Interview : Damien RK

© KR3D

Nous avons profité de l’Electrobeach Music Festival 2019 pour poser quelques questions au talentueux Damien RK ! Porte-parole du hardstyle en France, le Clermontois nous partage son point de vue sur différents sujets. De la culture hardstyle en France à sa relation avec sa communauté, en passant par ses objectifs de carrière… Découvrez ses propos ci-dessous :

Salut Damien, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Damien, Damien RK comme nom d’artiste. Je suis un dj hardstyle français. Je tourne un petit peu partout en France depuis 5 ans. 5 ans que j’essaye de représenter ce style. Je suis un gros festivalier, fan des Pays-Bas donc forcément j’essaye d’amener ça en France, et ça marche plutôt pas mal. Ça tourne bien tous les week-ends, et là on se retrouve à l’Electrobeach, c’est un truc de fou ! J’ai 30 ans et plus hors taxes (rires), 36 ans, marié et 2 enfants, la routine du mariage, avec une fille de 16 ans et une de 12. Si j’explique ma carrière il y en a pour 8 heures, j’espère que tu as le temps (rires) !

C’est la question de base de notre site. Quelle est ta définition de la musique électronique ?

Ma définition de la musique électronique, c’est juste l’énergie que ça peut dégager. Dans la musique, tout ce qui est émotion, c’est ce que je recherche le plus, la puissance et l’émotion… Je ne sais pas vraiment comment définir le mot musique électronique réellement mais on va dire énergie, c’est juste de l’énergie.

Aujourd’hui, on te retrouve sur scène à l’Electrobeach aux côtés de grands noms de la scène hard. C’est une consécration ?

Pour être honnête avec toi, quand j’ai commencé à tourner… Je ne pensais vraiment pas qu’un jour ça serait accessible, je suis venu il y a 2 ans en tant que festivalier, un dimanche car je bossais la veille, j’avais une date. Et pour moi tout ça, ce que je viens de faire c’était inaccessible, donc consécration ouais ! Je pense que là, il va y avoir une étape. Enfin moi déjà dans ma tête, il y a un avant et il y aura surement un après.

Du coup, comment vois-tu l’évolution du monde hard en France ? Ça va enfin dans le bon sens on dirait, non ?

Ça va dans le bon sens à partir du moment où les gens osent prendre le risque de créer autre chose et c’est ce que moi j’essaye de faire avec tous les patrons de clubs, les organisateurs qui m’appellent et qui me demandent si ça va marcher si on le fait. Et je leur réponds “Pourquoi ne pas essayer ? Qu’est-ce que vous risquez ? Ça permet de vous, vous démarquer des autres, des concurrents etc ». En 2019, je pense que le hardstyle est vraiment implanté en France, clairement. Je fais peut-être partie de ça et j’en suis très content. Mais ouais je pense que le hardstyle a un bel avenir du moment où on garde nos codes. Je sais qu’il y en a beaucoup, et je ne veux pas me fâcher avec qui que ce soit, qui veulent qu’il devienne mainstream. Je suis un peu contre parce que je pense que le mainstream ouvre les portes à trop de choses, tout ce qui est arrivant etc et que après ça risquerai de séparer, mélanger, d’éclater. Mais le hardstyle, je pense qu’en France il y a un bel avenir si on se tient à garder les codes… On voit par exemple aux Pays-Bas : c’est une culture, vraiment un mode de vie et faut vraiment garder cette voie-là pour pas que ça éclate dans tous les sens et que ça passe à faire n’importe quoi.

Aux Pays-Bas, les artistes se soutiennent beaucoup, est-ce que tu penses qu’en France il y a un manque de complicité ou de soutien pour que le hardstyle puisse monter ?

