
À l’occasion de la sortie de son superbe album « The Shape Of Wind » (review ICI), nous avons posé quelques questions à Tristan Garner. De son nouveau projet à la création de son premier live, en passant par l’importance de l’image dans le milieu musical… Retrouvez les propos du talentueux producteur niçois ci-dessous :
Bonjour Tristan, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?
Salut Valliue ! Je suis producteur et artiste de musique électronique depuis bientôt 20 ans, j’habite Nice actuellement, mais j’ai eu la chance de faire plusieurs tours du monde grâce à ma musique. J’ai une vraie passion pour l’art en général. Tout au long de ma carrière, j’ai évolué dans plusieurs styles toujours avec la même ferveur. Et à côté de mes expérimentations sonores, je gère en ce moment un studio de production sur Nice qui s’occupe de jeunes talents.
C’est la question de base du site : quelle est ta définition de la musique électronique ?
Pour moi, c’est un mélange de liberté et de rébellion. Liberté de pouvoir créer sans règle établie, sans dogme, sans connaissance théorique, sans solfège, et même sans instrument physique… C’est de l’expression artistique brute. Et c’est aussi une forme de rébellion envers un certain classicisme que l’on retrouve par exemple dans la pop, ou la variété. La musique électronique a toujours su casser les codes et repenser la musique de façon globale.
Ton album The Shape of Wind vient tout juste de sortir, et c’est une véritable pépite auditive ! Depuis quand cette idée “ambient/experimental” te trotte dans la tête ?
Merci beaucoup pour le compliment ! Cet album, c’est l’aboutissement de plusieurs années de recherches aussi bien visuelles que sonores. Mon album précédent (ndlr : Computer Core), était très focalisé sur la relation entre l’Homme et la Machine…. C’était une succession de morceaux très dark, à la frontière entre l’électronique et le métal, principalement dans les tons noir et rouge. Sur cet album, j’ai voulu totalement enlever l’humain de l’équation, et écrire une ode à la Nature. Au niveau des couleurs, aussi, j’avais un certain bleu en tête, très froid, inspiré par les mers et les paysages du Nord. C’est ce bleu qui a été le fil conducteur sur l’album. Musicalement, ensuite, j’ai vraiment voulu créer une œuvre intemporelle, que l’on pourrait écouter dans 10 ans sans ressentir le poids des années. D’où le choix d’une musique beaucoup plus ambient et cinématique.
Des mélodies planantes et envoûtantes, des visuels mettant en avant la beauté de la nature… “The Shape Of Wind” ne serait pas le fruit d’une introspection sur la personne que tu es, et non l’artiste, à une période charnière de ta vie ?
J’approche de la quarantaine et, effectivement, se pose la question de l’héritage artistique et de la transmission. J’avais le désir profond de partager quelque chose de beau à mes proches et mes fans, et non pas un énième « banger » electro… À l’heure du digital et des réseaux sociaux, la musique électronique n’a jamais été autant périssable, d’où le choix de créer un album complètement hors format accompagné d’un support vinyle.
Alors que tu as vécu pendant pas mal de temps à Paris, tu es revenu sur Nice il y a quelques années. Retrouver le calme de ta région natale était-il nécessaire pour ton épanouissement artistique ?
C’était une évidence pour moi, après des années de tumultes à Paris. J’ai adoré ma vie sur la capitale, pleine de fougue et de nuits blanches, mais j’avais besoin d’une énergie différente pour écrire cet album. Le calme et surtout la lumière de la baie des anges m’ont apporté une inspiration nouvelle.
Quel est pour toi, le titre le plus fort et le plus symbolique de ton album ? Appréhendais-tu la façon dont ton public allait recevoir ta nouvelle œuvre ?
