
ILLENIUM a présenté son nouvel album, « Odyssey », ce vendredi 6 février. L’artiste américain, figure incontournable du Dubstep mélodique et la Future Bass, a décidé de prendre un nouveau tournant.
2 ans. C’est le temps qu’ILLENIUM aura mis pour produire un nouvel album. Le temps de surfer sur l’énorme succès de son album éponyme, qui lui avait permis de partir en tournée mondiale et d’asseoir son statut de figure majeure du Dubstep mélodique et de la Future Bass.
Entre temps, l’artiste américain s’est produit sur les plus grandes scènes du globe, s’est investi dans son projet de festival, l’Ember Shores, et a donc travaillé en studio sur un nouvel opus. Pour sa promotion, ILLENIUM a décidé de dévoiler plusieurs singles les mois précédant sa sortie. Nous avions déjà présenté trois d’entre eux, « In My Arms », « Ur Alive » et « Refuge ».
Les singles « To The Moon » (avec Alok) et « With Your Love » (avec Ryan Tedder de OneRepublic) confirment la nouvelle direction artistique prise par ILLENIUM, tandis que « War » (avec Lø Spirit), « Forever » (avec Tom Grennan et Alna) et « Feel Alive » (avec Dabin et Bastille) restent dans son registre classique.
« Odyssey », notre analyse détaillée de l’album
Après « Ashes », « Awake », « Ascend », « Fallen Embers » et « ILLENIUM », ILLENIUM présente donc « Odyssey », son 6e album studio. C’est parti pour une analyse de cet opus, composé de 19 morceaux.
Comme c’était le cas dans « Ascend », « Odyssey » s’ouvre sur une courte intro qui annonce la seconde track. Du nom de « Into The Dark », cette dernière tape dans le mille. On retrouve l’univers sensible d’ILLENIUM, avec les vocaux cotonneux de Mako, une montée en puissance émotionnelle et un drop très bien exécuté. Avec un très bon pont et un second drop dans la continuité du premier, on a là tous les éléments de la recette infaillible pour une composition réussie de Dubstep mélodique. Il en va de même pour « Forever », où l’artiste intègre sa fameuse « reverse bass », qui l’avait fait connaître à ses débuts.
Après « With Your Love », vient « Feels Like You ». Deux tracks taillées pour les ondes radio et les grandes scènes de festivals, mais qui sonnent un peu hors-sujet lorsqu’on connait le répertoire d’ILLENIUM. C’est également le cas de « Don’t Want Your Love », avec Ellie Goulding, « sauvée » par ses synthés Trance.
Si on flirtait jusqu’ici avec la catastrophe, on n’y échappe plus sur « Slave To the Rithm » avec Bring Me The Horizon. Un mélange totalement indigeste de Heavy Dubstep, Hard Dance, Acid Techno et Metal. Quel dommage de ramener la bande à Oliver Sykes pour un tel résultat… Cette volonté d’en faire beaucoup trop, on la retrouve aussi sur « War », qui ne se démarque vraiment pas de ce qui se fait actuellement en Heavy Dubstep malgré ses accents Metalcore/Rocktronic.
Heureusement, ILLENIUM reste capable de vrais coups d’éclats, et d’écrire des morceaux très efficaces. On prend un grand bol d’air à l’écoute de l’excellent « I’ll Come Running » avec le duo Zeds Dead, et on est pris d’une nostalgie irrépressible sur l’euphorique « Take Me Back ». Sans doute les deux meilleures chansons de l’album, et de très loin.
« Love Is A Chemical » est quant à elle la meilleure track d’House progressive de l’album. Très simple, mais tout autant efficace. Les notes de piano en début et fin de morceau font mouche. De même que les leads de Future Bass sur « Feel Alive », qu’ILLENIUM et Dabin avaient commencé 6 ans plus tôt.
