Interview : Jay Dunham

© Antoine Gutowski

Lors du No Man’s World Festival (report’ à lire ICI), nous avons eu le plaisir de poser quelques questions au talentueux Jay Dunham. De sa définition à la Angry House à ses premiers pas sur le marché de la musique électronique, voici les propos du producteur belge :

Salut Jay Dunham, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Jordan, j’ai 25 ans et je produis de la musique électronique depuis 7 ans maintenant, sous le nom de Jay Dunham. Je suis passé par plein de styles différents comme le Hip-Hop, le Dubstep, jusqu’à arriver à la House. Mais j’ai toujours différents projets musicaux sur le côté.

C’est la question de base de notre site : Quelle est ta définition de la musique électronique ?

Pour moi, la musique électronique est un monde où vraiment tout est possible. On peut venir avec n’importe quelles sonorités et ça peut aussi bien buzzer du jour au lendemain, comme ça peut très bien ne pas fonctionner non plus. Cependant, on continue à en faire et ça touche quand même certaines personnes. Donc, c’est vraiment un univers entièrement infini où tu peux faire ce que tu veux et ça peut très bien plaire, comme ça peut ne pas plaire.

Tu a dévoilé un EP en collaboration avec le duo Hooders, sur Confession. Peux-tu nous en dire plus ?

L’EP est dispo depuis le 4 octobre et je vais vous raconter l’histoire derrière cette collaboration. De base, les Hooders sont de très bons amis. Ils m’ont envoyé une track pour qu’on collab’ dessus. On termine le morceau et on essaye de le sortir en single. Sauf que sur le côté, j’étais un peu inspiré par la vague techno, tech-house etc. Donc ,j’ai fait un son purement tech-house pour le fun et ça ressemblait beaucoup à un son des Hooders. Il y avait la patte reconnaissable du duo comme la trompette au début et la bassline assez sympa. Je leur ai envoyé la track en leur demandant de travailler dessus. On a donc eu deux morceaux qu’on a envoyé à Tchami qui a surkiffé.

Tu définis ton style de musique sous le nom de Angry House, appellation très peu répandue. Pour ceux qui ne connaissent pas ce style, pourrais-tu l’expliquer brièvement ? 

De base, la Angry House, ce sont des sonorités très agressives. Angry, signifie fâché, en colère en anglais. Cela renvoie donc a des sonorités très agressives, très violentes. Je pense que la Angry House va petit à petit devenir un genre que tout le monde peut s’approprier. Moi, je dis ça comme ça, pour le fun. Je n’ai pas la prétention de créer de nouveau style mais c’est juste pour ne pas me catégoriser dans un style qui existe déjà, parce que j’aime bien faire des trucs complètement uniques. Et même si malgré tout, de temps en temps je peux faire un son qui reprend certains codes, j’essaie de faire en sorte qu’il possède ce côté unique. Pour revenir à la question, les ingrédients de base de la Angry House sont agressifs pour des sons uniques au final.

En France et en Belgique, la Bass House est de plus en plus mise à l’honneur. En tant qu’artistes, que penses-tu de cet essor ? Selon toi, qu’est-ce qui joue en faveur de ce style actuellement ?

J’aimais bien l’époque où la Future House commençait à se transformer en Bass House. Mais désormais, ça tourne beaucoup trop en rond, tous les sons se ressemblent, plus personne n’essaie d’innover. Il y en a quelques uns qui le font bien évidemment et ce sont les seuls que j’écoute encore. Des mecs comme Relique, Ibranovski, Joyryde… Il y en a pleins que j’écoute et que je kiffe. Ils innovent vraiment car la Bass House c’est bien, mais c’est mieux quand c’est unique. Encore une fois, ça rejoint à la dernière question. Je n’aime pas trop me catégoriser comme un artiste Bass House même si mes sons sonnent un peu Bass. Et ce qui pousse le mouvement, ce sont les gros artistes tels que Tony Romera, Tchami, Malaa

« Critique », sorti sur SANS MERCI a été un véritable boost pour ta carrière. Quelle est l’histoire de ce morceau aux sonorités si particulières ?

Alors, c’est assez drôle car « Critique », je ne l’aimais pas. Je l’ai produite en même temps que « The People » et j’avais beaucoup plus d’espoir en ce morceau. J’ai tout de même envoyé « Critique » à Sans Merci, le label de Tony Romera. Ce-dernier m’a envoyé un premier mail en me disant qu’il n’allait pas prendre le titre. Puis il m’a renvoyé un mail en expliquant qu’il avait écouté la track avec le volume à fond et que finalement, il le prenait. De base, j’avais beaucoup plus foi en « The People ». J’avais l’impression que j’avais été plus inspiré quand je l’ai produit. Alors que « Critique », c’était vraiment machinal. J’étais un peu en mode blasé devant mon PC, sans vraiment prêter attention à ce que je faisais. Alors que « The People », c’était vraiment un truc où j’étais à fond. Je l’ai produit en quatre heures et j’étais vraiment hyper fier de moi. Pour « Critique », ça a vraiment pris quelques jours car je revenais sur le projet a chaque fois, sans spécialement être inspiré, mais je bossais quand même dessus. Et voilà, c’est devenu ce que c’est devenu. Le morceau a mis 6 mois à sortir. Tony Romera l’a beaucoup joué et l’a envoyé aussi à Habstrakt, Malaa etc, et tout le monde a a aimé. Ça fait super plaisir !

