Interview : Fakear

© Instagram de Fakear

Nouvelle interview sur Valliue. Lors de son concert à Bruxelles, nous avons eu l’occasion de rencontrer Fakear. Sa vision de la musique électronique, ses projets et ses ambitions, retrouvez l’intégralité de ses propos ci-dessous :

Salut Fakear, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Théo, j’ai 27 ans. Je fais de la musique sous le nom de Fakear depuis 2012 plus ou moins. Que dire de plus… J’ai sorti deux albums et là, je suis en fin de tournée. Je fais de la musique électronique à base de samples de World Music et ça donne un truc assez…Assez World en fait. Justement, je ne sais pas vraiment comment définir ma musique (rires).

Justement, c’est la question de base du site… Quelle est ta définition de la musique électronique ?

C’est hyper large ! Pour moi, c’est juste la musique qui sert d’outil électronique. C’est marrant, car c’est le seul genre de musique qu’on définit de par l’outil qui le créé. Tout le reste de la musique, c’est de la musique acoustique et ça, c’est de la musique électronique car il y a cet outil. Cela a créé un genre de musique avec tous les sous-genres qu’on connait comme la House, la Techno etc. Mais à la base, c’est de la musique qu’on créé avec un outil électronique.

On te retrouve ici à Bruxelles, ville qui en a inspiré bon nombre d’artistes au cours de l’Histoire. De plus, on est au Théâtre National de Belgique, cela représente quoi pour toi de jouer ici ce soir ?

Je connais assez mal cet endroit. Je connais un petit peu Bruxelles mais c’est une ville que j’aime beaucoup. Et c’est cool, car c’est la première fois que je joue ici et c’est vrai qu’il y a un aspect plus que salle de concert ou club. Il y a un truc en plus, assez majestueux, un peu grand, qui dépasse le concept de salle de concert. Et ça, c’est top car c’est le dernier live de notre tournée et on va jouer fort ! C’est trop bien de la faire dans une salle aussi jolie !

Tu es entouré par la musique depuis ton plus jeune âge, avec des parents musiciens. Pourquoi avoir choisi la musique électronique comme façon de t’exprimer ?

A la base, je ne suis pas du tout issu de la culture Club ou Hip-Hop. Je suis arrivé dans la musique électronique assez tard. Avant, je faisais du Rock, je jouais de la guitare dans un groupe de Punk au lycée. J’en suis venu à la musique électronique petit à petit. Mais d’abord, cela était surtout parce que je voulais exprimer mon truc propre, mon univers. Et via les ordinateurs, c’était facile ! On est la génération qui a grandi avec ça, on est déjà tous à peu près à l’aise avec l’informatique et du coup, c’est super facile d’enregistrer ses propres morceaux et de rechercher des samples. Mais cette transition ne s’est pas faite tout de suite. Au début, j’utilisais l’ordi pour enregistrer mes chansons guitare/voix. Cela a duré deux ans, deux ans et demi. Ensuite, j’ai commencé à manipuler mes samples, mes enregistrements… Puis j’ai rajouté des beats dessus et c’est devenu de la musique électronique. Cela s’est fait plutôt naturellement en fait.

Tu viens de dévoiler une collaboration avec La Fine Equipe, à l’occasion de la sortie de la compilation Nowadays V, qui marque les cinq ans du label. Avec ce morceau, on ressent moins le côté “voyage” et plutôt une influence hip-hop. Peux-tu nous en parler ?

C’était un délire à la base mais c’est vrai qu’il y a un truc très Hip-Hop comme dans l’utilisation des samples, la manière dont ils sont découpés et utilisés etc. On n’est pas vraiment parti avec un objectif à la base, on a surtout déliré en studio et ça a donné ça. C’était vraiment fun ! C’est moi qui joue le piano et c’est eux qui ont vraiment structuré le morceau. C’est pour ça que ça sonne vraiment Fine Equipe.

Est-ce qu’on peut dire que ce morceau est le début d’un nouveau Fakear ?

Alors, il y a un nouveau Fakear qui se prépare pour début 2019, mais il sonne pas trop Hip-Hop. Pour ce morceau, c’était vraiment un délire entre potes !

Reparlons un peu de ton dernier album “All Glows”. Il est très différent de ce que tu as pu faire précédemment, comme une parenthèse dans ton art. Pourquoi une telle rupture musicalement entre “Animals” d’un côté et “All Glows” ?

