Interview : Møme

L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, ciel et plein air
Crédit Photo : Edouard Dufour-Boiteau 

Lors de son passage au Bikini de Toulouse, nous avons eu la chance d’interviewer le talentueux Møme. L’occasion pour nous de revenir avec lui sur son ascension fulgurante, sa vision de la musique mais aussi d’évoquer sa collaboration avec Petit Biscuit et ses projets à venir. Retrouvez ici l’intégralité de cette interview :

Salut Møme, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Je m’appelle Jé (ndlr : Jérémy), j’ai 28 ans et je suis producteur de musique électronique et compositeur sous l’alias Møme.

C’est la question de base du site, quelle est ta définition de la musique électronique ?

La musique électronique est un mélange entre l’organique et le synthétique.

“Aloha” a été un véritable carton ! La question peut paraître un peu banale, mais, t’attendais-tu à un tel succès ?

Non pas vraiment. Enfin oui et non ,parce qu’au moment où j’ai créé cette track, je voulais toucher un public plus grand avec une mélodie qui était beaucoup plus accessible que ce que je faisais avant. Je savais que j’allais ouvrir ma musique à un plus grand public, mais à ce point là, non. C’est juste que c’est devenu un tube l’été dernier, une référence et ça je m’y attendais pas. Mais on s’y attend jamais en fait !

A quel moment as-tu pris conscience que ta carrière basculait ?

Je sais pas trop. Peut-être au moment où le titre “Aloha” a commencé à passer en radio. Je me suis dit que ça m’a ouvert une porte que je n’avais jamais connu avant. Disons qu’avant, je cherchais des concerts où j’allais jouer, à partir de ce titre et de la radio, c’est devenu l’inverse. Il y a aussi des mauvais côtés à ça, parce que pas mal de gens ne me connaissaient pas du tout : ils connaissaient juste un titre alors que j’avais déjà un background avec un public qui me suivait. Donc au début, c’était un peu bizarre mais depuis ce moment, on peut dire que ça a changé ouais.

Petit Biscuit, Ofenbach, Kungs, toi-même… La France voit de nombreux artistes talentueux éclore ! Comment peux-tu expliquer cela ?

Beh écoute, je sais pas. Je pense qu’on a d’abord un gros background électronique en terme de musique. Après, j’aime pas trop mettre les artistes dans le même panier. Je me considère plus du monde Petit Biscuit, Flume plutôt que celui d’Ofenbach ou Kungs. S’il devait y avoir un côté commercial et un côté artistique, je me considère plus du côté artistique.

“Take Off” a été utilisée pour la campagne estivale de Coca-Cola. Entendre sa production dans une publicité pour l’une des plus grosses marques mondiales, ça représente quoi ?

A la base, c’était un genre de petit défi. Enfin, c’est toujours pareil. A la base, je m’étais dit que je ne collaborerai pas avec de très grosses marques, parce que c’est vite assimilé à faire de la musique un petit peu pour le business. Mais Coca, ils m’ont proposé un truc super cohérent avec mon univers. C’était la campagne “Summer”, il y avait un rapport avec le surf, avec le roadtrip et c’est exactement ce que j’ai fait moi en Australie sur mon album Panorama. Donc ouais, il y a eu ce truc assez cohérent et je suis très content que ça ait marché. Après, je pense que je ne ferais pas beaucoup de collaboration de ce type dans le futur parce que c’est vraiment particulier. Ça a été une bonne expérience à prendre en tout cas, pour sortir un peu de sa zone de confort.

Quand tu as reçu cette proposition, tu as foncé tête baissée ou tu as hésité ?

Ah non (rires) ! J’ai hésité parce que je n’avais jamais pensé à le faire et c’est vraiment pour la cohérence du projet avec le mien. Je me suis dis pourquoi pas, mais si ça avait été différent dans leur communication et leur marketing, je n’aurais pas fait de collaboration avec eux. C’est vraiment parce que là, il y avait un sens. C’est important parce que j’aimerais garder un peu d’intégrité dans ma musique et mon projet.

Tu as sorti récemment le titre “Gravitation” avec Petit Biscuit, peux-tu nous parler de cette collaboration ?

