Interview : Hugo Cantarra

© Oce-B / Valliue

3ème et dernière interview que nous avons réalisée à l’Electrobeach Music Festival : Hugo Cantarra ! Après son passage sur la Mainstage, le Français (qui réside à Hong-Kong) revient entre autres sur son label Kids Records Foundation, sa volonté d’aider les enfants du monde entier, ou encore les principales différences entre le public asiatique et français. Voici l’intégralité de ses propos :

Salut Hugo, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Bonjour ! Je m’appelle Hugo Cantarra. C’est mon nom de scène mais ce n’est pas mon vrai nom. Je suis DJ/producteur, je fais des remixes donc on peut aussi dire “remixeur” depuis quasiment 13 ans maintenant, sachant que j’ai 27 ans bientôt 28… Voilà !

C’est la question de base de notre site : Quelle est ta définition de la musique électronique ?

Elle est bien cette question. Pour moi c’est ma vie, point. Je veux dire, c’est ce qui me fait vivre. Financièrement, mais également vivre tout court ! J’ai pris un pied là, j’ai pris un orgasme parce que je jouais sur une scène qui était cool, mais je vais rentrer dans mon petit club, je vais jouer devant 20-30 personnes et je vais kiffer autant. C’est ça la musique électronique ! Ça unit les gens, et ça c’est super important… La musique unit les gens. Mais la musique électronique ? Encore plus ! Je veux dire, c’est puissant : tu vis la musique ! Et c’est ce que j’aime voir dans la musique électronique et surtout dans la musique électronique un peu underground. La trance par exemple n’est pas mon un style, mais un artiste comme Ferry Corsten, t’as des gens qui volent du monde entier pour venir le voir à Macao ! C’est ça la musique électronique.

Ton label KIDS a dernièrement pris une direction plus pointue, avec des releases plus Deep et House. Est-ce en accord avec une évolution de tes goûts ?

Alors merci, ça fait plaisir qu’il y ait des français qui se rendent compte que mon label change, des français qui écoutent mon label car il n’y en a pas beaucoup ! Oui, mes goûts ont changé, et donc je veux donner un peu cette image à Kids. C’est bien de faire de la charité, mais il faut que ça reste mon bébé quand même. Et mon bébé c’est de release ce que j’aime. Si tu regardes, je release moins qu’avant : avant, on faisait une sortie toute les deux semaines. Mais je préfère release quelques pépites par an, qui vont nous rapporter quelque chose en même temps. Parce que tu sais, vu qu’on fait de la charité, faut que ça me rapporte quelque chose au label ! C’est une association de 1901 créée en France si vous voulez regarder il y a pas de problème. On vient de sortir une track d’un Asiatique australien, franchement je l’ai release parce que j’adore la track mais je me suis jamais dis “Putain cette track on va faire des royalties avec !”, tu vois ? Parce que en gros le principe du label c’est : “on gagne les royalties et on les reverse” C’est le track qui a fait le plus de royalties de tout le label ! Ce que je trouve qui est un peu triste, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de support de la part des DJs underground . Tu envoies un tag Deephouse à un DJ qui joue de la Deephouse, c’est rare qu’il te réponde. Et ça je trouve ça dommage… Il devrait supporter autant que la scène EDM se supporte. D’ailleurs pour la petite histoire, j’ai croisé Sunnery James à l’hôtel, un amour ! Je rêvais de le rencontrer. J’aime la personnalité, j’aime la personne, et j’adore son couple, je trouve qu’il a une famille magnifique. Et quand je lui ai dit mon nom, il me dit “Ah mais oui, c’est toi Kids Foundation. J’ai joué plein de tracks de ton label, j’aime beaucoup”. J’étais choqué !

Peux-tu nous parler de ta volonté d’aider les enfants défavorisés, et le lien que tu fais entre cette cause et l’électro ?

