le sport, on dit que quelqu’un joue très vite ou que quelqu’un joue très bien. Il ne s’agissait que de choix pris de la bonne manière. On peut voir l’intelligence artificielle comme quelque chose qui va nous remplacer, de la même manière que l’image négative qu’avaient les synthétiseurs. Mais on peut voir ça comme un outil. Alors après, c’est quand même bien plus évolué qu’un synthétiseur (sourire). On ne sait pas ce que ça va donner. Mais comme on est dans la musique électronique, on essaie de l’utiliser comme simple outil. Tant que ça nous aide à créer et que ça ne nous empêche pas, on va l’utiliser. Puis l’IA ne sait pas fabriquer des instruments en bambou (rires). Malgré tout, on a cette démarche d’avoir un retour brut et très humain dans notre projet. Après, c’est vrai qu’on a pas assez de recul sur l’IA et que ça fait un peu peur. Quand on pense qu’elle peut créer un morceau de musique qui peut être écouté sur Spotify et partir dans un algorithme… Ça fait un peu peur de ce côté-là. Parce que nous, derrière, on a une réflexion depuis des années, on construit notre instrumentarium et on met beaucoup d’investissement dans notre projet. Donc à utiliser à bon escient.

On a eu la chance de vous voir en novembre 2019 au Zénith de Toulouse, en première partie de Worakls Orchestra. L’énergie y était incroyable ! Devoir être concentré le nez dans votre live vous permet-il quand même de profiter de l’énergie dans la salle, ou cela peut-il vous frustrer de ne pas être à 100% en interaction avec votre public ?

Pour le coup, à Toulouse, on avait profité de fou ! C’était notre troisième concert, c’était incroyable. Depuis, beaucoup de Toulousains spammaient sur les réseaux sociaux pour nous faire revenir. Voilà, on est au Bikini ce soir (sourire) ! Mais effectivement, ça va dépendre des soirs. Des soirées sont plus exceptionnelles que d’autres. Mais on ne va pas se cacher, on doit se concentrer sur ce que l’on fait quand on est sur scène. On ne peut pas être à 100% dans le ressenti, même s’il y a des moments de fulgurance comme ce concert au Zénith de Toulouse. On avait adoré le public toulousain ! On s’était fait la réflexion, un public sans téléphone. On parlait de l’IA juste avant, là on avait eu un rapport humain à humain très fort. Des fois ça se passe, et des fois non, on ne maîtrise pas. Pour ce soir au Bikini, on est assez confiants (rires). C’était notre troisième concert Makoto San, donc c’était aussi un grand retour pour nous car on ne savait pas si ce qu’on proposait intéressait les gens ou non. Les gens nous découvraient lors de notre première première partie de Worakls. Puis la seconde à Lyon, on sentait que notre musique avait déjà un peu circulé. Mais à Toulouse, l’accueil était fantastique pour nous ! C’est là qu’on a vraiment compris que les gens appréciaient ce que l’on faisait, et ça nous a donné beaucoup d’élan pour la suite. On peut d’ailleurs remercier Kévin (ndlr : Worakls) car tous les artistes n’ont pas cette opportunité là. Ça nous a donné le souffle nécessaire pour tenir face au Covid et revenir aujourd’hui au Bikini. On vit l’instant !

Justement, en parlant de ça ! Les premières parties fin 2019 et début 2020 dans les plus grosses salles de France sont chronologiquement liées à la sortie de vos premières releases. La crise sanitaire a-t-elle été dramatique pour vous, vous handicapant au moment de votre envol ? Ou au contraire, cela vous a permis de vous armer en studio pour avoir le plus de bagages possibles à la reprise du monde événementiel ?

À la fin, c’était lourd. C’est vrai que ça coïncidait avec les sorties de nos premiers titres. Mais au début du Covid, il y avait ce retour au rapport à la musique. Les gens étaient chez eux, et paradoxalement ils étaient plus proches des artistes. On a fait des lives confinés qui étaient pas mal visionnés. Il y avait une vraie réception qui nous a aidée ! Ça nous a donné une vraie communauté qui était mobilisée sur ce qu’on leur proposait. Après, on ne pourra pas refaire l’histoire. Et le fait de ne pas avoir de concert, ça nous a permis de construire et perfectionner nos instruments. Bon sur la longueur, voilà quoi ! On a fait les Trans Musicales, mais en vidéo. Le plus frustrant est de ne pas pouvoir faire les festivals que l’on rêvait et où on était programmés, comme les Eurockéennes par exemple. Donc je ne dirais pas que tout est rose non plus, même si on est à Toulouse (rires). Mais même si c’était un peu lourd pour nous avant la reprise, on l’a plutôt bien vécu. Ça fait partie de notre histoire, en tout cas.

D’un point de vue booking, votre polyvalence artistique et toute la logistique de votre scénographie représentent t-elle un avantage ou un inconvénient ?

On a nos forces et nos faiblesses, comme tout le monde. Accueillir un show de Makoto San, ça demande une équipe car on est nombreux et il faut des plateaux un peu conséquents. Même si on est dans le milieu de la musique électronique, il ne nous faut pas simplement un desk avec des platines. Donc il y a des festivals qui ne peuvent pas nous accueillir car on est sur une approche différente. On a vraiment beaucoup d’instruments. Mais c’est pourquoi le public aime ce que l’on fait et que les programmateurs veulent nous programmer et trouvent des solutions. Il y a également une prise de risque du booker qui a envie de suivre ce projet ambitieux. Arriver avec autant de choses sur scène, ça reste un pari actuellement. Mais si on décidait d’arriver solo derrière des CDJ 3000, ça ne serait plus Makoto San (sourire). On voulait vraiment ramener le côté humain dans la musique électronique. Mais on a la chance d’avoir une super équipe technique. On a eu le temps de réfléchir aussi ! Maintenant tout va vite, tout est sur roulettes, tout est monté rapidement. Donc ça parait énorme, mais franchement ça se fait. On s’installe en moins d’une heure (rires). On rentre dans les contraintes des événements qui nous accueillent. Avec ce projet, on s’est tiré une balle dans le pied, mais on a visé que l’orteil tu vois (rires) !

Quels sont vos projets à venir ?

On sort un titre mardi (ndlr : « Potion » sorti le 20/06). Cinq autres singles vont suivre. Quand on a fait “Moso”, d’autres productions étaient en cours. Et quand tu livres ton album, il se passe minimum six mois avant qu’il sorte. On était donc encore dans la lancée d’autres titres qui étaient dans la lignée de “Moso”, on va donc les donner à notre public car on veut aussi les défendre. Il y en aura donc un par mois jusqu’à 2026. Et évidemment un album derrière, en pleine réflexion !

Merci d’avoir répondu à nos questions ! Avez-vous un dernier message à faire passer ?

On est super contents d’être de retour à Toulouse, on adore le public toulousain, et de manière générale le sud-ouest ! On vous voit sur les réseaux, et on vous aime aussi !

Préparation : Valso & So’ / Réalisation et retranscription : Valso

By Valso