
À l’occasion de la sortie de son premier album « Väsen », nous avons eu la chance de poser quelques questions à la DJ/productrice La Fleur ! De ses choix durant la crise sanitaire à l’élaboration de ce premier album, en passant par son introspection musicale… Découvrez l’intégralité de ses propos ci-dessous :
(english below)
Salut La Fleur, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Bonjour ! Je suis une DJ/productrice suédoise et propriétaire d’un label. Mon nom d’artiste est La Fleur. C’est aussi mon deuxième prénom et un ancien nom de famille du côté de ma mère. J’ai vécu à Berlin pendant 13 ans et j’étais également résident au Watergate. Maintenant, je suis de retour à Stockholm. J’ai fait de nombreuses tournées dans le monde, notamment au Sónar Festival, Tomorrowland, Family Piknik, Warung, Fabric et bien d’autres. J’ai sorti de la musique sur des labels tels que Cocoon, Kompakt, MadHouse, Last Night On Earth, Truesoul et enfin sur mon propre label appelé Power Plant. J’ai eu le plaisir de travailler avec des artistes incroyables tels que Kerri Chandler, Sasha et Carl Craig.
C’est la question de base du site… Quelle est ta définition de la musique électronique ?
Pour moi, la musique électronique est un moyen créatif qui permet des possibilités infinies de manipulation et d’expression sonore, mêlant la technologie à l’émotion personnelle et à différentes énergies.
Il est impossible d’inscrire ton style musical dans une case spécifique, car tu varies entre house et techno selon tes envies. Cet éclectisme musical est-il nécessaire pour ton épanouissement artistique ?
Quand j’ai commencé à jouer des disques, je me suis promis de toujours rester fidèle à mon son et de jouer ce que je considère comme de la bonne musique. Je veux jouer en termes d’énergie plutôt qu’en termes de genre. J’aime embrasser plusieurs genres à chaque fois que je joue et maintenir une sorte de polyvalence musicale en tant qu’artiste. Quelque chose que j’ai considéré comme globalement positive et qui a également donné lieu à des bookings très variés au fil des années. Donc, pour répondre à ta question, je dirais que oui, c’est nécessaire.
Alors que tu étais en pleine phase ascendante, ta vie a été impactée par la crise sanitaire et tu as dû faire un retour prématuré en Suède. À cause de cela, tu as mis ton projet musical un peu de côté pendant plusieurs années. Comment as-tu vécu ces bouleversements, avec le recul ?
Je les ai traités selon ce que mon intuition me disait. Il était plus logique d’être proche de ma famille et de mes amis dans une période incertaine. Avoir leur soutien, leur proximité et leur amour autour de moi était indispensable pour traverser une période difficile. Je me suis sentie revigorée en revenant en Suède.
Dans ce genre de situations, est-il essentiel de “partir, pour mieux revenir” ?
Effectivement. Mais je ne reviendrai pas à Berlin cependant. Ce chapitre est clos, mais j’apprécie les années que j’y ai passées. Mais quitter Berlin et m’installer à Stockholm rendra mon retour encore plus fort, et je me sens aussi mieux en tant qu’être humain. Berlin sera toujours là et j’ai tellement hâte d’y aller à chaque fois que j’en aurai l’occasion.
Durant ta carrière, tu as réalisé très peu de collaborations (que ce soit avec des producteurs ou des chanteurs). Dans ton cas, la musique est-elle un synonyme d’introspection ?
Ce n’est pas que j’évite les collaborations. Je les aborde simplement de manière sélective. Lorsque je collabore, il est essentiel que l’alchimie soit bonne et que la collaboration serve la musique de manière significative. Pour moi, la musique est en effet introspective à bien des égards, mais il s’agit aussi de créer quelque chose qui résonne avec les autres sur le dancefloor ou dans leurs expériences d’écoute personnelles. Ma collaboration avec Sasha et notre morceau « Förbindelse », qui signifie “connexion” en suédois, s’est faite très naturellement. Et certains des remixes que j’ai faits ou que j’ai fait faire pour ma musique sont également des connexions très personnelles.
Courant octobre, tu reviens avec la sortie de ce premier album studio, “Väsen”, chez [PIAS] Electronique. Un projet que tu as longuement préparé. Quelles émotions racontent cet opus ?