Tu dévoiles de temps à autres des remixes avec ton ami JDVL sous le nom JAYDVL. Pourrais-tu nous en dire plus à propos de ce projet commun ?

Oui, c’est d’abord une amitié et parce qu’on a aussi le même manageur Nicolas Lauridon. De base, on s’entend super bien et on a fait la collab’ « Roll The Dice » qui a super bien marché aussi, qui a été jouée à Tomorrowland, l’Ultra etc. Le but était simplement de faire un projet à côté, sans prise de tête. On a fait des remixes non-officiels, non distribués par les maisons de disque. C’est à dire qu’ils ne sont pas autorisés à être sortis sur les plateformes de streaming comme Spotify etc. Donc, on publie ça sur Soundcloud et parfois sur YouTube. De notre côté, on fait ça sans prise de tête, on fait des petites bassline sympas etc. Ce n’est pas notre projet fourre-tout mais c’est un projet avec lequel on peut s’amuser.

Remixer d’autres artistes est devenu essentiel pour percer dans le milieu, ou c’est purement et simplement un plaisir de producteur ?

J’ai envie de donner un conseil que tous les artistes donnent : les remixes, c’est parfait pour commencer car ça permet de surfer un peu sur le succès du track original. Pour les remixes non officiels, je le fais parce que ça m’amuse et qu’il y a des trucs que j’aime. Pour les officiels, c’est quand on me demande et souvent, ce sont des morceaux que j’aime. Quand Autodidakt, qui est un artiste que je kiffe, est venu me demander de remixer un de ses morceaux, c’était comme une évidence pour moi dans ce que je devais faire. Ensuite, il y a eu « One Drink » de Peacemaker qui a été aussi un véritable défi. C’est mon pote DLMT qui m’a informé qu’il y avait moyen de remixer le titre. J’ai reçu les stems sur projet mais il ne me restait plus que 3 jours pour sortir un morceau fini… Ce qui est très court comme délai. A ce moment-là, c’est un one shot pour moi : ça passe ou ça casse. Soit je fais un truc stylé ou non, et je n’aurai pas le temps d’avoir le recul suffisant pour juger ce que j’ai fait. Et au final, c’est la track de l’EP qui a le mieux marché sur le pays.

Posséder tes propres remixes et edits, c’est essentiel pour assurer des lives de qualité ?

Pour moi, ils ont autant de place que les originaux. Il faut produire un bon show et donc la partie production et la partie DJ doivent s’associer. Même si ce sont deux métiers complètement différents. Les producteurs ont commencé à se produire sur scène avec des platines, ils ont été forcés en quelque sorte à devenir DJ. En tout cas c’est mon histoire. Il y a quatre ans, on m’a invité à mixer au Rising Moon Festival. Je n’avais jamais touché à des platines, j’étais juste un producteur. J’ai donc été un peu forcé d’apprendre à mixer, à créer un show avec mes productions originales mais également de préparer des remixes, des édits etc. Pour moi, être DJ, c’est mieux quand tu peux jouer tes propres morceaux. Si tu veux juste être DJ, c’est à dire d’animer des soirées etc, c’est un premier métier. Mais si tu es producteur et que tu veux te produire sur scène, c’est essentiel d’avoir des tracks à soi. Un DJ qui est ghostprod et qui se présente comme producteur, je n’ai aucun respect pour lui. Ce n’est pas de la prétention de ma part mais tu ne peux pas te présenter comme producteur si tu n’as pas de son à toi.

Quels sont tes projets à venir ?

J’ai des projets assez cool à venir. J’ai une collaboration avec Loud About Us, deux Polonais qui marchent bien, ils ont signé chez Hexagon, mais je ne peux pas dévoiler la date de sortie. J’ai également une track dont je suis très fier qui est un peu inspirée de « Fever » de Don Diablo. Elle sortira le 17 novembre sur The Boat House. Ensuite, je pars à l’étranger, je vais au Japon pour quelques dates. Après, je pars à Los Angeles avec pleins de potes producteurs, ça va être cool (rires) !

Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier message à faire passer ?

Alors, pour les Français, sachez que je m’en fou du football donc, pas la peine de me faire des blagues sur les deux étoiles (rires) ! Ensuite, j’adore venir jouer en France, je vais souvent à Lille voir mon pote JDVL et j’espère avoir beaucoup de dates chez vous. N’hésitez pas à me suivre sur les réseaux sociaux et merci beaucoup pour le soutien.

Réalisation : Remicrd / Préparation : Remicrd & Valso / Retranscription : Remicrd

Une réflexion sur “Interview : Jay Dunham

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s