En fait clairement, je ne pense vraiment pas qu’on ait une espèce de « guéguerre » entre DJs. En France on est soudé, je suis beaucoup tous ceux qui sont de Paris, les producteurs. On a un groupe, on s’entend hyper bien, on parle de collaborations, de projets. Alors moi, je suis très pris donc c’est très compliqué mais on peut être soudé. Sauf qu’aux Pays-Bas, c’est un truc de fou car ils produisent, produisent, produisent, pendant la saison des festivals ils produisent, beaucoup de collaborations, de surprises. La France peut le faire mais il n’y a pas beaucoup de producteurs hardstyle français clairement. Il y en a, même qui tournent mondialement et qui s’en sortent mais c’est vrai que c’est vraiment une poignée de main, alors qu’aux Pays-Bas c’est leur culture. Donc forcément ils se connaissent tous, ils ont tous limite grandi ensemble, la plupart qui sont en collaboration ils ont presque tous le même âge et ils s’entendent vraiment bien. Et en France on s’entend tous bien mais on ne se voit pas assez, parce que justement il n’y a pas encore assez de scènes où on peut tous se retrouver, et c’est là que l’Electrobeach fait un peu la différence car il y a du français, l’an dernier il y a des français qui ont vraiment fait la différence… Je pense que c’est un peu partout pareil, il faut qu’on prenne le temps de se dire « On le fait ? » et personne refusera… C’est ça le hardstyle, on est une grande famille et on se respecte tous.

Tu as beaucoup de dates en France, et félicitations pour ça ! L’international c’est pour bientôt ? Un festival en particulier comme “booking de rêve” ?

J’ai déjà fait la Croatie l’année dernière, là je ne l’ai pas fait parce que les organisateurs ont pris une pause. Je sais qu’avec les organisateurs, ça s’est super bien passé, c’était vraiment bien. Moi ce que je rêverai ? Continuer à faire ce métier et en vivre le plus longtemps possible. On rêve tous de faire Defqon.1, l’Intents Festival et tout ces trucs là… Mais en fait, je préfère ne pas y penser. Si on se fixe un gros objectif comme ça, je pense qu’on peut être déçu, donc je préfère attendre, voir, travailler dur. Ça fait 18 ans, bientôt 19, que je vis de ce métier et je veux que ça continue… Je n’avais pas comme objectif de faire l’EMF et je l’ai fait, faut rester soi-même et on verra bien ! Ça c’est ma devise.

Tu joues notamment sur les mêmes scènes que des artistes comme Caine, Phuture Noize ou encore Frequencerz. Ce sont des sources d’inspiration pour toi ?

Je me suis inspiré quand j’ai commencé, et maintenant j’évite de trop regarder ce que font les autres pour ne pas justement copier. J’ai eu une période en 2018 ou je me suis trop inspiré et j’étais plus moi-même dans la manière dont j’implantais le hardstyle. Je le rendais accessible dans des endroits où il n’y en a jamais eu, et je m’étais trop fixé sur des sets trop préparés. Dans ma tête, ça me plaisait plus, j’ai même failli arrêter. Je me disais « Ouais, c’est pas la peine », jusqu’au moment où j’ai fait l’E-WAX Festival, le samedi j’ai eu un déclic et je me suis dit : « Non, il faut que j’arrête de regarder les autres et que je fasse à ma manière, comme avant ». Donc m’inspirer, musicalement bien-sûr, on regarde ce qui se joue forcément. Scéniquement je regarde plus, même les aftermovies je regarde plus, car j’ai toujours peur de me perdre en fait. Comme là on me dit « Pourquoi tu ne fais pas un festival hardcore » ? Parce que j’ai peur d’être influencé, de vouloir jouer que du hardcore. Donc en fait, j’essaye de vraiment jauger et je ne regarde pas vraiment ce que font les autres.

Ça ne serait plus du Damien RK du coup ?

Ouais, et puis les gens me connaissaient déjà quand j’étais résident, et il y en avait beaucoup qui étaient là aujourd’hui, je suis super content c’est un truc de fou, même le meet-up c’était incroyable. Ces gens-là, j’ai pas envie de les décevoir, ils m’ont connu avant, même avant que je joue hardstyle. Donc je les ai amenés dans le hardstyle, aujourd’hui ils font l’EMF, Defqon 1 donc je suis super content. Et si je joue trop et que je m’inspire trop, peut-être que je vais les décevoir, les trahir. M’inspirer oui, mais copier c’est chaud donc j’évite de regarder.

Tu es excellent DJ, mais tu as la particularité de ne pas produire de musique. Penses-tu qu’il te faut passer un peu de temps en studio pour franchir un échelon sur la scène internationale ? Ou le djing pourrait suffir ?