Cette partie de l’album, fort agréable et assez réussie, laisse place à « Monster ». Une balade qui se veut réconfortante et douce. ILLENIUM s’offre aussi le luxe d’inviter Kid Cudi sur « Not Ordinary », dans le style Dancefloor Drum and Bass classique.
Vient ensuite « Paris », la dernière track exclusive de l’album, porteuse de…pas mal de frustration. Car ILLENIUM décide ici de revenir à quelque chose de fondateur, faisant penser à ses tubes « Sound Of Walking Away », « Sleepwalker » ou « Where’d U Go », ou même à l’immense album « Worlds » de Porter Robinson. Mais le résultat est sans grande surprise et manque d’innovation.
Dommage, aussi, de ne pas terminer là-dessus mais bien sur « To The Moon », puis « Ur Alive », qui font partie des morceaux « radio-friendly » de l’album et sont émotionnellement assez creux.
Le moins bon album de la carrière d’ILLENIUM ?
Beaucoup de constats peuvent être tirés de ce 6e album d’ILLENIUM. Disons-le clairement : selon nous, c’est le moins bon. Nous n’irons pas jusqu’à dire que c’est « le pire », parce que quelques tracks se démarquent clairement des autres et ravirons les fans les plus exigeants. On notera également la possibilité assez folle qu’ILLENIUM a de désormais collaborer avec des énormes artistes, que ce soit dans la sphère électronique ou en dehors.
Abordons plus en profondeur un point saillant de cet album : celui du changement de direction artistique. Alors qu’ILLENIUM avait pris un tournant Metalcore/Pop punk sur son précédent album, celui-ci fait office de retour à l’EDM pur. Pas sûr que les fans de Dubstep mélodique et de Bass music en général apprécieront les tracks Deep House/Tech House/House progressive, qui sont d’autant plus lisses et passe-partout. En résumé : on lui reprochera moins de vouloir évoluer que de prendre ce tournant EDM…
Parlons également du manque de cohérence entre les morceaux. Sur 19 tracks, on voyage certes entre beaucoup de genres musicaux, mais on ne sait plus où donner de la tête. Surtout quand on retrouve un tel écart de qualité entre certains morceaux, qui d’ailleurs sont présentés dans un ordre…qui semble totalement aléatoire. Pourquoi faire une intro en deux sons, ultra émotionnelle, pour terminer sur deux tracks de Tech House à des années-lumière de l’identité d’ILLENIUM et du début de l’album ? Oui, nous sommes ici dans une odyssée. Une odyssée des genres. Mais on n’est pas si loin d’une odyssée « du lisse »…
Enfin, notons que les avis provenant des fans – notamment sur Reddit – semblent positifs, bien qu’une certaine partie se montre également mitigée. Preuve que ce changement de directement artistique peut plaire et ne relève souvent que de la subjectivité pure des auditeurs. Cependant, dans cet album, ILLENIUM semble s’être privé de nombreux éléments qui faisaient partie de son identité pure : moins de guitare acoustique, de piano, de leads célestes, d’ambiances planantes, de paroles profondes, moins de travail sur les voix et sur les percussions…A vouloir surfer sur la vague et plaire à tout le monde, on prend le risque de s’oublier soi-même.
Si « Odyssey » devrait confirmer le statut d’ILLENIUM, il n’aura peut-être pas comme effet de l’élever et de lui permettre d’accéder à une nouvelle dimension. Dans la foulée de sa sortie, ses fans pourront découvrir l’album lors d’une tournée titanesque : trois weekends de concerts à la Sphere de Las Vegas, avec comme invités Alok, Audien,Slander ou Dabin B2B Said The Sky notamment.
Après ses concerts « Trilogy », ILLENIUM grimpe donc encore de plusieurs paliers pour ses prestations live. Dans une interview récente pour ABC News, il confiait d’ailleurs que l’album avait été directement inspiré par sa promotion à la Sphere. Ce qui pourrait expliquer cette direction artistique…
