Interview : Jay Psar

© Alexis Vassivière

Il a joué dans le monde entier en poussant les tracks d’autres artistes, il a rencontré et boosté des artistes devenus célèbres dans le monde entier (Stromae, DJ Snake…), il a été certifié par un Grammy Award pour avoir travaillé sur l’album de Skrillex et de Diplo. Et en 2022, il sera certainement l’artiste à suivre de près tant par ses projets musicaux que par sa vision artistique ! Jay Psar a répondu à nos questions balayant le passé, le présent et le futur !

Salut ! Peux-tu te présenter pour les personnes qui ne te connaissent pas ?

Salut ! Jay Psar, DJ et producteur de Bruxelles. Je suis fasciné par le talent et les personnes qui croient en leurs rêves, qui n’ont pas peur d’oser. De plus, je suis au milieu de l’Europe et je trouve cela plutôt cool car on s’imprègne de beaucoup de choses différentes venant de nos grands voisins. Je ne sais pas si nous sommes les « batards » de l’Europe (rires) ! Mais ici, on peut vivre et créer !

C’est la question de base du site… Quelle est ta définition de la musique électronique ?

Ma définition de la musique électronique est très personnelle car j’ai grandi dans le Hip-Hop. À 13 ans, je faisais des graffiti, je « breakais » à l’école, j’avais un groupe de rap et j’étais dj. J’étais vraiment dans cette culture. Peu après, j’ai commencé à aller à Ibiza afin d’aller écouter des mecs comme Roger Sanchez ou Armand Van Helden et j’ai essayé de jouer cette musique dans les soirées Sound System/Reggae à Bruxelles.

Mon rapport à la musique électronique s’est fait en deux phases. D’abord par mon éducation durant laquelle j’ai été aussi bercé par l’Eurodance et des titres comme « Show Me Love » ou « Pump Up The Jam ». Ensuite, par ma carrière de dj. En voyageant et en jouant à travers le monde, j’ai compris qu’on pouvait mélanger les genres. Et c’est là que la musique électronique à commencer à me plaire.

Je dis « musique électronique », mais je vois cela plutôt comme de l’électricité » dans ma musique. Pour moi, c’est la sauce qui me permet de tout lier. Quand tu écoutes mes morceaux, il y a du reggae, du chant, de l’acoustique, de la Trap etc… Mais le dénominateur commun, c’est la musique électronique. Le choix de mes snares, mes distorsions, la manière dont je mixe mes morceaux etc… C’est clairement le fil conducteur dans ma musique. Je n’appartiens pas à une catégorie bien précise car je reste un gars du Hip-Hop qui produit de la musique électronique. Je ne serai jamais « roi » dans les deux parce que je mélange les deux mondes !

La musique électronique est donc ce qui te permet de TOUT lier, toutes tes influences ?

C’est ce que j’utilise pour tout lier. D’autres utilisent autre chose, mais moi, c’est ce qui me permet de mélanger du Reggae avec du Dubstep, sans choquer quiconque par ce mélange des cultures et des genres musicaux.

Pendant de nombreuses années, tu as été un DJ reconnu pour sa technique. Tu as parcouru le monde en jouant la musique des autres. Aujourd’hui, est-ce qu’un tel parcours est encore possible ? Ou doit-on obligatoirement produire pour percer dans le milieu ?

Déjà, tout dépend de ce que tu appelles « percer ». Pour moi, le fait de « percer », c’est basé sur tes objectifs. Tu peux être un Dj en club et éduquer ton public, tu peux être un Dj en radio et savoir parler aussi, tout dépend de ce que tu veux atteindre comme objectif.

Pour moi, le plus important, c’est d’affirmer ta créativité dans le domaine que tu souhaites. Et à partir de là, c’est possible à partir du moment où tes objectifs sont bien définis. Pourquoi on est là ? Pourquoi on fait ça ? Et où est-ce que l’on veut arriver ? Si ce n’est pas clair…. C’est comme prendre ta voiture sans savoir où aller. Dans ce cas, c’est compliqué.

Donc c’est encore possible ?

Oui, c’est possible ! Cependant, ton objectif doit aussi être réalisable. Si tu rêves de faire les mainstages, certains maillons de la chaîne exigeront que tu aies un album par exemple car juste jouer la musique des autres, cela risque d’être limite.