Alors, il s’est passé plein de trucs entre les deux albums, humainement et musicalement parlant. Honnêtement, je ne pourrais pas expliquer tout ce qu’il s’est passé car c’est très large et varié. « All Glows », c’est un album que j’ai composé quand j’étais en Suisse. J’étais donc très isolé de la vie urbaine, de la vie de la nuit, de la vie des clubs que je fréquentais avant quand j’étais à Paris. Du coup, c »est aussi un album qui est beaucoup plus apaisé, qui parle de choses beaucoup plus lumineuses. C’est aussi un album très pop. Je voulais aller dans cette vibe-là parce que je n’avais jamais vraiment testé l’aventure « grand public ». Je voulais voir où ça allait me mener. J’ai suivi les conseils de mes labels et on a décidé ensemble pour les collaborations. Je suis content d’avoir fait cet album car en plus la période de création était assez cool. Mais là, j’en reviens complètement. Le concert à Bruxelles, c’est le dernier soir où on joue « All Glows« . Le truc pop, c’est cool de l’avoir fait mais j’ai envie de revenir à quelque chose de plus underground, de plus proche des gens aussi. Déjà, pour cet album, je me suis isolé géographiquement mais aussi avec les labels etc. Dans les gros labels, c’est cool mais tu as tendance à t’éloigner de ton public. Car eux, ils poussent à suivre les modes, à faire des tubes, à passer en radio. C’est une stratégie comme une autre mais ce n’est pas du tout mon cas. Je voulais tester cette voie un peu mainstream et voir si c’est encore possible de garder son identité et de rester honnête. Et j’ai découvert que finalement… Non, ce n’est pas possible.

C’est assez admirable car les artistes sont vite emportés par toute cette sphère mainstream !

Oui grave ! Paradoxalement, c’est quand je suis revenu à Paris, dans la vie parisienne que je suis sorti définitivement de ça. Revoir tout le monde, le public etc, je me suis dit que je m’étais éloigné de ce pourquoi je voulais faire de la musique à la base.

On aime particulièrement ta collaboration avec Ibrahim Maalouf, “Sacred Feminine”. Comment s’est passé la rencontre avec Ibrahim ? Quelle est l’origine de cette excellente collaboration ?

Il y a longtemps, on s’est dit mutuellement par mail qu’on kiffait ce que faisait l’autre. Il cherchait des remixeurs et je l’ai rencontré comme ça. Au moment de la création de « All Glows », il y avait déjà pleins de featurings suggérés par le label Mercury, mais il y avait aussi deux trois collabs que je suis allé cherché moi-même comme Polo & Pan et Ibrahim Maalouf.

Du coup, je lui ai juste envoyé un mail en lui disant : « Je suis en train de faire un album et ce serait vraiment un honneur d’avoir ta trompette quelque part. » Je lui ai envoyé pleins de tracks et il a choisi celle-là. On ne s’est pas vu lors de la création, on s’est juste vu au concert à Paris, pour la sortie de « All Glows ». Il est venu joué et c’était vraiment ouf ! En plus, il est adorable, c’était vraiment incroyable.

Le mélange de style musicaux, c’est important pour toi ?

Je ne sais pas si c’est plus important qu’autre chose mais j’ai l’impression de le faire sans réfléchir. Je ne me suis pas lancé dans Fakear en me disant : « Je vais avoir un projet de tel genre musical et je vais l’appeler Fakear« . Je me suis dit : « Je vais faire de la musique, je vais m’appeler Fakear et on va voir ce qu’il se passe. » Cela aurait pu être du Reggae si j’avais été fan de Reggae. Je voulais un projet dans lequel je pouvais mettre tout ce que je pouvais mettre, ce qu’il me passait pas la tête en résumé. Du coup, c’est devenu ce que c’est, une musique hybride, un peu Chill, un peu House, un peu World…un peu chelou (rires).  Mais plus sérieusement, ça vient comme ça, je ne le fais pas exprès.

Quand on parcourt ta discographie, on constate que tu as peu de collaborations avec d’autres producteurs de musique électro. Est-ce une volonté ?

