Interview : DJ Getdown


Lors de l’Elektric Park, nous avons eu l’occasion d’interviewer celui qui était à l’origine de l’anthem du festival cette année : DJ Getdown. Au cour de cet échange il nous a notamment parler de sa vision de la musique, sa passion pour le DJing et le scratch entre autres. Retrouvez ici l’intégralité du contenu de cette interview.

Salut DJ Getdown, peux-tu te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas ?

Salut à tous je m’appelle DJ Getdown, je suis originaire de Montpellier dans le sud de la France. Je suis DJ depuis 25 ans maintenant, j’ai commencé en tant que DJ hip hop et champion DMC. J’ai su me diversifier à travers les années et les voyages et me voilà aujourd’hui

C’est la question de base du site… Quelle est ta définition de la musique électronique ?

Je trouve qu’elle a vachement évolué au fil des années, à l’époque on faisait une véritable distinction, par exemple, entre le Hip-Hop et la musique électronique. Aujourd’hui on voit qu’il y a beaucoup de variantes de Hip-Hop comme la Trap qui vont énormément vers l’électronique, et à l’inverse il y a de l’électronique qui rajoute du Hip-Hop dans les breaks. Je trouve que cette évolution fait du bien parce qu’on arrive vers du “no genre” où tous les styles se mélangent à l’inverse d’un truc très fermé où on dit “moi je suis Hip-Hop”, “moi je suis électronique” etc… C’est une très bonne évolution ce qui arrive en ce moment en tout cas !

Cette définition aurait-elle changée depuis tes débuts dans “le milieu” il y’a 20 ans ?

Oui, ça a changé. Moi qui ai connu le début du bon Hip-Hop en club, je l’ai vu évoluer et pas forcément en bien. Aujourd’hui, il y a pas mal d’amalgames qui sont faits entre la musique urbaine et le Hip-Hop, entre la Trap et le Hip-Hop. Ce mélange vient beaucoup des radios qui annoncent une nouveauté Hip-Hop alors que cela n’en est pas une, c’est de la musique urbaine ou autre chose… et du coup ça crée une confusion auprès du public qui ne sait pas dans quelle catégorie ranger certains morceaux. Ça a du bon et du mauvais. Concernant la musique électronique, ça a plutôt du bon parce que ça lui a donné un second souffle et aujourd’hui ça permet de passer des trucs en club qui sont très fusionnels et qui nous, en tant que DJs, nous permettent de passer d’un style à un autre.

Lorsqu’on regarde tes productions,  l’anthem de l’Electrik Park (que tu as produit), ta dernière release “Rocking to The beat” et moins récemment “L’Aventurier” on remarque qu’elles correspondent à 3 styles de musiques électroniques différents. Donc on aimerait savoir comment toi tu te définis d’un point vu strictement musical, quels sont ton ou tes style(s) de prédilection ?

Tu as bien cerné la chose. En fait, quand j’ai commencé je t’ai dit que j’étais un DJ hip hop, à l’heure actuelle, ça m’influence encore beaucoup.J’aime pas trop l’appellation mais disons que depuis les années 2000, je suis un « DJ open format”. Je joue tous les styles de musique en restant dans une certaine qualité musicale, je joue de la bonne musique. J’essaie, depuis que je suis producteur, de produire comme je joue. Donc je veux produire toutes les musiques. C’est pour ça que ça peut être compliqué pour quelqu’un qui écoute la reprise de “L’Aventurier”, qui a fait un sacré carton, puis qui va écouter “Rocking To The Beat” qui est très électro French Touch à 123 BPM, qui tape mais beaucoup moins que “L’aventurier”. Le mec il se va dire “Mais c’est nul, c’est mou”. C’est pas grave parce que moi je veux montrer ma palette d’expression dans la production qui me représente complètement quand je mix en club.J’essaie de surprendre les gens de par les morceaux que je joue et j’essaie de faire pareil dans la production. Par exemple, si mon dernier morceau est très électronique, le prochain sera complètement différent parce que, même moi, je n’ai pas envie de m’enfermer dans une sphère et qu’on dise “Il est devenu DJ électro”. Je veux qu’on dise “Lui, il sait tout faire, dans tous les styles de musiques”, et si tu vas sur mon Soundcloud tu pourras voir des morceaux Deep, Reggae, Trap, Moombahton, Hardstyle. Ça correspond parfaitement à ce que je mixe en club parce que si tu viens me voir en club tu ne sais pas à quoi t’attendre. Et bien pour la production c’est pareil.

Tu ne mets donc pas vraiment de limites à ton processus créatif ?