Je l’ai fait pendant près de 20 ans et j’ai appris beaucoup. J’ai compris comment raconter une histoire dans un set avec les jouets qui ne sont pas les tiens. À l’inverse d’un producteur qui va monter sur scène et raconter son histoire avec ses propres morceaux. C’est comme ça que j’approche désormais mes prochains shows. De l’intro à l’outro, ce sera du sur-mesure, du 100% Homemade… C’est mon prochain chapitre !

Sur les réseaux sociaux, tu communiques énormément sur les NFTs. Que représente cette technologie pour toi ?

On m’a introduit aux NFTs il y a un an. Au départ, je ne comprenais pas trop….Un ami m’avait expliqué que tu pouvais posséder un fichier et c’était authentifié par le Blockchain que tu étais le propriétaire. Ensuite, ce fichier pouvait prendre de la valeur, que tu pouvais y mettre des utilités, des plus-values derrière etc.

Il a fallu un temps avant que le déclic se fasse. Pour moi, c’est un nouvel outil technologique, basé sur le blockchain. Cela te permet de minter ce fichier et de le mettre à disposition de toute une communauté. Cela te permet de créer un écosystème complètement indépendant, décentralisé. Grâce à cela, tu ne dépends plus des intermédiaires qui prennent un pourcentage à gauche à droite et qui finalement pénalisent le créateur.

Ensuite, il y a eu un deuxième déclic quand j’ai compris l’avantage de posséder réellement un NFT qui a une vraie utilité, dans la vraie vie. Par exemple, en achetant ce NFT bien précis, tu as le droit à une invitation en studio pour écouter mon prochain album. Cela est totalement impossible sur Spotify ou sur les réseaux.

Avec un NFT, il y a ce fameux token, cet asset non fungible qui une fois utilisé est toujours valable. Une fois que tu es venu écouter l’album en studio, tu as toujours quelque chose en main. Quand tu vas dans un magasin, tu entres, tu paies et c’est fini.

Dans l’optique où le monde de demain collectionnera les NFTs, ce sera une véritable devise sociale ! J’espère que dans un futur proche, on ne t’évaluera plus sur le nombre de likes et de followers que tu as. On sera plus attentif sur les investissements que tu as fait : tu as investi en qui ? tu crois en qui ? En quel projet ?

Pour toi, c’est l’avenir !

Oui ! Chaque jour, je consomme cela. Les communautés prennent de l’ampleur, et cela grandit fortement. À partir du moment où tu es authentifié comme le propriétaire de ce NFT sur le blockchain, c’est limite un acte notarial.

Donc, on remet l’art dans les mains des artistes et du public ? Et non plus dans celles des maisons de disque etc ?

Je prends toujours l’exemple de cette jeune fille qui produisait du son. Un couple est tombé sous le charme de son travail. Cependant, elle devait trouver un job car Spotify ne rénumère pas assez. Pour lui permettre de continuer, ils ont imaginé d’arriver à exploiter la technologie NFT.

De plus, cela offre d’autres possibilités au niveau des royalties etc. À l’inverse de l’art traditionnel. Moi, le créateur, j’ai fait une peinture, je la vends, j’ai touché, c’est cool et ça s’arrête là. Le NFT, lui, prévoit qu’à chaque revente, le créateur reste dans la boucle des royalties. Et ça, franchement, c’est révolutionnaire à mon sens. Et c’est là que je me dis qu’il y a réellement quelque chose à faire.

Quand tu vois que Coachella propose la semaine dernière un Lifetime Pass. Tu vas peut-être y aller pendant-3, 4, 5 ans. C’est cool. Après, peut-être que tu ne voudras ou pourras plus y aller. Et bien, tu pourras revendre ce pass et il aura peut-être pris une grande valeur. Je prends l’exemple de Coachella mais cela peut-être un artiste, une soirée, un club etc. Tu soutiens le projet, l’art tout en y apportant de la valeur.

Quelque part, cela a redistribué les cartes ?

D’une manière un peu plus juste. Si demain Spotify, c’est fini. Tout est perdu. Pour fermer la blockchain, il faudrait éteindre Internet (rires). C’est donc plus compliqué d’effacer ce qui a été construit.

Que réponds-tu aux personnes qui affirment que c’est juste une tendance éphémère ?