Depuis que j’ai commencé ma carrière, sortir un album fait partie de ma liste d’objectifs et de rêves. La sortie de mon premier album Väsen m’a semblé être le point culminant de tout ce que j’ai vécu et absorbé tout au long de mon parcours musical. Au fil des années, j’ai exploré de nombreuses facettes de la musique électronique en tant que DJ/productrice et en dirigeant mon label Power Plant. Mais un LP permet une expression plus profonde, un récit plus complet qu’il est difficile de capturer dans des morceaux individuels ou des EPs. La décision de sortir Väsen vient désormais d’un sentiment de confiance et du sentiment que je suis vraiment prête à proposer quelque chose de plus introspectif. Le timing semble correspondre à mon évolution, non seulement en tant qu’artiste, mais aussi en tant que personne qui explore constamment de nouvelles façons de m’exprimer. C’est une étape importante pour moi, oui. Mais plus important encore, c’est une invitation pour les autres à se connecter à mon essence la plus profonde et à celle de ma musique.
Le titre “Väsen” signifie “Essence” en français. Ce titre signifie-t-il un retour aux bases pour toi, comme un nouveau départ ?
Väsen, qui se traduit par « essence » ou « esprit » en suédois, en est définitivement le reflet. Väsen signifie aussi bruit en suédois. Il représente à la fois le cœur de mon identité musicale et l’énergie que j’ai canalisée dans cette œuvre. D’une certaine manière, c’est un miroir de mon évolution personnelle, en équilibrant l’organique avec l’électronique, le solide avec l’impalpable.
Alors que tu avais déjà un projet d’album dans le passé, “Väsen” sera officiellement ton premier. Quel a été le déclic pour en sortir un maintenant, à l’heure où les plateformes de streaming favorisent la sortie de singles réguliers au détriment d’un album ?
Pour moi, il s’agit de raconter mon histoire. Et je ne pouvais pas dire tout ce que je voulais dire avec un seul single. J’ai senti qu’il fallait que les morceaux se rejoignent, que chaque morceau raconte une partie de l’histoire. Cependant, j’ai sorti des singles de l’album, et c’est une façon de donner aux plateformes de streaming ce qu’elles veulent. Mais pour ceux qui apprécient et comprennent le travail derrière un album, il y a la possibilité de l’écouter du début à la fin, d’entendre toute l’histoire.
Ton label Power Plant n’a plus eu de sorties depuis 2019. Est-ce un projet que tu as décidé d’arrêter ou bien comptes-tu le reprendre à l’avenir ?
J’ai l’intention de le reprendre très bientôt, probablement l’année prochaine. Mais je me suis concentrée sur ma propre musique originale et la sortie de l’album. Une fois que l’album sera sorti depuis un moment, absorbé et digéré par les gens du monde entier, je prendrai le temps d’élaborer un plan pour l’avenir de Power Plant. Surveillez ça !.
Avant la pandémie, tu avais joué en France à plusieurs reprises ! Quel souvenir as-tu du public français ?
J’ai toujours vécu des moments formidables en France. C’est peut-être dû au fait que la France est l’un des premiers pays fondateurs de la musique électronique, car je trouve le public très curieux, ouvert et intelligent. Autant de points forts à choisir comme Cercle, Family Piknik et Cabaret Vert. Il y a toujours une certaine énergie et acceptation de la musicalité de la part du public français. J’ai hâte de revenir, cela fait trop longtemps.
Quels sont tes autres projets à venir ?
Maintenant, on se concentre sur les remixes de l’album. Le premier est un remix d’Alinka, c’est une bombe, j’ai hâte de le partager avec vous !
Merci d’avoir répondu à nos questions. Un dernier mot à ajouter ?
La musique de l’âme peut être entendue par l’univers. Merci !
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Hello La Fleur, can you introduce yourself for those who don’t know you?
Hello! I’m a Swedish dj, producer and label owner. My artist name is La Fleur and it’s also my middle name and is an old family name from my mothers side. I lived in Berlin for 13 years, and was also a resident at Watergate but now I am back in Stockholm. I have toured the world many times, including shows at Sónar Festival, Tomorrowland, Family Piknik, Warung, Fabric and many more. I’ve released music on record labels such as Cocoon, Kompakt, MadHouse, Last Night On Earth, Truesoul and lastly but not least on my own record label called Power Plant. I’ve had the pleasure to work with some amazing artists such as Kerri Chandler, Sasha and Carl Craig.
This is the basic question of our website… What is your definition of electronic music?
For me, electronic music is a creative medium that allows for endless possibilities of sound manipulation and expression, blending technology with personal emotion and different energies.
It’s impossible to categorize your musical style, as you switch between house and techno based on your desires. Is this musical eclecticism necessary for your artistic growth?