Je n’ai pas de limite mais je sais que ça me dessert. Par exemple, si quelqu’un est fan d’un morceau et qu’il me suit pour ce morceau, il va écouter les autres et il ne va pas forcément aimer. Il va devoir attendre 4 ou 5 sorties pour que je ressorte un morceau de ce style là et peut être que pendant ce temps là, je l’aurai perdu. Mais c’est pas grave parce que moi je m’éclate dans ce que je fais et c’est l’essentiel. Après, je pars du principe que musicalement, les gens sont beaucoup plus ouverts maintenant et veulent écouter de tout, donc s’il veulent écouter de tout, je suis là (rires) !

Tu vois ça comme un désavantage mais autrement, ça peut peut-être amené des gens qui t’ont découvert sur des sons qui ont beaucoup plus « buzzé », ça peut les amener à s’ouvrir à d’autres univers musicaux.

C’est ce que j’essaie effectivement. Il y a 3 ans et demi, j’ai sorti un morceau pop funk qui s’appelle “Let Me Ride”, que je n’ai malheureusement jamais pu jouer en club parce que c’est trop mou. Mais je pars du principe que j’écoute plus de musique dans ma vie de tous les jours que quand je suis en club. Je me lève j’écoute de la musique, au sport aussi, en voiture aussi etc… J’essaie de faire aussi de faire de la musique qui s’écoute et pas que de la musique qui va se jouer en club.

Ta description Beatport nous dit que ‘ton activité peut être résumée par ces quelques mots : Mix, Mix and Mix Again” donc si on se fie à cette dernière, on en conclut que tu préfères mixer que produire ? 

Oui et non, parce que je passe beaucoup de temps à scratcher et à mixer dans ma chambre comme un ado de 15 ans qui est en train de s’entraîner pour un concours. Je passe du temps à mixer pour préparer ma chronique dans Sono Magazine que j’ai depuis plus de 10 ans. Je passe du temps à mixer à l’UCPA lorsque je donne mes cours et j’en donne justement depuis 15 ans, depuis qu’elle a ouverte, plus les sets que je dois préparer. C’est vrai que le temps qu’il me reste de libre je le passe à produire, mais en fin de compte j’ai peu de temps de libre par rapport à toutes les activités que j’ai. J’ai essayé de pousser ma passion de DJ à l’extrême en faisant plein de choses autour de la musique et du mix, ça me prend tout mon temps. On peut dire que les réseaux sociaux prennent le peu de temps qu’il me reste. Mais c’est cool j’aime ça, je m’éclate bien là-dedans.

Tu enseignes d’ailleurs le scratch à l’UCPA, c’est important de transmettre cela pour toi ? Pourquoi ? (Benoit)

Exactement, je pense que c’est très important de transmettre son savoir. Je suis à l’école depuis très longtemps, j’y officie pour toutes les nouvelles sessions qui rentrent, je donne des cours de mix Hip-Hop et de scratch qui correspondent vraiment ce que je faisais au départ de ma carrière. J’essaie aussi de donner des petits cours de coaching personnel, parce qu’il y en a certains qui aimeraient en faire une carrière. Mais, ce que je leur explique, c’est que la carrière te tombe dessus quand tu ne t’y attends pas. Il faut avant tout être passionné à fond. Si tu es passionné tu vas être bon et si t’es bon tu vas réussir à en faire une carrière, mais il ne faut pas le faire dans l’autre sens en voulant faire DJ pour percer. Il ne faut pas faire DJ pour les mauvaises raisons. C’est ce que j’essaie de leur expliquer mais ils n’ont pas tous cette philosophie et mentalité là. J’ai vu au fil des sessions certaines évolutions pas forcément positives parce qu’aujourd’hui le matériel est tellement perfectionné que les DJs n’ont plus grand chose à faire pour arriver à bien mixer. Quand j’ai commencé à l’école, tout le monde était sur vinyls et tout le monde devait acheter ses vinyls, il fallait les trouver et avoir de l’originalité, ce qui s’est perdu avec le temps. Il y a 10 ans, tout le monde voulait être David Guetta, aujourd’hui tout le monde veut être DJ Snake, et c’est encore une évolution. Mais il ne faut pas essayer de ressembler à quelqu’un, il faut juste être quelqu’un de différent. C’est ça qui est compliqué avec la nouvelle génération.

Nous en avons parlé plus tôt dans l’interview : tu as eu l’occasion de produire l’anthem 2017 de l’elektrik park, qu’est ce que cela représente pour toi ? 

