Interview : Art of Fighters (EN+FR)

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© Dennis Steinkamp

En amont de la Born to Rave prévue le 12 mars à Marseille, nous avons eu l’occasion de poser quelques questions aux légendaires Art of Fighters. De l’apparence physique dans le monde Hard à la qualité de la scène en Italie, en passant par l’évolution de l’industrie musicale… Retrouvez ci-dessous l’intégralité de leurs propos :

(english below)

Salut les gars ! Pouvez-vous vous présenter pour ceux qui ne vous connaissent pas ?

Salut ! Nous sommes Art of Fighters, une équipe de producteurs de musique et de DJs. Notre domaine est le Hardcore, mais nous aimons la musique et l’art en général. Nous essayons de mélanger dans notre art tout ce que nous aimons dans le monde. Ça dure depuis 22 ans, et nous n’avons pas l’intention d’arrêter !

C’est la question de base du site… Quelle est votre définition de la musique électronique ?

Compliqué. Tout, du Kraftwerk au splittercore, en passant par la musique électronique au fil des décennies s’avère être non seulement quelque chose fait pour les clubs mais aussi la Musique avec un grand M. La liberté, l’évolution rapide de la technologie, le mélange entre la science et l’art, le fait de travailler et comprendre les principes physiques comme les ondes et la fréquence… Tout cela fait de la musique électronique un monde si vaste et si intéressant. C’est comme apprendre à jouer d’un instrument. Ici, l’instrument comprend la tension et le courant, c’est tellement génial.

Les masques semblables à celui de Jason que vous portez font votre particularité physique ! Pour vous, l’image dark et horrifique d’un artiste est-elle importante dans le monde de la Hard Music ?

En effet, surtout à l’époque où nous avons commencé. Heureusement, la scène a évolué, donc ce n’est pas obligatoire de garder un attrait effrayant. C’est agréable de voir de nouveaux artistes explorer et embrasser de nouvelles tendances artistiques et stylistiques. Mais il ne fait aucun doute que le hardcore et le look effrayant est un combo gagnant !

Ces deux dernières années ont malheureusement été marquées par la crise sanitaire et la mise en pause de l’événementiel… Cette période vous a-t-elle permis de vous recentrer sur vous-même ?

C’était et c’est toujours une période difficile, la pandémie a mis toute la scène à l’arrêt brutal. Des dizaines de milliers de personnes travaillent dans l’industrie, devant et derrière la scène. L’industrie du divertissement est l’une des plus touchées par la crise, avec souvent le moins d’aide de la part des gouvernements. Mais une chose est sûre, tout redeviendra encore plus brillant. Le côté positif est que le confinement nous a vraiment aidé à ralentir. Cela faisait 15 ans de non-stop entre tournée et studio, ça m’a vraiment aidé à voir les choses avec distance, réfléchir aux changements nécessaires et essayer de trouver de nouvelles façons de faire ce travail.

Vous avez créé le projet NMK2, en compagnie de Unexist et Tommyknocker. Celui-ci est divisé en 3 parties : NMK2 Music, NMAcademy et NMK2 Connect. Pouvez-vous nous expliquer en quoi il consiste ?

Pendant la pandémie, nous avons pris le temps de rationaliser certains aspects de notre travail, et comment cela se passe actuellement. Le pouvoir est passé des mains des créateurs et producteurs aux mains d’agences et d’entreprises, qui font ce qu’elles font le mieux : de l’argent. Le fait est que ce comportement nuit à la qualité de la musique. C’est plus facile de commercialiser quelqu’un qui est vraiment génial sur les réseaux sociaux que d’aider et de faire grandir un artiste talentueux. Cela amène les artistes à ne plus se focaliser sur l’art lui-même afin d’être les meilleurs influenceurs possibles, et souvent en payant un ghost producer au hasard pour faire le travail réel. Ce n’est pas ce que la musique (et le Hardcore en particulier) devrait être. Avec NMK2, nous voulons partager nos connaissances avec ceux qui veulent vraiment améliorer leurs compétences au lieu de leur popularité et qui ne correspondent pas au système actuel, nous voulons créer un lieu et une plate-forme pour tous les inadaptés, les 10% de créateurs et de producteurs laissés pour compte par le courant dominant.

Avec un succès grandissant au fur et à mesure du temps vous représentez aujourd’hui le Hardcore Italien dans le monde et dans les plus gros festivals du monde comme Tomorrowland. Comment faites-vous pour vous renouveler depuis toutes ces années, sans altérer la qualité de vos productions ?