J’ai envie de te dire, je ne sais même pas si j’ai envie de leur répondre… Mais cela ne me ressemble pas. J’ai toujours envie de convaincre, de montrer ce que moi j’ai vu, ce qui m’a séduit. C’est vrai qu’il y a des arguments contre les NFTs, comme l’environnement. Mais il faut aussi remettre les choses dans leur contexte. Je n’ai pas été voir quels étaient les chiffres pollution environnementale du système bancaire centralisé… Mais on n’a pas trop à s’en faire au niveau des inepties… Et attention, je ne suis pas un expert là-dedans !

C’est comme les gens qui disaient à l’époque la télévision, cela va rendre les enfants violents. C’est une question de contexte, je pense. Je me rappelais des gens qui disaient dans les années 90 : « Je vais garder mon biper ». Alors nous, on était déjà en 56k sur Internet en se disant : « C’est quoi ce truc? C’est trop génial ! ». C’est normal qu’il y ait des gens qui ne comprennent pas, ne connaissent pas suffisamment… Et cela peut faire peur.

On en parlera dans quelques années. Je ne pense pas avoir tort sur le fait que les NFTs sont le futur. Je ne le dis pas par prétention mais par conviction personnelle. Quand je vois le monde… Comment ce monde commence à tourner, c’est vraiment cet outil qui va permettre aux gens de peut-être de consommer l’art différemment. Et je ne parle pas des « Crypto Punks » ou des « Bored Apes ». Ce sera beaucoup plus que ça !

Hier, j’ai vu un post sur Instagram d’une artiste américaine qui mettait son récap Spotify. Elle avait gagné en tout 420 dollars pour des milliers d’écoutes. Elle a ensuite mis sa chanson sur OpenSea (plateforme d’échange pour les NFTs), elle avait gagné 11 Etherums.

Par cet exemple, tu vois que c’est possible de ne plus passer par les intermédiaires. À l’avenir, tu ouvriras ton Metamask (portefeuille NFT) et tu montreras ce que tu as, comme les NFTs de tels photographes, de tels musiciens, de tels DJs, de ton Lifetime Pass pour Coachella etc.  

Aujourd’hui, je vois bien que tout se résume aux nombres de followers que tu as. Les NFTs seront, je pense, une autre devise sociale. Tu vois déjà un peu cela avec les « Bored Apes ». Les détenteurs le mettent en photo de profil, tu as accès à des soirées dans des villas etc. C’est déjà un petit club, une petite utilité. Maintenant, attend que cela se développe et que se démocratise. Aujourd’hui ; je crois que les générations à venir sont ok de posséder quelque chose qui n’est pas physique, qui n’est pas palpable, qui est dans ton téléphone. Les skins Fortnite sont un bel exemple, je trouve. Alors, pourquoi pas dans le monde de la musique ?

Quel impact aura cette technologie sur ta carrière musicale ? Et sur le monde de l’art en général ?

L’impact va être direct parce qu’on sort notre NFT le 26 février. On voulait sortir un morceau qui s’appelle « Bordelik », que j’ai produit l’année dernière en confinement. Jusqu’à la dernière minute, on partait en mode clip, label, etc. Le chemin classique pour la promotion. Et au dernier moment, j’ai dit à l’équipe : « Les gars, on en fait un NFT ! ».

Ce sera mon premier mais qui annoncera une série appelée « Jaynesis ». On a travaillé avec des talents comme Tarek Obkir (responsable des covers pour Dj Snake, Tchami, le label Confession etc) et Steven Dupuy ( (CJI / 3D Artist ayant notamment travaillé sur Stranger Things ou encore RIOT games.).  

On ne voulait pas faire juste une animation 3D et demander aux gens de les collectionner. Non, l’idée était aussi de montrer à ma communauté et à ceux qui n’y sont pas encore que le NFT, ce n’est pas que acheter de l’art digital et payer 20 Etherums pour une photo ou autre.

J’ai envie de faire une véritable oeuvre avec une première utilité : être invité au studio plusieurs fois dans l’année afin d’écouter mon projet et de montrer son évolution. Deuxième utilité : être invité à mes événements privés. Je voudrais relancer une série d’événements cette année, en commençant sur Bruxelles. Ensuite, tu reçois le master du titre « Bordelik » avant tout le monde. Et pour finir, l’utilité qui est, à mes yeux, la plus importante, c’est la rétribution de bénéfice. Le détenteur aura droit à 2% des revenus streaming du morceau pendant 2 ans.