La production est primordiale du moment où elle est construite scéniquement. Je veux pas trop en parler car j’ai dis que j’en parlerais jamais mais j’ai plein de projets de production. J’ai même une collaboration qui va sortir, peut-être sous un autre nom on sait pas, je préfère pas en parler. Le nom Damien RK, je veux vraiment qu’il reste le côté « dj humain », humain avec les gens. Et mes autres projets auront un autre nom, que je ne citerai jamais peut-être, parce que en fait, aujourd’hui, tous mes suiveurs vont me dire qu’il est génial parce qu’ils me suivent, parce qu’on est hyper proche. Même si c’est naze, ils vont me dire que c’est bien par respect pour moi, donc je préfère voir sur un autre nom. Ce n’est pas mon objectif principal la production, clairement… Je passe du temps, je fais des collaborations, j’essaye deux trois trucs mais sous un autre nom… Peut-être (rires). J’en ai déjà trop dit la !

On va reprendre le titre de ton dernier vlog sur YouTube… Qu’as-tu à répondre aux gens qui ont toujours pensé que “Ça ne marchera jamais” ?

Bah en fait, ça tombe bien qu’on soit après la consécration EMF. Quand j’ai voulu commencer à tourner, que je suis parti de ma résidence etc, quand on m’a demandé ce que je vais faire après, j’ai répondu « Je veux faire du hardstyle, je veux jouer ce que j’aime vraiment, ce qui me porte à cœur » et on m’a dit « Non mais arrête avec ta musique, tu vas te ramasser, limite c’est pas tout ce que tu mérites mais c’est un peu ça ». J’ai gardé le #CaMarcheraJamais parce que j’ai encore, même aujourd’hui, des directeurs artistiques qui m’appellent, dont un club qui n’est pas très loin d’ici, qui voulait me booker. Donc avec le directeur artistique, on s’adore, on s’entend super bien, on se connait depuis super longtemps et son patron a dit « Non, ici ça ne marchera jamais ». Donc en fait il y a encore cette mentalité-là, de dire. Alors je suis ça pour rigoler, je ne le prends pas au sérieux car un jour ou l’autre il y aura beaucoup de patrons qui diront « Bon, on va être obligé d’y venir ». Donc c’est souvent moi qui ait cette mission-là, de faire la première fois.

Du coup, c’est une revanche pour toi ?

Au début, je partais un peu dans tous les sens, je me disais « Je vais me venger, je vais y arriver » maintenant c’est « Je vais me faire plaisir et je vais leur montrer ». C’est pas vraiment une revanche, c’est montrer que dans notre monde, on est comme ça : les aprioris faut arrêter, la drogue l’alcool… Les aprioris, c’est un truc de fou. Il y a pas longtemps j’ai eu un patron, pour te donner une anecdote, qui a annulé une date en disant « Chez moi, je ne veux pas de punk à chiens » et « Le public hardstyle n’a pas d’argent ». Alors, explique moi pourquoi ils sont capables de dépenser 800€ pour aller aux Pays-Bas sur un week-end complet avec les boissons, les merchandising ? Et à la fin ils me disent « On re-signe, c’était ouf ! ». Ce n’est pas vraiment une revanche, c’est plus une satisfaction personnelle, tu vois ?

Tu es très actif sur Facebook, et n’hésite pas à passer quelques coups de gueule de temps en temps. La sincérité et la proximité avec sa communauté, c’est essentiel pour toi ?

La base de tout. J’ai toujours dit : le public avant tout. Je vois sur les réseaux beaucoup de confrères ou de djs qui sont assez négatifs, qui clashent un peu les autres. Moi je déteste ça, je trouve ça horrible parce qu’indirectement, sur les réseaux, on a pas que les djs mais aussi un public. J’ai la chance d’avoir du suivi par des gens hypers proches. Tout à l’heure j’avais des gens, ils étaient sur les épaules, ils me voyaient jouer et ils pleuraient par fierté de me voir ici. Franchement je n’étais pas bien tout à l’heure. Je me suis retourné, j’ai regardé Audrey (ndlr : sa tour manager) en lui disant : « Ils me mettent mal ». Juste à en parler j’en ai des frissons. J’ai cette chance là et je veux conserver ça. J’ai toujours dit aux gens que je n’aurais jamais de langue de bois, je dirais vraiment ce que je pense sur le moment, peu importe si des gens vont mal l’interpréter, je suis moi-même avec les gens. Je suis franc et droit. Et puis, quand je suis en festival, je ne reste pas en backstage. Je vais avec eux, sur les dates j’arrive toujours tôt, on prend le temps et c’est normal.