Alors ça vient d’une histoire que je n’ai jamais racontée en interview, donc vous allez être les premiers à le savoir. Et ça me fait plaisir de le dire haut et fort. Quand j’étais à l’école, j’ai été maltraité par les autres, mais vraiment. C’était très dur pour moi, j’étais tout petit en taille déjà, j’ai pris une croissance assez tardive. Quand je suis rentré au collège, on m’a fait chié tous les jours de l’école. C’est à dire boulettes en papiers dans la gueule, on prenait mon sac, on prenait mes cours on les jetait dans les toilettes. J’ai été harcelé. Donc voilà, ça à commencé comme ça… C’est la première raison pour laquelle je veux me battre pour les gamins, que ce soit dans n’importe quelles conditions. Et j’espère qu’un jour je vais faire quelque chose contre ça, peut-être même aller parler dans une école je ne sais pas, mais c’est super important. Parce que ça c’est dur. D’un autre côté ça m’a permis de me construire. Parce que vu que j’étais tout le temps tout seul, il fallait s’inventer un peu une vie. Je voulais prendre ma revanche, et ma première revanche ça a été quand j’ai eu 13 ans, je me suis inscrit pour vivre ma première passion, aux jeunes sapeurs pompiers. Je voulais être pompier, c’était mon rêve de gamin. J’allais à l’école avec mon tee-shirt sapeur pompier. Mais être pompier quand tu es un gringalet c’est pas facile. J’ai quand même réussi, j’ai eu mon diplôme de jeune sapeur pompier, j’ai fini premier de ma promotion, parce que c’était mon rêve. Mais j’ai eu un accident de scooter quelques semaines après, je me suis cassé les métacarpes, c’est les os que tu as sur la main, et en faite j’ai pas de force dans la main. Du coup ça m’handicape. Et pour être pompier, t’as intérêt à être costaud dans tes doigts. Donc ce qu’il s’est passé, c’est que j’ai dû trouver une autre passion. Depuis l’âge de trois ans, mon père m’avait acheté une batterie. Je suis batteur, j’ai pris beaucoup de cours de batterie, j’adore la batterie, j’en joue beaucoup et j’en ai joué dans des groupes. Je commençais à aimer la musique électronique. La première fois que je suis rentré dans une boîte et que j’y ai vu un DJ je me suis dit “c’est bon, c’est ça que je veux faire” ! Et tout ça s’est passé en un laps de temps de 1 mois. De perdre ta passion et d’en retrouver une autre parce que je suis un putain de passionné ! Pourquoi Kids ? Pour conclure sur la question. 1: Parce que j’ai pas envie qu’il arrive des merdes à des enfants. 2: Parce que j’étais à l’école des pompiers, j’ai aidé des gens, et je veux continuer ça même en étant DJ. Et un matin je me suis levé je me suis dis “Voilà, en fait elle est là la solution”. Et c’est que le début. Parce que j’ai des très grosses idées, qui sont très compliquées à mettre en place surtout dans notre pays, mais que j’espère les mettre en place. Et faire grossir le truc quoi !

En parlant label, tu as signé “Dream On” sur Size, fin 2018. Comment s’est passé le contact avec le label du légendaire Steve Angello ?

C’est très compliqué (rires)… Vous allez rigoler mais l’histoire est ouf ! J’étais à Pékin, j’étais résident dans un club pendant 4 ans. La 3ème année je vois un festival qui s’appelle Storm, à Chengdu. Faut pas oublier la Chine c’est grand, ça fait 21 fois la France. J’ai regardé Chengdu, c’était à 6000km. Je me suis dit qu’il y avait quand même pas mal de bornes quoi… Steve Angello y joue, au culot j’envoie un message au manager. J’ai mis trois jours pour trouver une adresse e-mail. Je lui envoie un message, je lui envoie un facetime, le mec me répond et me dit “Salut Hugo, ouais on sera au festival, si tu veux je te donnerai des bracelets” putain là déjà je me dis que c’est une chance ! Avec une copine, on arrive à Chengdu, j’essaye de trouver un contact pour savoir où est l’hôtel, je trouve un contact, je me fous dans l’hôtel et je l’attends pendant 6 heures en bas. J’envoie un message à Brandon, c’était son manager à l’époque, très sympa. Je lui demande si on peut se voir. Il me dit “On descend à telle heure… sois là !” et je descends et je vois Steve arriver. Je lui donne une clef USB. Et dessus il n’y avait pas “Dream On”, mais il y avait qu’un petit morceau de “Dream On”. Il y avait 30 secondes du track… Peut-être une minute mais maximum ! Et je lui dis “Je sais c’est pas un track complet mais j’aimerai que tu écoutes ça !” fin de la conversation. Ce mec il m’a inspiré pour tout. Pour n’importe quoi, il à changé ma vie ce mec. Et donc ça, ça se passe. Le festival se passe, je rentre chez moi. 1 mois, 2 mois, 3 mois… 3 mois après Brandon m’ajoute sur Facebook, il m’envoie un message sur messenger et il me dit “Steve vient de retrouver la clef USB dans une de ses poches, il a kiffé la minute, est ce que tu peux le track” ? Je finis le track, je le renvoie et à partir de la, ça à été très long. Parce que le sample sort de Depeche Mode, donc il a fallu le clearer. On a attendu 1 an avant la release. Donc tout le processus pour sortir un track a pris presque 3 ans… Et heureusement que c’était pas un track genre fashion que sur un moment. C’est un track que tu peux écouter n’importe quand. D’ailleurs faut savoir qu’il y a plein de tracks qui ne sont pas sorties, parce qu’ils ont été démodés. Et oui ! J’ai vraiment une chance incroyable. Et en plus de ça, c’est sorti juste après que la Swedish House Mafia se soient remis ensemble. Donc là, j’étais tranquille !