L’idée, c’est d’avoir en tout 10 exemplaires de ce NFT, 9 à vendre et 1 à gagner. J’aurais pu imaginer de rétribuer ma communauté d’une autre façon mais le NFT garantit à ces gens ce qu’ils auront grâce à blockchain. De plus, c’est aussi et surtout pour consolider ma communauté. Dans le passé, on a emprunté le chemin traditionnel, et là, j’ai envie de créer un autre canal, un truc plus direct.

C’est vrai qu’avec les réseaux sociaux, je pensais pouvoir consolider ma communauté… Mais sur Instagram, les gens veulent des danses et des petits chats (rires). Et moi, j’arrive en parlant de la décentralisation et qu’on veut changer le monde. On a donc imaginé d’ouvrir mon cercle vert, mon cercle d’amis proches. Ce n’est pas un compte perso, c’est mon compte d’artiste. Et tout doucement, j’ai des gens qui ont commencé à manifester de l’intérêt, de savoir ce qu’il s’y racontait. On va un petit peu plus en détail, on permet de poser plus de questions et on a un engagement tellement plus élevé dans cette micro communauté d’Instagram. Cependant, on va très rapidement se déplacer sur Discord afin de continuer à démocratiser toute cette notion de NFT.

J’espère que d’ici quelques mois, d’ici quelques années, les collectionneurs de mes NFTs seront fiers d’avoir cru en moi, d’avoir cru dans ce projet que je prépare, qui est, je le répète, le plus gros projet de ma vie depuis que j’ai 13 ans. Mais c’est clair, maintenant, ça prend vraiment une belle forme concrète. Et alors, en plus de ça, si je peux en faire profiter ma communauté. Mais quel plaisir !

Donc pour toi, les NFTs font partie de ton plan, de ton futur, c’est vers cela que tu vas ?

Oui, c’est vrai, mais pas que ça non plus ! Je ne vais pas m’enfermer dans mon appart et chill dans le metaverse avec tout le monde toute la journée (rires)… Mais j’y serai ! Je n’ai pas peur de le dire : c’est en tout cas une des manières d’aborder le futur. Ce n’est pas la seule manière mais c’est une belle opportunité qui se présente à nous alors qu’on vit une période historique dans l’histoire de l’humanité. C’est assez fou tout ce qu’il se passe… Et il y a toujours des réfractaires à cela. Beaucoup me disent que le metaverse, c’est la fin du vrai monde, on ne se verra vraiment plus etc.

Cela, je n’y crois pas. Je ne crois pas qu’on sera tous enfermés dans nos dans nos petites capsules à la maison comme dans le film Ready Player One. Ce sera peut-être le cas dans des dizaines ou des centaines d’années. Cependant, à ce stade-ci, je trouve que c’est une belle chose de créer cet environnement et d’en faire tout un environnement social.

Aujourd’hui, on parle tous de réseaux sociaux… Et de nouveau, on parle de combien de likes, de followers ! Alors, un environnement social comme le metaverse…. C’est juste la suite. Pour moi, les gens sont déjà dans la metaverse. Je vais te donner un exemple : j’ai des gens qui viennent ici au studio, qui se posent et au final, ils passent une heure et demie sur Instagram à scroller de manière mécanique, genre scroll infini. Pour moi, tu es dans le metaverse, tu y es déjà ! 

Regarde, quand tu vas au resto ou en soirée, le nombre de personnes qui restent sur leur téléphone. Quelle est la différence avec le metaverse ? Je bosse avec plein d’artistes à l’étranger. Je suis tellement impatient d’avoir l’interface studio qui me permettra de créer en temps réel avec cette personne, d’être assis à côté d’elle et de produire du son.

Le covid a mis le monde entier en confinement, comment as-tu vécu cette période ?

On a ouvert le HUG studio (Help U Grow) au mois de janvier 2020, donc quelques semaines avant le confinement. On était 4 et on a décidé de se confiner ici, dans le studio. On avait tout ce qu’il fallait : studio photo, studio créa, son, radio etc. 

C’était bizarre au début car c’est quelque part une grande parenthèse de la vie… Mais de mon côté, j’ai beaucoup de créativité. Le fait que le monde soit en pause pendant un moment, cela m’a procuré une sensation de vide qui m’a fait du bien. Premièrement car la course s’arrêtait ! Les tournées étaient en pause donc je n’étais plus en mode “Alors, c’est quoi ton booking? C’est quoi, ton prochain show ?”. Tout cela était mis en pause, je n’étais plus dans le rush. C’est génial l’intensité car on est des passionnés, mais quand tout s’arrête brusquement, il y a un vide qui se ressent. 

