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À Tomorrowland, nous avons rencontré NGHTMRE, figure incontournable de la scène bass music internationale. Loin de se contenter de faire trembler les foules avec ses sets puissants et sans concession, l’artiste californien nous livre ici une conversation sincère et profonde, à l’image de son univers musical.

Entre la sortie imminente de son nouvel album Mindful, sa collaboration explosive avec Crankdat, et sa vision très libre du rôle des labels et des artistes aujourd’hui, NGHTMRE se confie sur son parcours, ses inspirations et les enjeux d’un milieu en constante mutation. Voici l’intégralité de ses propos :

(english below)

Salut ! Est-ce que tu peux te présenter à ceux qui ne te connaissent pas encore ?

Oui, bien sûr. Je m’appelle Tyler Marenyi, je vis à Los Angeles et mon nom de scène c’est Nghtmre. Je fais de la bass music — dubstep, tout ce qui est bien lourd !

C’est la question de base du site : Quelle est ta définition de la musique électronique ?

Pour moi, la musique électronique, c’est la première vraie passion que j’ai eue. C’est ce qui m’a donné envie de créer. Je pense que comme beaucoup, c’est un refuge, un moyen d’évasion. Que ce soit dans ta voiture ou en live, elle permet de décrocher, de lâcher prise. C’est aussi une vraie forme d’expression artistique. Pour moi, c’est tout simplement ma vie.

Ton unique album solo “DRMVRSE” date de 2022 ! Un second est-il un de tes objectifs, ou tu estimes que la musique électronique ne se consomme plus sous ce format aujourd’hui ?

C’est vrai, c’est parfois difficile de savoir comment toucher les gens aujourd’hui. Perso, je me concentre sur ce que j’aime faire. Si ça parle aux gens, tant mieux. Sinon, ce n’est pas grave. Là, je travaille justement sur un nouvel album, il sort bientôt normalement. Il s’appelle Mindfull — avec deux « L ». C’est un jeu de mots entre le côté mindful (être présent, se détacher du digital, prendre soin de soi) et mind full (le cerveau saturé d’infos, de réseaux, de sollicitations).

J’ai déjà sorti quatre singles. Contrairement à Dreamverse, qui avait une vraie scénographie et un univers immersif, Mindfull est beaucoup plus personnel. C’est plus brut, plus authentique. Il y aura quand même des vidéos et un storytelling, mais c’est surtout centré sur mon vécu d’artiste.

Donc un message direct de toi à ton public.

Exactement. J’espère juste que ça va toucher les gens autant que ça me touche. C’est un projet très personnel. Ce n’est pas formaté pour les algorithmes.

Tu joues ce soir en B2B avec Crankdat avec qui tu as sorti TYPESHT, quelle est l’histoire de cette collaboration ? Est-ce le début d’une aventure musicale partagée ?

Crankdat et moi, ça fait presque dix ans qu’on se connaît. Il a remixé plusieurs de mes morceaux, et on a toujours voulu bosser ensemble, mais le timing n’était jamais bon. Là, on a tous les deux été approchés pour retravailler un morceau de Gesaffelstein. Sans se concerter, on a choisi la même track. On s’est dit : « OK, c’est un signe, on le fait ensemble ». Et voilà comment c’est né.

C’est donc votre tout premier B2B officiel ce soir ?

Oui ! On a déjà mixé ensemble pour le fun lors de nos concerts respectifs, mais là c’est la première fois qu’on le fait officiellement. Nos styles sont très compatibles, donc ça fonctionne naturellement. Et puis c’était le bon moment : on se suit depuis longtemps, et je joue ses morceaux dans presque tous mes sets.

Tu joues souvent en B2B avec d’autres artistes, comment vois-tu ces performances partagées ? Qu’est-ce que tu en retires après coup ?

C’est un bon moyen de sortir de ma routine. J’adore mes sets solo, mais les B2B me forcent à sortir de ma zone de confort. Je découvre de nouveaux sons, je m’adapte en temps réel. Et pour le public, c’est une expérience unique. On crée quelque chose qui ne peut pas exister autrement.

Et pour ce soir, vous avez préparé quelque chose à l’avance ?

Franchement, à part le morceau d’intro, rien du tout ! On va enchaîner chacun deux ou trois morceaux, à l’instinct. On connaît nos sons, nos techniques, on est synchros sur le mix, donc ça va rouler.

