Gesaffelstein : l’ère Hyperion

© Facebook de Gesaffelstein

Le dernier album de Gesaffelstein, Hyperion, a reçu un accueil très hostile, que ce soit de la part de la presse ou des fans. La principale critique émise à l’encontre de cet opus étant qu’il n’est plus dans le style habituel de Mike Lévy. Nous avons volontairement décidé de ne pas écrire d’article sur Hyperion, car il est extrêmement compliqué de juger la démarche artistique d’un producteur comme Gesaffelstein. Un artiste qui s’est créé son propre style, qui a inspiré des milliers de personnes et qui décide, pour son retour sur le devant de la scène, de rompre avec tout ce qu’il a fait auparavant. Et c’est en ce dimanche 14 Avril que le producteur a dévoilé son nouveau live à Coachella. Le moment est donc venu de faire un premier point sur « l’ère Hyperion« .

L’album

© Youtube « Lost In The Fire »

Hyperion est sorti le 8 mars 2019 et est composé de 10 tracks. Il sort 5 ans et demi après son premier album, Aleph. Sur ce précédent opus, des titres comme « Pursuit » ou « Hate Or Glory » sont instantanément devenus des classiques, ne pouvant être comparés à aucune autre production existante. Aleph était la suite logique des deux EPs Conspiracy, sortis en 2011, qui avaient fait l’unanimité. En ce qui concerne Hyperion, nous ne sommes toujours pas en mesure d’établir une critique de cet album. Quand on y repense, les premiers retours à l’écoute de Human After All n’étaient pas élogieux non plus. Mais lorsque les Daft Punk ont dévoilé Alive 2007 à Coachella, les détracteurs se sont fait bien plus rares.

Tout ce qu’on peut dire, c’est que Hyperion casse les codes de ce qu’on pourrait appeler un son à la « Gesa ». Sur cet album, la techno si reconnaissable du Lyonnais est remplacée par des productions tantôt pop et qualitatives, comme la très entraînante « Blast Off« . Tantôt expérimentales, comme la très intrigante « Humanity Gone » qui dure plus de 10 minutes et qui clôt l’album. Un morceau qui n’est pas sans rappeler, dans la démarche et la construction, la sublime « Contact« , ultime piste sur le dernier album des Daft Punk. Hyperion a donc déçu la quasi-totalité des personnes l’ayant écouté. Il est sûr que de s’attendre à écouter des sons comme « Viol » et entendre « Lost In The Fire » à du en choquer plus d’un.

Cependant, n’oublions pas ce qui caractérise un artiste. Si on regarde sa définition au sens littéraire, il est « un individu cultivant ou maîtrisant un art, un savoir, une technique, et dont on remarque entre autres la créativité, la poésie, l’originalité de sa production ». On ne peut pas demander à un artiste de répéter encore et encore une technique qu’il maîtrise à la perfection. Sinon, le public lui tournera le dos, ayant envie de renouveau, et l’artiste ne s’épanouira plus, ne pouvant plus s’exprimer totalement.

Gesaffelstein s’est donc retrouvé dans une situation presque inédite pour un producteur de musique électronique. Que ce soit la presse ou les fans, personne ne semble apprécier la démarche du Français de se renouveler. C’est pourquoi il est arrivé sur la scène du Coachella avec une pression inimaginable. Mike Lévy n’avait pas le droit à l’erreur, sous peine de totalement rater son passage dans sa nouvelle ère.

Le live

© Facebook de Gesaffelstein

Gesaffelstein arrive sur scène très sobrement et on découvre la nouvelle identité visuelle de l’artiste, déjà mise en avant sur les clips de « Lost In The Fire » et « Blast Off« . Il porte ce qui s’apparente à un kimono, et son visage est caché par un masque moulant à la perfection les traits de son visage et de sa chevelure. On peut ne pas aimer cette mise en scène, mais force est de constater qu’elle ne laissera personne indifférent. Regarder le producteur bouger aux rythmes des notes qu’il contrôle, sans réellement voir son visage, a quelque chose de dérangeant, et est visuellement très réussi.

Les premières notes retentissent et laissent s’exprimer toute la puissance de « Blast Off« , sa collaboration avec Pharell Williams. Le titre, déjà très bon sur la version de l’album, est ici retravaillé et se transforme en une introduction ravageuse. Durant l’heure qui suit, ce sont 13 titres qui se succèdent dont 5 issus de Hyperion, et 2 ID’s. Les morceaux de son dernier album sont joués au début et à la fin de la prestation. Laissant le cœur du live à des reworks très aboutis de ses plus grands titres comme « OPR » ou « Control Movement« .

Et c’est peut être la qu’on voit à quel point Hyperion est presque nécessaire à la discographie de l’artiste. Si nous prenons l’exemple de Justice, qui vient de finir deux ans d’une tournée exceptionnelle… L’une des clés de leur succès a été que le duo a su présenter un live mixant leurs titres les plus violents comme « Waters Of Nazareth » avec des sons plus légers comme « Love S.O.S.« . Le producteur Lyonnais fait de même en enchaînant par exemple « Forever » et « Viol« .

Le tout donne sans doute le live le plus abouti que l’artiste ait pu nous proposer. La discographie de Gesaffelstein s’est grandement étoffée et cela lui permet de pouvoir jouer entre les sonorités, et de ne pas rester uniquement dans son univers techno. Ce même univers qui, certes, lui a permis d’éclore aux yeux du grand public mais qui ne peut, à lui seul, faire de Mike Lévy l’artiste accomplit qu’il est entrain de devenir. Et à voir l’énergie qu’il dégage lors de son live, il semble être pleinement épanoui.

© Koury Angelo

Gesaffelstein remet actuellement en cause l’ensemble des éléments qui ont fait de lui la superstar qu’il est devenu. En faisant cela il s’est exposé, bien évidemment, à toutes les critiques qui lui ont d’ailleurs été faites. Mais peut-on critiquer un artiste qui prend de tels risques ? En se lançant dans le projet Hyperion, Mike Lévy connaissait les conséquences de ce changement radical dans son identité musicale. Et il a poussé ce nouveau projet encore plus loin en dévoilant une nouvelle signature visuelle, qui pourrait en déranger certains. La prise de risque opérée est à la hauteur de la carrière de l’artiste, hors norme.

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