C’est un titre qu’on a composé un petit peu sur la route. Ça fait un an à peu près que je suis en tournée, depuis la sorti de mon album Panorama en novembre. Donc Petit Biscuit, je l’ai rencontré sur la route. La première fois c’était à l’Elysée Montmartre, et puis on a vraiment commencé à échanger. On se partageait beaucoup de projets, on a composé des tracks. Ensuite, j’ai rencontré le chanteur Isaac Delusion qui a posé sa voix sur Gravitation, on s’est tous mis d’accord et le morceau est sorti il y a deux ou trois mois maintenant. C’est un morceau qu’on a fait spontanément, on n’avait pas de prétention. On savait qu’on avait chacun une “fan base” importante et on s’est donc dit “pourquoi pas faire un titre sans prise de tête” ? C’était pas vraiment calculé, ça s’est fait naturellement.

Ce titre parle beaucoup de “complicité” et de “passion”. Est-ce le résultat d’un amour fraternel avec Mehdi ?

En fait, on se connaît depuis à peu près un an. On est devenu rapidement pote et c’est pour cela que ça a marché, que ça a abouti à quelque chose. Il y a vraiment eu un feeling. Lui comme moi, on est très musique, on ne va pas faire de la musique pour ce qui a autour, on va en faire parce qu’on aime ça et sans se prendre la tête.

Tu as réalisé des performances lives au milieu de paysages magnifiques (Tour Eiffel, Tahiti, Sydney), est-ce important pour toi de jouer dans de telles conditions ? Que signifient pour toi ce type de prestations ?

C’est super important. En gros, mon projet part de là. A la base, avant que je rencontre Cercle, j’avais déjà fait des sessions notamment à Sydney, genre un peu comme ça dans la nature avec le peu de matos que j’avais. Mon but était de faire un peu découvrir des paysages différents, ce genre de choses. Après, Cercle m’a donné l’opportunité de jouer sur la Tour Eiffel. Donc ça a vraiment été eux qui m’ont fait confiance. Puis Tahiti, j’y étais déjà allé auparavant et j’étais prêt à faire une vidéo là-bas. J’ai donc convié Cercle sur le plan parce qu’on est devenu très pote, ils font du bon taff et puis c’était une occasion de bosser tout en partant en vacances. Donc, il y avait ce côté relax. On est tous comme ça je pense : on a vraiment du mal à partir en vacances et ne rien faire. La musique reste une passion donc autant en faire tout le temps.

Autour de ta musique, tu as créé un certain univers musical dédié au voyage et à l’ouverture culturelle, pourquoi ?

Déjà, c’est inspirant et c’est ma manière de me reposer en général. Dès que je voyage, que je sors de ma zone de confort, je perds mes repères et du coup j’ai des nouvelles idées, je rencontre de nouvelles personnes, de nouvelles sonorités. Tout ça me donne l’inspiration pour créer !

D’ailleurs, tu composes dans un van durant tes voyages et tournées. Est-ce que c’est l’une des clés de ton succès ?

Je sais pas ! Ça rapproche un peu. En fait, je suis parti en Australie durant un peu moins d’un an. J’ai acheté un van là-bas, c’était pour composer partout. Après, je connais pas d’artiste qui on fait ça de cette manière là. Mais il y en a qui composent quand même sur la route. Aujourd’hui, je tourne dans un tour bus, pas mal d’artistes ont envie de composer et du coup on trouve des moyens. Au fond, ça se rapproche du boulot de pas mal de “zikos”qui sont sur la route et qui ont besoin d’un petit peu de temps pour créer. Mais moi, c’était dans une autre démarche aussi, parce que je suis allé à la rencontre des featurings avec lesquels j’ai bossé. Je sais pas si c’est la clé de la réussite, en tout cas il y a un vrai fond, une vraie histoire.

Dans tes morceaux, tu combines musique organique et électronique, ce qui est plutôt rare dans la musique électronique actuelle. Peux-tu nous en dire plus sur tes procédés de création ?