Le peuple français attend impatiemment de te voir ! Comment expliques-tu ce décalage avec toute la scène bass music américaine et le public français ?

Je me pose la question aussi ! Aux US, certains styles comme la drum & bass ou le hardstyle sont aussi très underground, alors qu’on les adore en tant que DJ. En Europe, le public est peut-être plus rare, mais tellement plus passionné. Il y a une vraie énergie, un vrai engouement, parce que ce n’est pas quelque chose d’accessible partout. C’est ce qui rend chaque show ici unique.

Tu adaptes tes sets selon les pays ?

Toujours. Il y a des tracks que je joue à chaque fois, mais sinon je module selon le public. Par exemple, hier en Roumanie, je jouais juste après Queens of the Stone Age, donc j’ai calé plein d’édit rock et de drum & bass. Ce soir, à Tomorrowland, ce sera du lourd : full dubstep !

Un petit retour en arrière : “Gud Vibrations” a été un vrai carton. Tu peux nous raconter l’histoire derrière ce titre ?

Ça remonte à mes débuts à LA, quand j’étais en école de musique. C’est là que j’ai rencontré Derek de Slander. On est devenus potes tout de suite, on a bossé ensemble. Moi j’étais plus dans la prod, lui dans le DJing. On s’est complétés. À la fin de l’école, on sort un EP avec ce fameux track Gud Vibrations, qui a explosé. Deux ans plus tard, on décide de créer notre label, et on lui donne le même nom. C’était évident : ça représentait bien l’énergie qu’on voulait partager.

Le label est assez varié musicalement. C’est un choix ?

Oui, on ne se fixe pas de limites. Si on kiffe un morceau, on le signe. C’est aussi simple que ça. On bosse à quelques-uns seulement, donc c’est très fluide. On veut surtout soutenir les artistes qu’on aime et leur laisser une vraie liberté. Pas de pression type « il faut un hook TikTok ». On leur fait confiance pour créer ce qu’ils aiment.

Et pour la suite, c’est quoi le programme ?

Là, c’est focus à 100 % sur l’album Mindfull, qui sort dans deux mois. Je lance une tournée US qui sera annoncée la semaine prochaine, et qui durera jusqu’au printemps prochain. Après ça, je pense me poser un peu, retourner en studio, faire quelques shows ici et là, mais sans grosse tournée. J’essaie d’écouter mon rythme, de prendre du temps pour créer, pas juste enchaîner.

C’est rare, mais super sain comme manière de travailler.

Ouais, j’ai besoin de cet équilibre. J’adore la scène, je continuerai toujours à jouer, mais à mon rythme. Entre deux grosses tournées, je préfère faire des festivals comme Tomorrowland, où je viens, je branche, je joue, sans gérer tout l’aspect production d’un show complet.

Un dernier mot pour ton public français ?

Faut me trouver un bon promoteur (rires) ! À chaque fois que j’ai joué à Paris, c’était dingue. J’y ai fait Lollapalooza et d’autres dates, mais j’aimerais vraiment revenir plus souvent. Il y a quelques villes en Europe où la bass fonctionne bien, et Paris en fait clairement partie. J’adore aussi les petites salles, plus intimes. L’énergie du public est incroyable. J’espère revenir très vite !

On a hâte de te revoir à Paris, à Bruxelles… ou dès ce soir sur scène !

Grave ! Merci beaucoup pour cette interview, c’était top. J’adore quand les questions sont profondes. Trop souvent on me demande juste : « Pourquoi ton nom c’est Nghtmre ? » (rires)


Hi! Can you introduce yourself to those who don’t know you yet?

My name is Tyler Marenyi. I live in Los Angeles, California, and go by Nghtmre. I make bass music, drum & bass, dubstep—all the heavy stuff.

That’s the basic question of the site: What is your definition of electronic music?

For me, electronic music was one of the first things I truly fell in love with. It inspired me to start making music. I think, for a lot of people, music—especially electronic—is an escape. Whether you’re listening in your car or you’re at a show, it provides a sense of solace. It’s an outlet for creativity. For me, it’s everything—my whole life revolves around it.

Your only solo album, DRMVRSE, came out in 2022! Is a second one one of your goals, or do you think electronic music is no longer consumed in album format nowadays?