N’as-tu pas peur de trop lier ta vie privée avec ta carrière artistique sur les réseaux ?

Ça m’est déjà arrivé. Quand j’étais résident, j’étais un peu inconscient, je ne pensais pas que ça marcherait autant. J’ai beaucoup misé pour des gens, je faisais des attractions flash-mob, on faisait des chorégraphies, à l’époque on avait 4000 personnes. Je n’étais pas prêt. Et puis au fur et à mesure, tu tisses des liens avec des gens. Au début tu n’as pas grand monde et ensuite tu commences à avoir du monde autour de toi et c’est dur à gérer. Ils l’ont très mal pris, j’ai entendu des « Il a pris le melon » etc. Ça a commencé à jouer sur ma vie privée parce que limite à l’époque je ne pouvais pas aller au McDonald’s avec mes enfants. Et les gens commencent à devenir un peu méchants, ça n’a jamais eu de gravité énorme mais ça peut faire mal quand on fait quelque chose avec le cœur. Bah non, je n’ai pas le melon, je suis la devant toi, je te parle, j’aurai le melon, même pas je te parlerai tu vois. C’était compliqué, mais je n’ai rien à cacher, je fais quand même attention à protéger mon épouse et mes enfants. Maintenant, les gens que j’ai autour de moi sont tellement gentils, que quand ils voient mes enfants ils en prennent soin, parfois on me fait des cadeaux pour mes enfants. Faut se protéger mais il ne faut pas non plus se cacher, je suis comme ça : entier et soi-même, il faut rester soi-même.

Quels sont tes projets à venir ?

Déjà je suis formateur à l’UCPA. J’ai arrêté pendant un petit moment parce qu’il me manquait l’accréditation. Je n’ai pas fait de grandes études donc normalement je reprends à la rentrée. L’UCPA se passe super bien, je suis à Poitiers. Peut-être à la rentrée je rentrerai un peu à Lyon en tant qu’intervenant, déjà c’est un gros objectif pour moi parce que donner ce qu’on sait à des jeunes et même moins jeunes, transmettre mon savoir, je trouve ça génial. C’était compliqué au début, rendre pédagogique ce qu’on fait, mais en fait c’est génial. L’objectif c’est continuer à faire ce métier le plus longtemps possible et d’en vivre comme j’en vis bien aujourd’hui grâce à tous ceux qui me suivent et on verra… « Carpe diem », c’est has been de dire ça, mais “Carpe diem” !

Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier message à faire passer ?

Arrêtez d’écouter de la musique qui vous insulte… « Open your mind ». Faut que les gens ouvrent leurs esprits. Il ne faut pas dire que « Ça c’est de la merde» même si moi je dis des fois qu’il y a des choses qui sont de la merde, mais parce que ça l’est vraiment (rires) ? Je pense que l’ouverture d’esprit c’est super important et la jeunesse d’aujourd’hui est hyper compliquée à s’amuser. Je parle pas d’une généralité, mais des fois ça peut nous bloquer en tant que dj. Dans les clubs, où on voit parfois des gens quand on joue euphoric, les mecs veulent que du raw ou de l’extra-raw avec les pouces en bas… Je trouve ça un peu naze, j’essaye de faire changer… Faites la fête bordel, on a qu’une vie, et la vie passe vite… Comme vous dites, “Déplaçons les frontières de la musique électronique” !

Pour finir, on vous propose de regarder le vlog de Damien RK durant ces 3 jours à l’Electrobeach ICI ! Il évoque d’ailleurs cette interview, merci à lui !

Réalisation : Valso / Préparation : Valso & Lutel / Retranscription : Lutel

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