Interview : Cut Killer

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Lors de son passage aux 25 ans du Garorock, nous avons l’honneur de rencontrer une légende du mouvement hip-hop en France : Cut Killer. Du mouvement hip-hop à sa passion pour le cinéma, en passant par sa relation avec DJ Snake… Retrouvez l’intégralité de ses propos ci-dessous :

Salut, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

J’ai envie de dire “Allez sur Internet”, car aujourd’hui quand tu tapes “Cut Killer”, tu trouves tout ! Mais finalement, je suis un DJ qui exerce depuis 1989, issu de la base hip-hop. En 2022, je peux te dire que je perdure et que je lâche rien car c’est ma passion, ça me fait trop plaisir c’est génial.

C’est la question de base du site : quelle est ta définition de la musique électronique ?

La musique électronique, je la connais depuis la House de Chicago. J’ai une bonne vision de la musique électronique, mais maintenant, beaucoup ont commencé à la voir comme à l’époque de Kraftwerk où c’était lunaire. C’était une époque où la boîte à rythmes et les claviers étaient finalement issus d’une génération très synthétiques. Du coup, ma définition est une musique à part qui crée un univers dans une direction inconnue au départ. Mais ça crée une dynamique. C’est devenu beaucoup plus ouvert avec les vocaux. Puis la French Touch est arrivée et a révolutionné l’Histoire. On est parti dans une vibe, puis c’est resté dans une niche, et finalement l’EDM est arrivé, Guetta a fait un hit, et tout le monde a voulu avoir de l’électro dans leurs sons pops (rires). Bref, la définition est large car ça monte et ça descend, c’est une dinguerie.

Tu fais partie de ceux qui ont le plus influencé le mouvement hip-hop en France. Quel est ton œil sur le mouvement d’aujourd’hui par rapport à son évolution ?

On n’est pas sur une suite. Aujourd’hui, on est sur un mouvement rap alors qu’à l’époque, on était sur un mouvement hip-hop qui regroupait plusieurs entités comme la danse, le DJing et le beatbox. On est donc sur autre chose. On ne peut donc pas dire qu’on est sur une évolution, surtout que c’est le rap qui a pris le pas dans l’industrie musicale. On défendait des valeurs, on défendait autre chose. Attention, les jeunes d’aujourd’hui défendent aussi en fonction de leur perception de l’actualité. À une époque, nous, on ne voulait pas être mainstream, mais paradoxalement on voulait être connu. Finalement, le rap est devenu de la variété française. Ce mouvement de révolution est devenu un moment d’entertainment qui fait qu’aujourd’hui, c’est une musique à part entière, populaire ou non, car elle représente une direction. Mais il n’y a pas de comparaison.

Pour toi, le DJ doit-il éduquer son public ou doit-il jouer ce que son public attend de lui ?

Il y a différentes sortes de DJs. Il y a des DJs artistes, des DJs résidents dans des clubs, d’autres qui ont une certaine direction artistique… Donc tout dépend. Si tu veux être DJ pour tout le monde, tu pars dans le généraliste. Si tu veux défendre un style musical, comme quelqu’un dans l’Afrobeats ou la Minimal par exemple, tu vas échanger avec des personnes qui sont dans la même mouvance que toi. Si tu te donnes une direction, tu dois t’y tenir. Du moins, c’est comme cela que je le vois !

On te sait très proche de DJ Snake. Tu as participé tout récemment à l’after de son show au Parc des Princes et de manière plus éloignée à son concert à La Défense Aréna. Comment décrirais-tu ta relation avec lui ? Tu te considères plutôt comme un pote, un grand frère, un mentor ?

C’est parfait car je sors un bouquin le 6 octobre, où il fait la préface (rires) ! DJ Snake, c’est un petit qui a 16 ans. On m’en parle en me disant qu’il a faim et qu’il veut devenir DJ. On avait une émission qui s’appelait “BumRush” à l’époque sur Skyrock, et il était là tous les mardis soirs. Je lui ai dit “Wow, mais t’as pas école demain ?”. Et finalement, 16, 17, 18 ans… Il était là tout le temps. Au fur et à mesure, j’entends parler de lui, il commence à bosser. Un jour, en le croisant, je lui propose de mixer dans l’émission parce qu’il a trop faim. On le pousse, car pour moi c’est un futur Cut Killer. Je me suis toujours dit que quelqu’un allait me pousser pour que j’arrête ce métier (rires). On est à cette époque 2004-2006 où c’est assez compliqué, il n’y aura pas de second Cut Killer car les DJs font un 2.0. Sans raconter toute l’histoire, il passe en “Bird Machine” ou “Slow Down”. Quand il a fait “Turn Down For What”, il a fait une dinguerie. Je l’avais dit à tout le monde, qu’il allait en faire une ! On a cette relation depuis cette époque-là. C’est mon “petit” qui est devenu mon “grand”. Et inversement, c’était cyclique en fait. La motivation que je lui ai donnée avant, il me l’a donnée aujourd’hui. Je suis tellement content et fier ! On discutait avec David Guetta en backstage du Parc des Princes. Il me dit “Gros, encore aujourd’hui, je comprends pas mais… C’est le seul DJ dans le mouvement électronique qui est arrivé de nulle part, qui n’est pas dans un système et qui est arrivé à ce niveau-là”. C’est abusé ! Il est à part, il est dans un univers. Comme il est aujourd’hui, il était identique quand il venait à l’émission, sans les lunettes. Même attitude, ça a donné DJ Snake.