The Shape of Wind, le premier titre de l’album résume assez bien l’esprit global du projet. Beaucoup de sound design, des tempos irréguliers, des sons très organiques qui puisent leur source dans la nature, et une mélancolie froide qui nous transporte. Ce fut un des premiers morceaux que j’ai composés, et il a donné la ligne directrice de l’album. Bizarrement, je n’ai pas vraiment appréhendé la réception du public, car c’était avant tout un challenge personnel : sortir un bel album, totalement indépendant, sans contrainte de labels ou de management, avec une direction artistique forte.
Ton magnifique et très mélodique titre “Et puis un jour…” a pour but de clôturer l’album. Représente-t-il une ouverture sur la suite de ton projet Tristan Garner ?
J’aime beaucoup ce titre, car il y a une vraie symbolique derrière. Sur tout l’album, j’ai décidé d’enlever l’Homme et de parler uniquement de la Nature. Sauf sur ce dernier morceau. Comme une sorte d’Adam et Eve à l’envers, le retour de l’Homme au Paradis, paradis qui n’est autre que notre planète Terre au final. Et puis en termes de musique, oui c’est une ouverture évidente sur la suite de mes projets, plus pop et teinté de passion.
En parlant de ton nom de scène, tu as décidé de le garder tel quel malgré l’exploration de nouveaux styles musicaux. Ce changement se veut donc assumé et c’est tout à ton honneur ! Selon toi, garder le nom de Tristan Garner pouvant être associé à l’époque de “Give Love”… C’est une force, ou cela peut être un frein ?
Personnellement, j’ai toujours eu l’impression de faire plus que de la musique. D’apporter une vraie scénographie, une histoire dans mes différents projets. Je me vois comme un réalisateur, qui passerait d’un film de science-fiction à un thriller par exemple…. L’histoire est différente, mais la vision reste la même. D’où le choix évident de garder mon nom. L’erreur serait de me cataloguer à un style de musique. Et pour Give Love, j’aime toujours autant ce titre, il a su garder une belle saveur. Il y avait déjà à l’époque le même désir de scénographie, je vous invite à revoir le fameux clip !
On te sait proche d’anciens compères comme Michael Canitrot ou Gregori Klosman. Quelles ont été leurs réactions lorsque tu leur as appris ta nouvelle vision artistique ?
On a eu la chance de partager une aventure artistique complètement dingue il y a 10 ans (ndlr : avec Reepublic), et notre amitié ne s’est pas lassée au fil des années. Ils ont été les premiers à écouter les maquettes de l’album d’ailleurs et leurs feedbacks ont été importants.
Les visuels de l’album sont parfaitement travaillés ! Est-ce une volonté de réaliser une œuvre dans son ensemble ? Ou c’est une nécessité pour se démarquer, à l’heure où les producteurs sont de plus en plus nombreux ?
J’ai toujours voulu adopter une vision radicale sur mes projets. Que ce soit en termes de musique ou de visuel. Je suis intimement convaincu que l’Art doit être radical. On ne fait pas avancer l’Histoire en étant dans le consensus, la médiocrité… Donc oui, c’était une nécessité, et une volonté profonde de réaliser une œuvre forte avec une vraie direction artistique.
Tu as la particularité d’être toujours bien habillé, barbe bien taillée… L’image dégagée à son public est-elle primordiale pour un producteur ?
On en revient à la question précédente, cette radicalité artistique ruisselle aussi sur mon personnage. J’ai fait le choix de revenir à des choses beaucoup plus classiques en termes de look. Revenir à des costumes de tailleurs était pour moi un joli doigt d’honneur à la fast fashion et au monde du tout jetable. Et toujours les mêmes concepts : l’intemporel, la recherche du beau, le souci du détail.
Pour la première fois de ta carrière, tu vas défendre ta musique en live ! Comment appréhendes-tu le fait de jouer exclusivement ta musique et de l’adapter en fonction du public que tu as en face de toi ?