Heureusement, on était tout le temps en studio et  je n’ai pas trop connu de moment “down”, de coup au moral etc. J’ai tenu, j’ai aussi repris le sport et j’ai fait un constat, de regarder dans le rétro. Je me suis demandé ce qui pourrait aller mieux. Et c’était ma musique ! 

Apprendre, apprendre et encore apprendre. Ensuite, tout doucement, vers la fin du premier confinement, on a commencé à rouvrir le studio.  C’est là que mon projet a commencé à prendre une autre ampleur avec plus de collaborations, plus de rencontres, etc.

Je suis conscient qu’il y a beaucoup de gens dehors qui ne sont pas au top. Quand des gens venaient en studio, on le sentait que parfois, il fallait discuter.  Ce studio, le HUG Studio, cela signifie “Help U Grow”. Il y a une véritable dimension humaine. On n’est clairement pas des psy, encore moins des coachs, mais on est fort centré sur le développement personnel que ce soit en tant qu’artiste ou en tant qu’humain. Et tout cela, on le met dans notre créativité. 

La santé mentale n’est pas un tabou, il faut en parler. Si quelqu’un vient au studio et me dit “Je suis un peu plus vulnérable en ce moment”. Il ne faut pas en avoir honte. De mon côté, je lui réponds : “vas-y viens, on fait un son”. Je te fais le gros raccourci mais en abordant la créativité avec cette dimension humaine, cela a débouché sur des titres que je n’aurais jamais cru faire.

Je pense que si le monde ne s’était pas arrêté comme ça, je n’aurais pas eu le temps de mettre cela en application. J’ai toujours été très soucieux des gens autour de moi. Je veux que tout le monde aille bien, que personne ne manque de rien. Parfois même, on me le reproche. Parfois, cela me revient dans la gueule, mais je continuerai parce que je suis fait comme ça. J’ai été éduqué comme ça. Je crois que donner, c’est une des meilleures choses qu’on peut faire. Je ne vais pas commencer à devenir philosophe dans cette interview mais c’est important de parler de santé mentale. C’est ce fameux terme que tout le monde utilise désormais :  la santé mentale. Moi même, je n’avais pas capté ce truc avant. Je comprenais la dépression, qu’il y ait des gens qui tombent et qui se relèvent etc. Cependant, ce chapitre de la santé mentale a pris une autre envergure, cela a fait x1000. 

Alors que sur les réseaux sociaux, j’avais toujours l’impression que tout le monde allait mieux que moi. Et quand ces personnes venaient au studio, ils craquaient. Humainement, on a tous nos limites et on ne peut pas se mentir indéfiniment. Et ici, on a pris le temps de discuter.  Je ne parle pas de production ou de comment j’ai mixé mes “808”. C’était réellement une prise de conscience, d’essayer d’aider les gens et d’adoucir tout cela… Et de déposer toute cette énergie dans notre créativité.

Donc le confinement t’a permis de te poser, réfléchir et de préparer ton retour avec ton projet, ton équipe, les NFTs etc.

Et de défoncer les scènes ! J’ai vraiment envie de construire mon propre concert, élaborer mon show avec mes propres morceaux. Je veux raconter une histoire et provoquer tout un tas de sensations quand je lâche mes drops (rires).

Quand on parcourt ta discographie, tu sembles impossible à mettre dans une catégorie, tant tes influences sont multiples. La preuve en est, ton dernier morceau “On Fête ou on Fête pas” mélange Reggaeton, Bass et Trap etc. Que se passe-t-il quand tu es en studio ? Quel est ton processus créatif ?

C’est au début du confinement que j’ai capté où je devais puiser mes ressources. Cela pouvait être un BPM, un snare, une idée, un sample que j’ai entendu. Mais au final, quand je fais abstraction de tout, je suis de retour dans mes premières soirées Hip-Hop ou Electro durant lesquelles tu sais que tu vas lâcher un son… Et tu sais que tout le monde va crier. 

J’ai passé vingt ans en club donc je suis imprégné de comment faire danser les gens. Quand tu mixes en club, tu te poses beaucoup de questions durant ton set : “Qu’est ce qui va faire bouger ce groupe là bas ? Le  groupe de filles a quitté la piste, comment je les refais danser ?” etc etc. Mes lendemains de soirée, c’est migraine car je réfléchis tellement, je me demande pourquoi cette personne ou ce groupe a quitté la piste. 