When I started playing records I promised myself to always stay true to my sound and play what I think is good music.I want to play in terms of energy rather than genre. I love embracing multiple genres whenever I play and maintaining a sort of musical versatility as an artist. Something that I conclusively have considered a positive thing overall, and also resulted in very varied bookings throughout many years. So, to answer your question I’d say yes.
While you were on the rise, your life was affected by the health crisis, and you had to return to Sweden prematurely. How did you cope with these upheavals in hindsight?
I dealt with them as per what my gut feeling was telling me. That it made more sense to be close to my family and friends in an uncertain time. To have their support, their proximity and love around me was essential to go through a difficult time. I felt rejuvenated moving back to Sweden.
In situations like this, is it essential to « leave in order to come back better »?
Yes, indeed. I’m not coming back to Berlin though. That chapter is closed, but I appreciate the years I had there. But leaving Berlin and relocating to Stockholm will eventually make my comeback even stronger, and I’m also in a better place as a human being. Berlin will always be there and I’m so excited to visit every time I get the chance.
Throughout your career, you have done very few collaborations (whether with producers or singers). In your case, is music a synonym for introspection?
It’s not that I avoid collaborations. I just approach them selectively. When I do collaborate, it’s essential that the chemistry feels right and that the collaboration serves the music in a meaningful way. Music, for me, is indeed introspective in many ways, but it’s also about creating something that resonates with others on the dancefloor or in their personal listening experiences. My collaboration with Sasha and our track ‘Förbindelse’, which means connection in Swedish, came very naturally. And some of the remixes I’ve done and had done for my music are very personal connections as well.
This October, you’re returning with the release of your first studio album, « Väsen, » under [PIAS] Electronique. A project you have prepared for a long time. What emotions does this album convey?
Since I started my musical journey, releasing an album has been on my list of goals and dreams. Releasing my debut album Väsen felt like the right culmination of everything I’ve experienced and absorbed throughout my musical journey. Over the years, I’ve explored so many facets of electronic music—through DJing, production, and running my label Power Plant—but an LP allows for a deeper expression, a more holistic narrative that’s difficult to capture in individual tracks or EPs. The decision to release Väsen now comes from a place of confidence and a feeling that I’m truly ready to offer something more introspective. The timing feels aligned with my growth not just as an artist, but as a person who’s constantly exploring new ways to express myself. It’s a milestone for me, yes, but more importantly, it’s an invitation for others to connect with that deeper essence of me and my music.
The title « Väsen » means « Essence » in French. Does this title signify a return to your roots for you, like a new beginning?
Väsen, which translates to “essence” or “spirit” in Swedish, is definia reflection of that. Väsen also means noise in Swedish. It represents both the core of my musical identity and the energy I’ve channeled into this body of work. In a way, it’s a mirror of my personal evolution—balancing the organic with the electronic, the grounded with the ethereal.
Although you had an album project in the past, « Väsen » will officially be your first. What prompted you to release it now, at a time when streaming platforms favor regular single releases over albums?
For me it’s about telling my story. And I could not say everything I wanted to say with only another single. I felt they had to come together, each track telling a part of the story. However, I released singles from the album, and that is a way of feeding the streaming platforms what they want. But for those who appreciate and understand the work behind an album, there is the possibility to listen from start to end, to hear the full story.
Your label Power Plant hasn’t had any releases since 2019. Is this a project you’ve chosen to put on hold, or do you intend to resume it later?
I definitely tend to resume it very soon – most likely next year – but all focus has been on my own original music and releasing the album. Once the album has been out for a while, been absorbed and digested by people around the world, I’ll take time out to carve a plan for Power Plant going forward. Watch this space.
Before the pandemic, you had played in France several times! What memories do you have of the French audience?
I’ve always had amazing times in France. It might be due to France being one of the early founders in electronic music, because I feel the crowd is very curious, open and intelligent. So many highlights to choose from like Cercle, Family Piknik and Cabaret Vert. There’s always a certain energy and acceptance of musicality from the French crowd. I can’t wait to be back. It’s been too long.
What are your other upcoming projects?
Now the focus is the remixes for the album. First out is a remix from Alinka, it’s a bomb, I can’t wait to share it with you!
Thank you for answering our questions. Any last words to add?
Music in the soul can be heard by the universe. Merci!
La Fleur ‘VÄSEN’ is out now on [PIAS] Électronique. Get it here.
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Préparation : So & Valso / Traduction : Lilou & Valso