Tu sors peu de titres chaque année… Choisis-tu de privilégier la qualité à la quantité ?

La qualité d’abord ouais, bien sûr. Il y a plein de DJs qui releasent des tracks tous les mois, mais ils passent tous à la casse, c’est dommage quand même. Alors je suis d’accord, quand tu as une très bonne track faut pas la laisser dans ton ordinateur. Parce que c’est ce que je faisais avant, j’avais des dossiers pleins de tracks mais je releasais rien. C’est con tu vois. Mais par contre faut release ce qui te fait plaisir de release. Je pense que quand t’es artiste, du moment où tu commences à ne pas faire ce que tu aimes, tu te mens. Et si tu te mens, tu n’es pas toi même. Aujourd’hui, j’ai joué des trucs assez pointus. J’ai un pote hier qui était la, il m’a dit “Quand je vois le public, mon pauvre tu as intérêt à faire des edits pour le camping !” alors je prends ça à la rigolade sur le coup, mais il me dit “C’est vrai que c’est compliqué”. Et c’est dommage ! Putain, on a le pays le plus artistique du monde ! Ça faut pas l’oublier.

Tu es également très bon remixer, avec notamment ta reprise de “Your Mind” d’Adam Beyer et Bart Skils ou encore “7 Rings” d’Ariana Grande. Remixer des musiques d’une telle envergure : c’est pas délicat ?

J’aurai un conseil à donner aux jeunes : si tu remix quelque chose, c’est pas pour refaire le track. Si tu remixes un son de trap pour en faire de la trap, il y a pas d’intérêt ? À part si tu es un grand de la scène. Mais si tu fais un remix d’une manière différente, moi “Your Mind” je l’ai jouée plein de fois dans mon set, la vraie version. Putain je peux pas jouer le drop, c’est très dur. T’es obligé de le jouer à l’Amnesia Ibiza pour que ça sonne. Ou dans une très grande room, sinon ça ne sonne pas, et puis faut le jouer à 6h du matin. Du coup je l’ai fait d’une manière que je puisse la jouer dans les clubs où je joue ! Parce qu’à Hong-Kong, je joue ce que j’ai joué aujourd’hui. Parce que c’est très hype comme endroit. Et les gens ont adoré. Il y a tout le monde qui était en train de shazamer. Et je vois marqué “Pas de résultat, pas de résultat” ! J’étais là en mode “Mais c’est trop bon !”. Du coup, c’est pour ça que je l’ai sortie. Et par contre, faut savoir que j’ai pas payé de promo et aujourd’hui on en est presque à 20 000 plays. J’ai trouvé ça ouf quand même ! On a fait top 1, deep house sur Hypeddit. Pour le Ariana Grande, c’est un peu pareil. Je suis pas fan d’ellle, mais j’ai écouté le track, et je me suis dit qu’il y avait un truc à faire en écoutant le vocal. Je l’ai fait et il marche ! J’étais content de jouer ça même en France, et que les mecs, surtout les filles, réagissent.

Au final, tu préfères produire de toutes pièces ou donner une seconde vie à un son en le remixant ?