Désormais, je transpose cela dans mes productions et je me demande quelles sensations vont être provoquées. Quand tu entends un track comme Bordelik, le titre du NFT, c’est la libération, c’est l’explosion. Cette façon de faire va jouer dans tout ce que je fais, et de manière vraiment inconsciente. C’est très impalpable ce que je te dis là, mais ça a tellement de sens pour moi. 

Encore la semaine passée, je samplais “Elle donne son corps avant son nom” d’IAM. Ce son m’a complètement matrixé et j’ai aussi retrouvé l’original de Syl Johnson, “I Hate I Walked Away” qui est un morceau de Blues…et je suis parti avec ça comme inspiration car cela m’a tout de suite parlé. 

Le matin, je ne savais pas que j’allais produire sur base de ce sample. Je ne me dis jamais que demain, je vais produire un track House à 113 BPM. Si ça sonne bien, ça sonne bien et on avance. Mais cela peut aussi être une personne dans la pièce ou la météo. J’adore le tonnerre ! Mets-moi du tonnerre et je te fais un banger (rires).

Comme tout artiste, je suis influencé par l’une ou l’autre chose. Il y a des choses qui me révoltent dehors. Si j’ai entendu un commentaire raciste, j’arrive au studio et je vais me défouler dans ma musique.

Donc tu es réellement influencé par tout ce qui t’entoure ?

C’est l’intention qui compte ! Je ne suis pas chanteur, j’écris pas mais je mets des intentions dans ma musique. C’est plus un feeling qu’un style musical que tu retrouves dans mon projet. Par exemple, il y a un titre qui parle du deuil. Il y en a un autre qui parle de l’amitié et un autre qui parle du travail. Donc tout ça, ce sont des valeurs auxquelles je suis fort accroché. J’essaie de les traduire en musique.

J’espère que si les gens écoutent ma musique, ils ressentiront ce que je ressens. Que ce soit triste, énervé, révolté, amoureux, endeuillé etc.  J’aime bien raconter des histoires, de vraies histoires, de bonnes histoires.

Tu es présent sur un des tout premiers projets de Stromae, une mixtape électro appelée “Mixture Elec-Stro”, bien avant le succès de “Alors on Danse”, sorti en 2010. Comment s’est passé cette rencontre ?

Je réalisais mes soirées à Bruxelles et le grand frère de Stromae était notre photographe, « Dati ». À l’époque, il avait fait son premier EP et son frère me l’avait présenté comme rappeur. On a bien connecté et on a commencé à travailler sur la mixture electro en 2007-2008. De base, c’était un projet Hip-Hop car on était tout deux dans cette culture. Ensuite, on s’est perdu de vue quelques mois car je voyageais pas mal, notamment au Canada. Durant cette période, j’avais été impressionné par les mashups et les mélanges de styles. Et lui aussi, de son côté. Quand on s’est retrouvé, on a commencé à accélérer les BPMs. Et puis, toute une série de sons se sont enchaînés, avec « Alors On Danse » notamment.

Dans mon éducation Hip-Hop, il y a ce principe de mixtape qui fait qu’un artiste peut se présenter sur un support de soixante minutes. L’idée, c’était que ce soit ininterrompu. Donc, que ce ne soit pas une chanson et puis une autre.

De mon côté, j’avais des morceaux mais sans chanteur, sans parole… Et j’étais fortement inspiré par des artistes comme Dizze Rascal, Laidback Luke, Major Lazer. Je l’ai donc invité à rapper, à créer. Et la suite ? C’est « Alors On Danse » dans un événement NRJ devant 50 000 personnes. Et l’histoire, je pense que tout le monde la connait !

Tu avais déjà repéré l’immense talent du maestro ?

Oui. Je crois que je me suis rarement trompé quand je disais que cette personne va cartonner, même s’il n’a pas les 300.000 que j’ai nommés. Je suis curieux et pas uniquement sur l’art. Je suis fasciné par les trucs que les gens n’ont pas encore découverts comme récemment les NFTs.

Tu as travaillé sur l’album de Dj Snake (Carte Blanche) et particulièrement sur le morceau “Frequency 75”. Cependant, ce n’était pas du tout votre première rencontre. Pourrais-tu nous en dire plus sur cette belle histoire ?