C’est un nouveau challenge et je suis très fier d’avoir franchi le pas. Cela faisait des années que j’y songeais, et cet album m’a finalement donné les moyens de construire ce nouveau live. Je n’ai jamais vraiment été très fan des CDjs, et je ne me suis jamais vraiment senti « Dj » pour être honnête. J’ai toujours trouvé le mix beaucoup trop rigide : impossible de changer les tonalités, de changer les éléments des morceaux, impossible de rajouter des plugins… Le Live me permet de faire tout ça désormais, et même beaucoup plus.
Ce live sera donc une grande première, mais dans quel sens as-tu abordé la chose ? As-tu produit cette musique afin de pouvoir posséder un live ? Ou c’est simplement une suite logique, car ce style ne se joue pas en dj set ?
Mon live actuel est suffisamment souple pour être adapté en fonction des salles où je joue. Et c’est ce qui fait sa force. Je peux très bien jouer un live mélodique et contemplatif en mode concert qu’un live beaucoup plus énergique où je revisite mes titres en mode dancefloor. C’était donc une suite logique de mon album. Et pour tout vous dire, ce premier live qui a vu le jour un peu par hasard dans les dernières semaines du projet est devenu une évidence par la suite.
En écoutant l’album, on se dit que ça collerait vraiment bien à l’esprit de Cercle ! Dans quel lieu insolite souhaiterais-tu jouer ta musique ?
Cercle fait partie de ma bucket list. Je les suis depuis des années et ça serait un honneur de jouer pour eux. Ils ont ce mélange entre visuels et recherche artistique qui me passionne. En termes de lieu : j’adorerais jouer sur le Golden Bridge au Vietnam, un pont suspendu entre deux mains levées vers le ciel. L’Islande ensuite pour ses couleurs, et pourquoi pas un jour en apesanteur au-dessus de la terre ?
Tu as joué dans le monde entier depuis plus de 15 ans ! As-tu une anecdote insolite à nous partager ?
J’ai des milliers de souvenirs et d’anecdotes assez drôles, mais une en particulier m’a marqué. J’ai eu la chance un peu par hasard, à mon arrivée à Paris en 2005, d’être présent à la fameuse soirée du forum de Joachim Garraud. Soirée plus que mythique qui avait rassemblé derrière les platines la Swedish House Mafia au grand complet plus toute la scène française de l’époque : Guetta, Garraud, Sinclar, Solveig, Cerrone… A la fin de la soirée, Eric Prydz se lance dans un jam sur un vieux piano qui traînait au fond de la salle m’invite à l’accompagner. Bref, j’ai joué du piano avec Eric Prydz ! Surréaliste !
Quels sont tes projets à venir ?
Déjà avant l’été, je vais vous partager plusieurs remix perso que je joue dans mes lives, toujours mélodiques, mais avec une touche un peu plus club. J’aimerais ensuite rajouter plus de contenus visuels sur mes lives et aller partager ce live partout autour du monde. Enfin, commencer à écrire la suite de The Shape Of Wind. J’ai déjà le titre et les couleurs, il me reste plus qu’à composer.
Merci d’avoir répondu à nos questions ! As-tu un dernier message à faire passer ?
Merci à vous pour cette belle interview, je vous donne rendez-vous très bientôt sur mes prochaines dates !
Interview réalisée par Valso

[…] Tristan Garner nous confiait préférer faire des remixes “pirates”, au coup de cœur avec peut-être un espoir qu’il voit le jour officiellement en suivant. Joachim Pastor, quant à lui, nous disait avoir une pression énorme lorsqu’il produisait un remix officiel. Es-tu d’accord avec leurs propos ? […]
[…] Tristan Garner nous confiait préférer faire des remixes “pirates”, au coup de cœur avec peut-être un espoir qu’il voit le jour officiellement en suivant. Joachim Pastor, quant à lui, nous disait avoir une pression énorme lorsqu’il produisait un remix officiel. Es-tu d’accord avec leurs propos ? […]