Yeah, totally. It can be tough to navigate that. I try to focus on what I love and want to do for myself, and if it resonates, that’s great. Right now, I’ve been working on a new album called Mindful—spelled with two L’s. It’s kind of a play on words between being « mindful » (taking care of myself, disconnecting from social media) and « mind full » (being overwhelmed with too much going on)

I’ve released four singles from it, one every six weeks. This time, it’s more personal. There’s no big universe or concept. It’s just about my experience as a human and artist. But I’m still going to do videos and some marketing. There are 13 songs right now, and the album should drop in a couple of months.

That sounds very real and relatable—like a personal message to your fans.
Exactly. It’s from me to the listener. It’s still got a theme, but this time it’s not about building a big world. It’s about authenticity.

You’re playing tonight B2B with Crankdat, with whom you released TYPESHT. What’s the story behind this collaboration? Is this the beginning of a shared musical journey?

We’ve known each other for almost 10 years. He’s remixed some of my tracks, and we always wanted to collaborate. The track we did together actually came from a request to remix something from the Gesaffelstein album. We both picked the same song independently. So we said, “Let’s just do this together,” and it worked out perfectly.

And tonight is your first official B2B?

Yeah, first official one. We’ve DJed together for fun before—at each other’s shows. We have very similar styles, so it’s always smooth. This time, it’s just the perfect moment. The timing is right, and I’ve been playing so many of his tracks recently.

You often play B2B sets with other artists. How do you see these shared performances? What do you take away from them afterwards?

It gives me a chance to do something different. I love solo sets, but B2Bs challenge me creatively. I discover new music, learn on the fly, and it makes me a better DJ. It’s also fun for the fans—they get a unique set. It’s refreshing for everyone.


And for tonight—did you plan anything or are you going freestyle?
No preparation, really. Just one intro song planned. After that, we’re going back and forth every 2–3 tracks. We trust our instincts and know each other’s music styles well.


The French crowd is eagerly waiting to see you! How do you explain this difference compared to the whole American bass music scene and the French audience?
Great question. I wish I knew! In the US, drum & bass or hardstyle aren’t that big either—despite us loving them. And here, bass music is underground, but that makes the shows more intense. Fans go harder because it’s rare. I love bringing dubstep and bass to Europe. It’s special.


Do you adapt your set depending on where you’re playing?
Absolutely. There are always staple Nghtmre songs, but every set is different. Last night, I played B2B with Netsky in Romania, following Queens of the Stone Age! So we threw in rock edits and more drum & bass. But tonight? All-out dubstep bangers. I adjust based on the crowd and stage.

Back to the past—“Good Vibrations” was a huge hit. Can you tell us about the story behind it?
That started when I moved to L.A. to attend music school, where I met Derek from Slander. We helped each other—he taught me DJing, I helped with production. We released an EP together, and “Good Vibrations” just blew up. A couple years later, we decided to start a label. We named it after the song because it represents the vibe we want to share.


The label has a wide variety of releases, not just one subgenre. Is that intentional?
Totally. There’s no strict formula. If I like a track, I send it to Derek. If he likes it too, we sign it. It’s simple. We want to support artists we believe in and give them creative freedom. No one telling them to “make this TikTok hook,” you know? That freedom helps real creativity shine through.

What’s your next project?
Right now, it’s all about the Mindful album and the tour. The album drops in two months, the US tour gets announced next week, and that’ll take me through spring next year. After that, I plan to slow down a bit—write more music, do some shows and festivals, but no big solo tour. Just trying to keep things balanced.

That’s great—to follow your own rhythm.
Yeah, exactly. Even during “downtime,” I’ll still play 3–4 shows a month. But the full-production “Nghtmre shows” are a different beast. During the off-seasons, I can just show up to a festival, plug in, and play—without all the heavy planning.

Final question—what message would you like to share with your French fans?

Man, help me find a promoter! Every time I’ve played in Paris it’s been incredible. I’ve done Lollapalooza and a few other shows, but I always want to come back. Paris is one of the few cities in Europe where bass music really works. I love smaller, more intimate venues too—where you can really feel the crowd’s energy.


Thank you so much! I’ll definitely be there tonight—and hopefully next time in Paris or Brussels.

Absolutely, man. Appreciate the thoughtful questions—it’s refreshing! Thank you.