A l’époque, j’allais souvent au Mondial, un club Hip-Hop à la frontière belge, allemande. C’était un truc de fou, c’était vraiment les USA. J’étais proche de Dj Sake et il m’a invité à Paris pour voir Cut Killer dans une de ses soirées. On arrive et là, son protégé tue tout aux platines…. Il s’appelait Dj Snake. On ne s’est pas trop capté ce soir-là mais je lui ai envoyé un message pour lui dire qu’il m’avait bluffé ! A l’époque, on jouait avec les samplers, les acapellas en live, les vinyls, les mashups, les sirènes etc. Il y en avait peu qui maitrisait cela comme lui le faisait !

Moi, je faisais mes soirées à Bruxelles, lui, c’était à Paris. C’était les mêmes soirées où j’ai rencontré Stromae et plein d’autres artistes. C’est de là qu’on se connait depuis très longtemps. Au final, on parle de communauté, on est des Djs. Comme je le dis souvent, on est parmi les premiers influenceurs en musique. C’est notre job de dire « Hey, tu n’as pas envie de jouer le son de mon pote? Cela s’appelle « Alors On Danse ». Moi, j’y crois fort. La radio aussi. J’ai besoin de quelqu’un en France qui le joue ».

Et là, un mec comme Dj Snake, influent dans sa ville, dans son pays. Moi à Bruxelles. On a quelque part contribué à ses débuts et ensuite, il a tout tué. C’est un bel exemple de ce qu’on peut faire avec la communauté ! A l’époque, c’était juste un fichier MP3 dans un mail, imagine aujourd’hui avec les NFTs !

Ce sont ces personnes que j’ai rencontrées dans mon passé, qui m’ont fait comprendre que c’est possible de le faire avec tes valeurs, avec tes convictions, même si les gens autour ne comprennent pas. Être têtu, c’est important ! Car ils sont arrivés avec leur vision et ils ne s’en sont jamais écarté. Ils sont arrivés en disant « Si je veux me déguiser en moitié en femme avec des longues chaussettes, c’est comme ça. Voila ! » (rires). Ce sont des vrais modèles,  des exemples de réussite et j’espère que beaucoup de jeunes s’en inspirent !

Et donc la conclusion serait ?

Il faut être têtu et quand même avoir de l’ego pour croire en soi aussi fort, même quand personne ne décroche. Et même si tu as un vide et que tu doutes, il faut rester têtu et avoir une bonne arrogance. J’ai toujours une voix à l’intérieur de moi qui me dit que de toutes façons, quoi qu’il arrive, je n’arrêterai pas, sauf si la nature m’en empêche. Dans l’esprit, je reste focus sur mes challenges car la vie est courte et que le chemin d’un artiste n’est pas forcément toujours à notre avantage.

Mais on est des têtus et ça, on ne pourra pas l’annuler.

Dans ton studio, on peut observer une certification de l’une des plus prestigieuses récompenses du monde la musique : le Grammy Award. Récompense que tu as obtenue grâce à ton travail sur l’album de Jack U (Skrillex & Diplo) et spécifiquement pour le morceau “Jungle Bae”. Valliue avait déjà relaté cette histoire incroyable que seul internet peut procurer. Comment tu l’as vécu ?

C’était donc avec le collectif BSSMNT et on avait produit ce morceau avec Dj Babey Drew et Bunji Garlin. On l’avait mis sur Soundcloud, il n’était même pas sur les plateformes. Puis un peu après, on reçoit un email de l’équipe de Diplo et de Skrillex qui disait : « On a repris une bonne partie de votre hook, est ce que c’est OK ? ».
On était là : « Bah, c’est OK. » (rires). Ce sont quand même deux figures importantes de la culture. Ensuite le titre sort et la nomination aux Grammys suit également. On a suivi ça et c’était génial ! Je n’aurais pas cru qu’on arrive là à un moment donné, mais on peut dire que ce Grammy a quelque chose de belge…

Et ça, c’est beau !

Très beau (rires) !

Et si on rejoint avec ce que tu as dis sur le Web 3.0 et son metaverse, ce type d’histoire sera plus fréquent non ?