En m’enfermant dans le studio autant que possible. C’était comme ça quand j’avais 15 ans et ça l’est toujours à 40. Des heures, des heures et des heures en studio avec un esprit ouvert, jetant et jugeant mon propre travail et essayant de faire du mieux que je peux. Je me suis fixé des standards élevés irrationnels. Mes références et exemples sont des gens comme Hans Zimmer, Noisia, Aphex Twin. Je ne peux même pas m’en approcher, mais essayer de comprendre ce que font les professionnels aide vraiment à avancer.

Vous avez marqué différentes époques de la Hard Music ! Ces dernières années, pensez-vous toucher tous les amateurs de Hard Music, ou possédez-vous une communauté fidèle de longue date ?

C’est impossible je pense, et pas le but. Vous ne pouvez pas être aimé par tout le monde et cela n’a aucun sens d’essayer de vous adapter aux nouveaux styles. Nous ne sommes définitivement personne pour la dernière génération uptempo et raw, et c’est cool comme ça. Je crois que les gens respectent notre musique parce qu’elle est faite avec passion et non pour essayer de rester pertinente dans un marché en constante évolution. Nous avons la chance d’avoir une fanbase solide, c’est plus que suffisant pour nous, ce sont les gens pour qui nous travaillons.

Vous avez produit auparavant plusieurs hymnes pour des festivals tels que le Dominator en 2011, Q-BASE en 2014, E-Mission Festival en 2015…Abordez-vous la production d’un anthem de la même manière qu’une production indépendante ?

Pas du tout. Un hymne est une histoire complètement différente, et j’aborde cela de la manière la plus professionnelle possible. Un hymne doit véhiculer différents types d’informations, il doit y avoir une empathie entre la musique et le concept donné par le promoteur. La musique doit correspondre au graphisme et au style général, et les personnes présentes à l’événement doivent ressentir ces éléments sans même s’en apercevoir. C’est plus comme produire une campagne publicitaire vraiment cool, cela prend beaucoup de tentatives et d’erreurs. Plus important encore, vous le faites pour un client, pas pour votre propre art.

Mad Dog, Andy The Core, The Sickest Squad, Unexist, The Stunned Guys, vous-même… Et bien d’autres encore ! Les artistes italiens ne manquent pas en Hard ! Comment expliquez-vous cet amour entre l’Italie et la Hard Music ? 

Nous avons eu la chance de grandir dans un beau pays. L’art en Italie est littéralement partout, des villes à la nourriture, au paysage. Tout est inspirant et la musique est omniprésente. Ceci, ajouté au fait que nous avions beaucoup de clubs et d’artistes majestueux jouant autour de nous, nous inspirant et établissant la ligne de départ pour ce qui est devenu la scène italienne hard. Pensez à des clubs comme Cocoricò, Number One, Florida, ils ont poussé la danse, et la musique dure depuis toujours.

Le 12 mars, vous jouez au Cabaret Aléatoire de Marseille pour la Born To Rave en compagnie de Mad Dog, Le Bask, Lady Dammage et Psiko. Quelle image avez-vous du public français ? Avez-vous un souvenir particulier qui vous lie avec la France ? 

Oh, on adore se produire devant le public français. Tant d’énergie, tant d’engagement. Et le fait qu’ils soient là pour s’amuser, acceptant tous les styles que vous jouez quoi qu’il arrive. C’est vraiment libérateur, nous avons un amour profond pour l’atmosphère que nous avons toujours rencontré en France.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Les projets sont de continuer à rester en studio, terminer et perfectionner les morceaux sur lesquels nous avons travaillé. Puis continuer à investir et à travailler sur NMK2 et toutes les plateformes autour de cela, dans l’espoir de bien servir la scène Hard !

Merci d’avoir répondu à nos questions ! Avez-vous un dernier message à faire passer ?

En attendant le 12 mars à Marseille, merci beaucoup pour cette interview et cette opportunité ! Beaucoup d’amour,

Cristian, Art Of Fighters


Hey guys! Could you present yourselves to those who don’t know you?

Ciao! We are Art of Fighters and we are a team of music producers and djs. Our field of expertise is in Hardcore techno, but we love music and art in general, and we try to blend in our art everything we love about the world. We have been doing this since 22years, with no intention to stop.

It’s the basic question of our website, what’s your definition of electronic music?

Tough one. Everything from Kraftwerk to splittercore, electronic music over the decades proves to be not just something made for clubs but Music with a capital M. The freedom, the rapid changes in technology, the mix between science and art, the fact of working and understanding physical principles like waves and frequency, the whole this makes electronic music a world so vast and so interesting. It’s like learning an instrument, and the instrument here is voltage and current, that’s so awesome.

The Jason-like masks you wear makes your physical particularity! Is the dark and horrific image of an artist important in the Hard music world?