C’était vraiment un gros freestyle en fait. Joachim Garraud, c’est quelqu’un que j’apprécie et que j’aime énormément, tant par sa carrière que par son travail. Il se trouve que j’ai fait un remix de “Are you ready” il y a 3 ans déjà. En fait, je l’avais fait pour délirer et je lui ai envoyé, il m’avait répondu “C’est génial on va le sortir !”. Du coup il l’a sorti sur Ultra et j’étais surpris. La musique évolue donc ce remix je ne peux plus le jouer, la mode évolue trop vite, mais du coup pour délirer j’ai passé une journée à faire un remix 2017 du morceau, un truc un peu plus trap actuel. Pour rigoler, je lui envoie et je lui dis “Tu sais que j’ai toujours aimé ce morceau, je t’envoie la version 2017” et là, Joachim dans toute sa splendeur me dit “Wah c’est génial, on va le prendre pour faire l’Anthem du festival”. Au final, on a fait le master dans la journée pour pouvoir le balancer et l’annoncer. C’est parti très très vite, c’est ça que j’aime avec Joachim, c’est sa spontanéité par rapport aux trucs qui se présentent à lui.

C’est vrai que le remix que tu as fait est un sacré banger, tu comptes le passer ce soir ?

Ce soir je vais la jouer, je pense pour faire la closing de mon set. Après mon set n’est pas fermé, j’ai fait un dossier avec environ 150 tracks. J’ai aucune idée de ce que le gars va jouer avant donc je vais essayer de ne pas répéter les mêmes morceaux. Je vais jouer pas mal d’exclus aussi parce que je me suis pas mal bougé ces derniers temps. Je vais jouer 3 morceaux que je n’ai encore jamais joué, qui sont très accès festival et moins club. Je suis vraiment pressé de les jouer, et effectivement il y aura mon remix de “Are you ready” dans ce set.

De plus tu as sortis mi-Juillet une track  intitulée “Rocking to the beat” qui semble apparaître comme plus sombre que le reste de ta discographie qui est beaucoup plus colorée et festive. Est ce que c’était une volonté de ta part, ou c’était l’inspiration au fil de la vie de tous les jours ? 

C’est vraiment mon inspiration de la vie de tous les jours. Quand je me pose sur mon ordi, je me demande jamais ce que je vais faire, je sais déjà dans quelle direction je veux aller. J’étais jamais allé dans cet univers là, qui est plus électronique que électro, très french touch avec une grosse influence hip hop avec ce vocal qui tourne dessus en boucle. Je voulais quelque chose d’un peu dur aussi parce que j’étais jamais allé dans ce domaine là non plus et j’aime surprendre ceux qui me suivent, tout comme me surprendre moi même. C’est ce que j’ai fait avec ce morceau qui ne ressemble pas aux autres que j’ai pu sortir et c’était exactement le but

Sais-tu déja quels sont tes plans pour la fin de l’année 2017 puis pour 2018, tant bien au niveau des productions qu’au niveau de tes dates ? 

Alors, je fais toujours très attention quand je sors des EPs. J’ai jamais eu l’occasion de sortir un album complet, même si j’ai beaucoup de morceaux qui sont en attente. J’ai sorti un premier “Summer pack” qui était disponible sur Beatport etc. J’ai sorti beaucoup de Free Download aussi au fil du temps, le problème du Free Download c’est qu’on les retrouve pas sur les plateformes comme Deezer, Spotify etc mais que sur Soundcloud qui souvent nous met des bâtons dans les roues en arrêtant les téléchargements pour X ou Y raisons. J’ai sorti un EP en téléchargement gratuit en début d’année, très accès deep pour la plage et qui a eu de très bons retours. Je compte sortir en début d’année un EP qui sera très électronique axé club, qui va taper comme ça a jamais tapé auparavant. C’est ce qui se prépare, à priori il devrait y avoir 5 morceaux, les morceaux que je vais jouer ce soir en feront partie. Je suis encore sur la playlist des morceaux qui restent, il faut savoir que quand on fait un EP de 5 morceaux il y en a au moins 25 qui ont été fait, quand on sort un album de 15 morceaux tu en as fait au moins 100 et tu dois faire le tri dedans, il y en a que tu laisses à l’abandon, d’autres non. Il y a aussi un morceau qui va sortir sur le label de Croatia Squad, EDX et Nora En Pure en collaboration avec DataMotion. Je suis en préparation d’un nouveau morceau avec Roman Yager avec qui on a déjà fait une collab’ sur une reprise de Mylo Drop The Pressure, et là on est sur un nouveau truc qu’on devrait sortir en fin d’année. Pas mal de choses qui vont voir le jour d’ici la fin de l’année, mais comme je t’ai dit, la musique maintenant est relativement éphémère, les modes vont vite donc la musique il faut la sortir quand on l’a !

Merci d’avoir répondu à nos questions, un dernier message à faire passer ?

Continuez à écouter toutes les musiques, essayez d’écouter que de la bonne musique. Vous pouvez suivre toute mon actualité sur Facebook, Snapchat ou Instagram. J’essaie tant bien que mal de répondre à tout le monde, j’y arrive, parfois avec un délai, donc n’hésitez jamais !

Réalisation : Isaguyx  / Préparation :  Isaguyx & Ben Altet /  Retranscription :  Isaguyx & Ben Altet 

Crédit Photo :  Lila Azeu / Valliue

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