J’aime les deux. Alors ça, c’est délicat comme question. C’est très dur de faire un track de A à Z quand tu n’as pas de vocal. Et c’était très compliqué de trouver des vocaux car c’est très cher. Si tu veux mettre une bonne chanteuse, c’est minimum 1000-1500 euros. Donc il faut quand même avoir le budget. Je ne suis pas d’un niveau assez haut pour pouvoir dépenser autant dans une voix. C’est pour ça que j’aime bien les remixes. En plus, les gens les jouent. Parce qu’il faut pas oublier quand même qu’on est là pour faire de la musique, et cette musique il faut qu’elle soit jouée dans les clubs. C’est pour ça que j’aime donner des deuxièmes vies à des tracks comme ça… ”clubs”. “7 rings” c’est pas un track club à la base. Tout ça pour dire que oui, je pense que j’aime les deux autant, je ne peux pas donner mon avis là dessus. Mais c’est sûr que t’es content quand t’as un track fini.

Tu as eu des dates en Thaïlande, en Chine et en Taiwan, aujourd’hui tu performes à l’Electrobeach avec un public majoritairement français. Quelle est la plus grosse différence, pour toi, entre le public asiatique et le public français ?

Je vis à Hong-Kong. Dis pas à un Hongkongais qu’il est chinois sinon il va te fracasser la tête (rires). Après c’est très compliqué de répondre à ça pour moi. Parce que en gros ,je ne joue jamais en France. Je vais dire la vérité, je rêverais de jouer en France. Je rêverais de faire ce que je fais à l’étranger en France. Mais faut dire la vérité: la scène club en France elle est pourrie. Je ne dénigre aucune musique mais, ou est ce que tu veux que je joue ? Alors ok les clubs dans lesquels j’aimerais vraiment joué il y a l’Opium à Toulouse et le Azar à Lyon. Et j’aimerais jouer une fois à Paris parce que j’y ai jamais joué ne serait-ce qu’une fois à Paris ! Donc pour en revenir au public, j’ai pas été surpris mais, je trouve que ça c’est plutôt bien passé aujourd’hui. J’avais une appréhension, parce que je sais que c’est pas facile. Ma musique n’est pas forcément ce que le public français attend. Surtout à cette heure ci ! Et j’étais content de pouvoir baisser un fader et d’entendre les gens crier. J’ai besoin de la réaction du public. Je ne suis pas un producteur à la base. J’ai appris la production mais je suis un Dj de club, ça veut dire qu’il me faut le club en face de moi ! Je me sens mieux en club qu’en festival quand même, parce que j’ai cette proximité avec les gens.C’est tout ces putains de souffles qui me font respirer ! C’est ces gens qui respirent en face de moi parce que c’est grâce à eux que je suis la. Donc ouais, merci à la France et surtout à l’Electrobeach de m’avoir donné cette chance de jouer la. J’ai même demandé à la directrice générale de venir me voir tout à l’heure dans ma loge pour la remercier.

Une date comme aujourd’hui, c’est une occasion parfaite pour gagner en visibilité auprès d’un nouveau public ?

J’aimerais… Je rêverais de rentrer dans mon pays et d’y pratiquer mon métier. c’est la vérité ! Mais c’est trop compliqué pour moi Peut-être avec le temps, peut-être avec un des projets que j’ai en tête. Mais je peux pas en parler dans l’interview. Mais ça me donnerait peut-être l’opportunité de jouer ici. Je vais me rapprocher de la France, mais pour l’instant ma vie elle est la bas.

Quels sont tes projets à venir ?

Plus de prods et faire plus de remixes dès que j’ai le temps. Et agrandir Kids !

Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier message à faire passer ?

Merci de vous intéresser à moi ! Je cours après personne, et j’adore donner. Et même que ce soit une interview, j’aime la donner. Merci à vous et merci de prendre le temps de venir vous intéresser à un artiste. Je me rappelle quand je faisais des interviews quand j’avais 3 followers et ça fait autant plaisir que d’en faire maintenant. Et merci, parce que c’est aussi grâce à vous que la musique électronique vie ! Donc merci, c’est ça le mot de la fin !

Réalisation : Valso / Préparation : Valso, Mike & Lutel / Retranscription : Elbiizz & Lutel

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