Tu l’as d’ailleurs beaucoup aidé au début de sa carrière en le calant dans ton émission sur Skyrock, en le présentant à de grands noms comme P. Diddy… Le partage et l’entraide sont-elles des valeurs primordiales dans l’industrie de la musique ?

On tend toujours la main à des gens, on était là, c’est tout. Ce n’est pas grâce à moi, c’est lui qui s’est motivé ! Pour moi, ces valeurs sont primordiales, oui. Pour les autres, non ! Parce que personne ne t’aide. Personnellement, dès que ça vaut le coup, tu y vas. Je suis là pour faire découvrir de la musique, comme à l’époque sans internet. Si on peut donner un coup de main, c’est avec plaisir, ça ne nous coûte rien ! On ne s’est jamais posé la question d’avoir quelque chose en retour. Je n’ai pas été éduqué comme ça. Si je vois qu’il y a une motivation et que je peux donner un coup de main, je le fais.

En 1987, tu décides de te lancer mais il y a un premier frein : le budget du matériel. Aujourd’hui, avec l’omniprésence des outils sur Internet, est-il plus facile de se lancer ? Ou la grosse concurrence complique la chose ?

C’est pareil qu’à l’époque. La seule différence, c’est que c’est gratuit (rires). C’est à dire que tu peux avoir des logiciels crackés, il faut avoir un bon ordi mais bon peu importe. Il te faut juste assez de jugeote pour te donner une direction. C’est plus facile car le monde entier peut t’écouter. Mais c’est plus difficile car tout le monde fait la même chose donc forcément il faut sortir du lot. Mais on n’a rien sans rien ! Quand on bosse et qu’on ne lâche rien, il faut comprendre une seule chose : ça reste une passion. Si on le fait, c’est parce qu’on n’a pas le choix. Donc, on y va à fond sans se poser de question ! On ne se demande pas si on va être le meilleur, non… Tu VAS être le meilleur ! Tu fonces tout droit, si ça arrive, ça arrive. C’est comme ça que tu avances. Ça sera toujours dur, même si tu atteins tes objectifs. On parlait de Snake juste avant… Arrivé à ce niveau, c’est encore plus compliqué pour lui que quand il a commencé, car il y a des challenges et des attentes plus élevées. La pression est constante. Donc si tu n’arrives pas à la gérer au début, tu ne pourras pas la gérer après.

Pour la sortie du film « Suprême », tu as réalisé la bande son du film. Quel est le processus créatif quand on produit pour le cinéma ?

Je suis fan de cinéma, j’ai été très inspiré par de nombreuses choses. Ce n’est pas ma première B.O., c’est mon 9ème film je crois. J’adore le cinéma, les séries, tout ce qui regroupe les musiques de film. Je suis imprégné dedans. Si je n’avais pas été DJ, je pense que j’aurais travaillé dans l’industrie du cinéma. C’est ce que je fais aujourd’hui via la musique ! C’est ma passion, je trouve ça extraordinaire d’être un compositeur comme John Williams, Hans Zimmer ou autres… Et de reconnaître un film dès la première note ! Ça m’a toujours interpellé. Ça n’a rien à voir avec un festival ou une soirée, tu es tout seul. Ton public dans ce cas, c’est l’image. Tu dois faire en sorte de faire un 2.0 avec la musique, mais pas trop. C’est tout un processus qui est vraiment très intéressant.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Le 6 octobre, je sors mon bouquin. Aujourd’hui, c’est mon premier festival donc je suis très content d’être présent pour les 25 ans du Garorock. Ce n’est pas un DJ set mais un show calibré pour les festivals. C’est compliqué car quand tu es dans un mouvement électro, il faut avoir des hits. Mais en même temps, il faut trouver un public. Mon challenge, c’est de raconter l’histoire du hip-hop de 1986 à 2022. La musique électronique est bien évidemment dans la dynamique présente parce que ce mouvement m’a toujours accompagné avec Laurent Garnier, Carl Cox et autres. On était imprégné par ça ! Du coup la problématique est : “Comment créer l’histoire du hip-hop dans un festival, avec une dynamique de festival ?”.

Merci d’avoir répondu à nos questions ! As-tu un dernier message à faire passer ?

Dans toute votre vie, tous les métiers que vous faites… Ne lâchez rien ! Ayez des objectifs. Car quand on est dans une direction, c’est compliqué mais il faut y aller. Donc on ne lâche rien, et on va tout droit !

Réalisation : Valso / Préparation : Valso & Mike / Retranscription : Valso

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