Ouais, carrément. En gros, à la base moi je suis musicien, donc déjà j’ai une sensibilité pour créer de la musique avec des instruments et écouter ce qui m’entoure. Et puis après, il y a la musique électronique qui est venue et qui a permis de mettre tout ça en boucle, d’avoir une note logique. En général, j’ai pas de recette miracle. Ça dépend, des fois ça peut être une voix qui m’inspire et je vais composer tout ce qui a autour avec tous les instruments que j’ai sous la main. Après, je peux partir d’une texture de synthé, juste un son qui me plaît.Par la suite je le mets en boucle, j’argumente tout autour, et j’harmonise derrière pour faire évoluer la musique. Ça change tout le temps et généralement, mes meilleurs morceaux sont ceux que je crée rapidement, en une après midi. Par exemple, “Aloha”, je l’ai composé en trois heures. Ça s’est fait très vite.

En écoutant ton album Panorama, j’en ai retiré une oeuvre très positive. Qui nous donne le sourire, nous dit de profiter de ce que nous avons et que la vie est simple. Si tu pouvais le décrire en 3 mots… Ce seraient lesquels ?

“Panorama”, c’est également la dernière track de l’album, c’est la fin de mon voyage, c’est la conclusion. En trois mots, c’est vraiment compliqué. Non franchement, c’est trop dur.

Tu es parti découvrir l’Australie ! Panorama est d’ailleurs le fruit de ce voyage. Si tu avais été au Canada ou en Norvège, penses-tu que ton album aurait eu une saveur différente ?

Oui (rires) ! Il aurait été plus dark je pense parce qu’il y a des morceaux que j’ai vraiment composé au bord de l’eau, dans un contexte de vacances. Je pense à “Hold On” ou “Alive”. Celles-ci, elles ont des sonorités beaucoup plus exotiques. Ça aurait été différent si c’était au Canada, après honnêtement ça me plairait bien aussi.

Ta tournée Panorama touche bientôt à sa fin, qu’est ce que tu retiens de celle-ci ?

C’était intense. Honnêtement, je suis quasiment au bout là, je suis crevé mais c’est un réel plaisir d’être sur scène, d’avoir fédéré autant de gens autour de ma musique. Il y a beaucoup de salles qui font sold out. Je me dis qu’il y a deux ans personnes ne me connaissait et aujourd’hui les gens viennent me voir. C’est complet ou presque, et donc c’est une grande fierté d’en être arrivé là. J’espère avoir fait voyager les gens avec “Panorama”. J’arrête ma tournée en fin d’année, parce que pour moi c’est aussi une manière de passer à autre chose. Mon voyage en Australie date d’il y a deux ans. Ce sont les derniers moments où je vais le vivre sur scène et j’aime bien garder ce côté assez intense. D’ailleurs, c’est ça qui me fait vibrer, qui fait vibrer les gens en concert la plupart du temps. C’est aussi l’énergie que je mets dedans. Et c’est vrai que si ça fait trop de temps, au bout d’un moment on change, on évolue et puis il y a d’autres chose. Je garde un p*tain de souvenir et là j’ai juste hâte, j’ai beaucoup d’espoir pour la suite, pour mon prochain album, mon prochain voyage. J’ai vraiment hâte !

Qui dit fin de tournée dit studio, pour quand pouvons-nous espérer un nouvel album ?

Ce sera dans un moment parce qu‘en fait l’année prochaine, j’en parlerais mieux plus tard mais je prévois de partir de nouveau en voyage, de faire un tour du monde. Du coup ce serait certainement fin d’année prochaine, quelque chose comme ça voire même l’année d’après. Après, ça ne veut pas dire que je vais partir et arrêter la musique, je vais continuer à sortir pas mal de titres aussi. Là en fin de tournée, j’ai un petit cadeau pour les gens qui sont venus me voir en concert. Un titre qui n’est jamais sorti, que j’ai composé sur la route et qui est un peu ma manière de remercier les gens qui sont venus me voir cette année.

Merci d’avoir répondu à nos questions. As-tu un dernier message à faire passer ?

Merci à vous et merci au public aussi.


Réalisation : Valso  / Préparation :  Valso, Remicrd  & Ben Altet /  Retranscription :  So’

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s