Cela se fait assez naturellement. Je n’aime pas provoquer les collabs, j’aime bien que cela soit fait humainement. On se voit d’abord, on parle aussi d’autres choses que de la musique ou du boulot. Il faut qu’on s’entende bien, qu’on délire, qu’on boive des coups etc. Au final, il faut que travailler avec l’autre, ça reste un plaisir. Du coup, c’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de producteurs de musique électro car je ne suis pas très proche de ce monde-là. A part deux trois potes du réseau mais c’est un monde qui m’est assez étranger. Il y a aussi beaucoup de producteurs qui ont leurs idées bien précises, qu’ils savent où ils veulent aller etc. Je suis plus proche des musiciens pop car ils mettent un peu tout ce qu’ils ont et tout ce qu’ils veulent, et c’est plus mon délire. En plus, bosser avec un producteur, il y a aussi une sorte de défi différent car les deux bossent sur la même surface et donc c’est plus difficile de partager les univers. Il n’y a pas un truc qui se complète. Par exemple, avec Ibrahim Maalouf : il joue de la trompette et moi, pas du tout. C’est lui qui a apporté sa touche en plus. Mais avec un producteur, c’est comme si tu joues de la guitare en face d’un autre mec qui joue aussi de la guitare. C’est possible de collaborer mais tu dois laisser de la place à l’autre etc. C’est un processus différent.

On dit souvent que la musique électronique est synonyme de bruit, de musique sans âme, quelque chose qui n’est pas vivant. Et pourtant, tu renverses tous ces clichés grâce à ton art. Est-ce que ça te touche ? Est-ce que tu prends cela en compte une fois en studio ?

Merci ! Et oui, j’ai affronté ces clichés. D’ailleurs, le nom de Fakear vient de là car c’est de la « fausse musique ». Pour la vieille génération, tu fais de la musique sur un ordinateur donc, ce n’est pas vraiment de la musique. Alors que le boulot est aussi complexe que celui d’un compositeur classique. Tu es tout seul, face à ton clavier et tu dois penser à toutes les parties de tous les instruments de ton morceau. L’avantage qu’on a sur les compositeurs classiques, c’est qu’on peut entendre à l’avance et gommer si besoin. On n’est pas obligé d’avoir un orchestre symphonique devant nous pour vérifier si c’est bien. On doit tout de même penser à ce que peuvent faire tous les instruments, les spectres, les basses etc. Et surtout, ça vient uniquement de toi donc il y a un truc hyper complet dans la musique électronique. Je ne suis pas un bon instrumentiste, il n’y a pas un instrument avec lequel je suis hyper doué mais faire de la musique électronique, ça m’a fait progresser sur le solfège et dans l’ensemble. On est un peu des chefs d’orchestre !

Et oui, on est confronté aux clichés du style « C’est de la fausse musique » ou « Tu es un Dj Boum Boum ». Et quand tu entends ça, tu réponds : « Viens voir et tu verras ce que c’est vraiment » !

Tu as joué dans une grotte à Malte pour Cercle afin de présenter “All Glows”. Comment était l’expérience ? Qu’est-ce que cela t’apporte humainement et musicalement de jouer dans des endroits insolites comme celui-là ?

C’était dingue ! C’était la première fois que je jouais tout un set face… À personne ! Il y avait juste la grotte ouverte sur la mer, le ciel bleu etc. Cela te remet tout de suite à ta place d’être humain. Quand tu fais un concert et qu’il y a pleins de gens devant toi, qui kiffent ton truc, tu as l’impression d’être une sorte de dieu, de roi. Il y a un truc hyper grisant ! Quand tu redescends de scène, tu dois te recentrer. A Malte, je faisais mon truc et j’avais l’impression de mettre des coups d’épée dans l’eau. Tu es face à la nature, tu n’es le roi de rien. Elle peut t’écrabouiller et c’est terminé. Quand tu joues ta musique face aux gens, tu as l’impression de leur véhiculer quelque chose. Face à la nature, j’avais l’impression que c’était elle qui véhiculait quelque chose à la musique. J’étais au service de la nature, je ne lui offrais pas quelque chose.

Il y aurait un endroit où tu rêves de jouer ?

Je ne sais pas trop. Le live en haut des montagnes que j’avais fait aussi avec Cercle, c’était mortel ! Jouer au sommet des montagnes, c’est complètement ouf. Il fait froid, il y a moins d’oxygène et donc tu bouges moins. Si tu sautes trop, tu perds les pédales, c’est assez marrant. Sinon, un endroit symbolique…J’aimerais jouer au Japon ou faire un set dans la jungle ou dans la forêt avec des gens…Mais il faudrait que ce soit un gros truc de hippies ! (rires).