Indeed, especially at the time when we started. Luckily the scene evolved, so it’s not mandatory to keep a horrific appealing, it’s nice to see new artists explore and embrace new artistic and stylistic trends. But there is no doubt that Hardcore+scary look is a win win situation!

The past two years have been marked by the sanitary crisis and the cancellation of all events… Did this period allow you to focus on yourselves?

It was and still is a hard time, the pandemic put all the scene to an abrupt stop. Tens of thousands of people work in the industry, in front and behind the scene, and the entertainment industry is one of the most hit by the crisis, with often the less of help from governments. But it’s a sure thing that everything will return to shine, even brighter. On the positive side those lockdown really helped to slow down, it was a long ride for us, 15 years of non stop between touring and studio, this really helped to see things from a distance, make some necessary changes and try to find new ways of doing this job.

You all created the NMK2 project, with Unexist and Tommyknocker. It is divided in 3 parts: NMK2 Music, NMAcademy et NMK2 Connect. Could you explain exactly what your project consists of?

During the pandemic we took some time to rationalize regarding some aspect of our job, and how it is conducted right now. Power shifted from the hands of the creators and producers to the hands of agencies and companies, which are doing what they do best: making money. Fact is that this behavior is detrimental to the quality of music; it’s easier to market somebody which is really great on social media than help and make grow a talented artist. This result in artists shifting their focus from the art itself to being the best influencer they can, and often paying some random ghost producer to do the actual job. This is not what music (and Hardcore especially) should be about. With NMK2 we want to share our knowledge with those who really want to improve their skills instead of their popularity and that don’t fit in the actual system, we want to create a place and platform for all the misfits, the 10% left of creators and producers left behind by the mainstream.

With increasing success as time goes by, you now represent the Italian Hardcore in the world and in the biggest festivals in the world like Tomorrowland. How do you renew yourselves over the years, without altering the quality of your productions?

By locking myself in the studio for how much time I can. It was like this when I was 15 and it still is now that I’m 40. Hours, hours and hours in the studio with an open mind, trashing and judging my own work and trying to do the best I can. I set myself some irrational high standards, my references and gurus are people like Hans Zimmer, Noisia, Aphex Twin. I can’t even get close, but trying to understand what the professionals do really helps moving forward.

You marked different eras of Hard Music. For the past few years, do you think you can reach all Hard Music fans, or do you have a long-time loyal community?

That’s impossible I think, and not on purpose. You can’t be liked by everyone, and makes no sense to try to adapt to the newer styles. We definitely are nobody for the latest uptempo and raw generation, and it’s cool like this. I believe that people respect our music because it’s made with passion and not for trying to stay relevant in an ever changing market. We are lucky to have a strong fanbase, that’s more than enough for us, that’s the people we work for.

You produced many festival anthems such as Dominator, Q-BASE, E-Mission… Do you approach the production of an anthem in the same way as an independent production?

Not at all. An anthem is a completely different story, and I approach that in the most professional way I can. An anthem should carry different kind of informations, there must be empathy between the music and the concept given by the promoter, the music should match the graphic and overall style, and the people attending the event should immediately spot all of this without even noticing. It’s more like producing a really cool ad campaign, takes a lot of trial and errors and most importantly you are doing it for a client, not for the sake of your own art.

Mad Dog, Andy The Core, The Sickest Squad, Unexist, The Stunned Guys, yourselves… And many more ! There is no shortage of Italian artists in Hard! How can you explain this love between Italy and Hard Music?

We were lucky to grow in a beautiful country. Art in Italy is literally everywhere, from the cities to the food, the scenery, everything is inspiring and music is all over. This, added to the fact that we had a lot of majestic clubs and artists playing around us, inspiring us and setting the starting line for what became the hard italian scene. Think at clubs like Cocoricò, Number One, Florida, they pushed dance and hard music ever since.

On March 12, you will play at the Cabaret Aléatoire at Marseille for the Born To Rave with Mad Dog, Le Bask, Lady Dammage and Psiko. What image do you have of the French public? Do you have a special memory that links you with France?

Ow, we love to perform for the French public. So much energy, so much commitment. And the fact they are there to have fun, accepting every style you play no matter what. This is really liberating, a deep love for the atmosphere we always encountered while in France.

What are your incoming projects?

The projects are to keep staying in the studio, finishing and slaying those tracks we’ve been working on and perfectioning and keeping investing and working on NMK2 and all the platforms around that, hoping to serve good to the Hard scene!

Thanks for answering! Any last words?

Looking forward to March 12 in Marseille, thank you so much for this interview and opportunity!

Much love,
Cristian, Art of Fighters


Préparation : Jooffrey, Valso & So / Traduction : Valso & Lilou

Retrouvez Art of Fighters le 12 mars au Cabaret Aléatoire de Marseille pour la Born To Rave ! Billetterie ICI

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