Les histoires seront plus folles je pense ! J’aimerais bien me pencher sur la possibilité de faire un NFT dynamique. Ce serait un NFT que tu crées une première fois mais tout le monde peut le faire évoluer par la suite. Imagine, je crée un NFT avec uniquement des drums. Puis, je l’envoie via un smart contract à un guitariste… Qui l’envoie à un bassiste etc. D’étapes en étapes, le son arrive à l’ingé son qui le mixe etc. Cela pourrait être génial d’un point de vue collaboratif, mais financier aussi. Tous les artistes restent dans la boucle et les royalties sont respectées.
Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Imagine, tu achètes un NFT et tu reçois le track ainsi que les stems. Tu as le droit de faire ton propre remix et de le commercialiser.
Pour l’instant, je suis encore assez spectateur de tout ça. Je sais ce que je veux faire avec mon premier NFT. Mais oui, il y a moyen de faire trop de choses !

En relatant ces deux belles histoires, on remarque que tu as aidé de nombreux artistes, maintenant connus mondialement. Que retires-tu de toutes ces expériences ?

Jamais rien lâcher, jamais rien lâcher ! De nouveau, c’est peut-être un peu cliché ! J’ai rencontré une personne qui m’a marqué, c’est l’inventeur de la montre de G-Shock, la montre la plus solide au monde. On était à New York dans une conférence pour les 25 ans du produit. Il explique comment il a fabriqué la montre avec un manga le mettant en scène. On le voit monter l’escalier du premier étage de chez Casio, il lance une première montre, il descend… Elle est cassée. Il retravaille la montre, il refait la même expérience, la montre est cassée. Et il recommence, encore et encore. Il reste têtu et il fait ça 250 fois. Tant que la montre était cassée, on ne lâche rien, on continue.

Et à la 251ème montre, il réussit. Aujourd’hui, la G-Shock est l’une des montres les plus solides au monde. Et ça, c’est un bel exemple ! Ce n’est pas du tout le même domaine, mais c’est humain, c’est de l’énergie, c’est de l’inspiration.

Et donc c’est le conseil que tu donnerais à la nouvelle génération ?

Si les gens disent vous êtes fous, c’est un bon signe pour moi. Je suis fasciné par les rêveurs, les gens qui osent avoir une idée folle au milieu de la masse qui va le regarder comme un fou ou comme une folle. Ça, moi, ça me fascine. Il faut s’autoriser à rêver et surtout concrétiser.

L’école nous a formés à travailler pour le patron. C’est un schéma qui a très peu évolué.  Je n’ai jamais entendu parler de développement personnel. Et je crois que vraiment, on est tous capable de faire de grandes choses. Malheureusement, on l’oublie vite car on se focalise sur le mauvais. J’ai eu beaucoup de mes proches qui n’allaient pas bien car ils n’avait pas cela ou cela, ils n’avaient pas atteint un objectif etc.

J’ai alors commencé à leur dire ce qui allait bien dans leur vie, dans leurs projets. Les gens ont souvent tendance à faire attention aux pierres sur leur chemin…Mais jamais aux fleurs présentes. Et je vais lancer un concept dans ma team, le Flowers Friday. Ce sera de rappeler aux personnes que j’admire ce qu’ils sont, ce qu’ils ont comme talent. Tout cela avec beaucoup d’amour, cela viendra du cœur.

Je vais lancer le concept bientôt sur Instagram, le temps d’une story ou deux. Je lancerai une fleur vers une personne qui m’inspire, qui a du talent, lui donner un peu de visibilité. Ce sera fait sans réfléchir, ça viendra du cœur.

Quels sont tes projets à venir ?

2022, un premier NFT, beaucoup de créativité, d’engagement, beaucoup de musique, vraiment, beaucoup de musique. J’ai travaillé énormément et là, ça doit sortir. Je ne peux plus tout retenir. De retour également sur scène, en festival.

Je désire également revenir dans les petites soirées avec 100 personnes, juste les platines et refaire comme quand j’avais 17 ans. Se faire plaisir, jouer de la musique qu’on veut, lâcher des gros drops comme on le souhaite. Il y aura aussi d’autres NFTs avec de nouvelles utilités mais c’est encore en réflexion.

Merci d’avoir répondu à nos questions ! As-tu un dernier message à faire passer ?

Soyez vous-mêmes. Le monde n’a pas besoin d’une copie d’untel ou d’untel ! Soyez vous-mêmes car c’est à ce moment là que les vraies connexions se font. Il ne faut pas avoir peur de dégager sa propre énergie, de travailler son talent et surtout… Partagez-le !

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