Tu aurais aimé faire le festival de Woodstock ?

Carrément ! D’ailleurs, j’ai fait un festival dans le même genre au Canada. C’est le Shambhala Festival et c’est complètement Woodstock. C’est dans la forêt, avec des lacs et des rivières, les gens sont tous tout nus, ils se font des bisous, ils prennent de l’acid etc. Je faisais mon set de nuit, il y avait des danseurs sur scène, des performeurs, c’était complètement cinglé. Un peu comme le village des Ewoks dans Star Wars (rires). J’aimerais organiser un truc comme ça !

Petit Biscuit, Trinix, toi-même… L’électro chill se porte très bien en France. Comment expliques-tu l’émergence de talentueux artistes français ces dernières années, dans ce style ? Et quelles sont les relations que tu as avec ces artistes ?

Møme et Petit Biscuit, je les connais assez bien. On s’est vu pas mal de fois. Ils sont plus proches entre eux ,que moi avec eux. On n’est pas vraiment de la même génération, dans le même mood. Je me sens plus proche d’artistes comme Dream Koala, Superpoze etc… Pour le coup, ce sont vraiment des copains. On a la même mentalité, le même mood. Petit Biscuit et Møme ont une approche beaucoup plus pop finalement. Je trouve ça super cool que le style se démocratise car ça  nous permet d’en vivre mais aussi de faire des tournées assez cools. Il y a 10 ans, ce n’était pas du tout le cas. Il y avait juste C2C. Et désormais, il y a pleins de petits projets. Cependant, il y a les deux côtés de la pièce : d’un côté, ça se démocratise et c’est trop bien. Il y a de plus en plus de gens qui viennent voir les concerts etc. De l’autre côté, le style commence vraiment à être récupéré par les majors, les labels, les grosses radios etc. J’aimerais justement ouvrir cette scène à des styles plus Trance, plus Goa, plus teufs, plus Downtempo. La scène Chill qu’on connait avec Møme, Petit Biscuit, il y a la même chose en version alternative en Downtempo et les projets sont complètement géniaux. Et personne en entend parler car c’est un autre réseau. J’aimerais bien que ces 2 réseaux se rencontrent. Ensemble, on sera plus fort ! Le problème, c’est que j’ai l’impression que la scène Goa/Trance est vraiment considéré comme un truc de sale hippie… Du moins en Europe de l’ouest. En musique électronique, il y a aussi un problème. Les producteurs ont une image discrète. Ils sont tous bien sapés, bien coiffés, tout est bien cadré. Cela me fait rire mais je trouve qu’il faut aussi les laisser souffler. L’avantage de la musique électronique, c’est l’infinité de possibilités et elle devient la chose la plus étriquée ! Il ne faut pas oublier que Avicii en est mort à cause de ça !

Pour tes futurs sons et le potentiel album à venir, tu as déclaré vouloir “changer et trouver un nouveau filon musical”. À quels bouleversements doit-on s’attendre dans ta musique ? Quels sont tes projets artistiques pour 2019 ?

Je suis rentré en France, je suis retourné habité à Paris et je suis sorti de cette vibe un peu pop. J’ai envie de revenir vers le monde de la nuit, des clubs. J’ai l’impression que le courant du moment, c’est le Hip-Hop. Tout le monde ne programme que ça et la musique électronique revient gentiment vers les clubs et la nuit. Elle en était sortie il y a quelques années, à un tel point que les DJs étaient devenues les nouvelles rockstars. Aujourd’hui, ce sont les rappeurs et les DJs ont été complètement éclipsés. C’est pas plus mal car on sort aussi des batailles pour les radios, le mainstream etc. Tout le monde revient vers le monde de la nuit et je suis un peu la mouvance. Je me suis aussi ouvert à d’autres styles musicaux, beaucoup plus expérimentaux. Je refais moins de collabs, je fais des morceaux avec des structures différentes. J’ai envie de tester autre chose. J’ai poussé le bouchon du coté pop et j’ai envie de le pousser dans l’autre sens. J’ai envie de faire un truc plus psyché, plus barré mais ça restera très World, très coloré.

Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier message à faire passer ?

Si je devais passer un message au monde entier….Qu’est-ce que je pourrais lui dire…..Franchement, je sais pas ! Et je vais pas dire de bêtises (rires).

Réalisation : Remicrd / Préparation : Valso, So et Remicrd / Montage : Remicrd. 

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